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Dans une agence Western Union du Nord-Est parisien, les travailleurs qui envoient de l’argent à leur famille sont indignés par la proposition relayée par Arnaud Montebourg de bloquer les transferts privés vers les pays refusant de rapatrier leurs ressortissants expulsés de France.

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«On n’a pas envie d’apprendre que la famille n’arrive plus à joindre les deux bouts, alors que nous ici on a la belle vie. Même si c’est des petites sommes, ça leur permet d’être bien là-bas», explique Samira. Cadre de la fonction publique, elle vient tous les trois mois pour envoyer de l’argent en Tunisie. «Au-delà de la solidarité, ça permet de rester proche de ceux restés au pays», souffle-t-elle. Habituellement, Samira confie l’argent en liquide à des connaissances qui se rendent en Tunisie mais avec le Covid et la fermeture des frontières, passer par une agence de transfert est devenu plus pratique pour elle.

«La migration est un phénomène de réseaux sociaux avant tout, donc les transferts de fonds passent aussi par une organisation diasporique», analyse l’économiste Jason Gagnon, qui travaille au sein de l’unité «migrations et compétences» du centre de développement de l’OCDE. Parmi les pays destinataires de cette agence : l’Algérie, le Sénégal, le Vietnam… jusqu’à l’Afghanistan.

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Mamadou, manteau épais et écharpe en laine, scrute les publicités placardées au mur d’un air concentré. Il est venu envoyer de l’argent à ses enfants, restés au Sénégal. Le petit dernier n’a que 8 ans : tous les mois, il leur transfère entre 300 et 400 euros pour leurs dépenses quotidiennes. 

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«Très choqué» par la proposition de blocage des transferts privés, Mamadou ne décolère pas non plus : «Ce n’est pas normal, nous, ça ne nous aide pas. Espérons que ça ne reste que des paroles. On est venus ici pour aider nos familles, si on ne peut plus le faire, à quoi bon ?»

Libération

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