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Comme lors de la crise économique mondiale de 2008 qui avait pourtant fortement affecté les revenus des migrants, les transferts de fonds envoyés par les immigrés dans leur pays d’origine ont étonnement résisté depuis le début de la pandémie de Covid-19. Comment l’expliquer ?

Les transferts d’argent de la diaspora sont-ils une nouvelle source de développement ? Quelles en sont les caractéristiques et à qui sont-ils dirigés ? Sont-ils indispensables aux économies des pays d’origine ? Pour en parler, nous avons fait appel à Jean-Michel Huet, expert et associé au cabinet de conseil BearingPoint, en charge du développement international et de l’Afrique et Jason Gagnon, économiste au sein de l’Unité Migrations et Compétences du Centre de développement de l’OCDE.

A partir de 12’30.

– Ce que l’on constate, Jean-Michel Huet, c’est que plus les pays sont pauvres, plus les dépenses sont tournées vers l’alimentation, et il y a des pays dans lesquels, au contraire, les investissements sont plus importants ?

– Exactement, il y a une forme de corrélation, plus les pays ont une économie pauvre, un revenu par habitant faible, plus ces revenus vont aller pour la vie courante, notamment l’alimentation, mais aussi la santé, il peut y avoir d’autres sujets et plus le niveau de vie est élevé, plus il peut y avoir de l’investissement. On estime, par exemple, qu’au Maroc, 40% des fonds de la diaspora sont pour de l’investissement immobilier.

Donc, c’est assez significatif. (….) On estime que le Nigéria reçoit 25 milliards d’euros en 2019 des fonds de la diaspora. Je rappelle que c’est au total 70 milliards sur l’Afrique, (…), [pour le Nigéria, ça représente] presque 85% du budget fédéral du pays.

(A 45′, sur le même sujet)

40% des investissements au Maroc, c’est de l’immobilier, mais de l’immobilier en vue de la retraite, pas forcément pour gagner de l’argent, c’est aussi pour avoir sa maison, une fois la retraite venue.

Entendez-vous l’éco, 4 mars 2021.

A 44′, Dana Diminescu, enseignante-chercheuse à Télécom Paris-Tech, extrait d’une émission de 2010.

– Pour les migrants, les envois d’argent sont aussi une manière de garder le lien avec le pays d’origine, le point de vue de Dana Diminescu.

– La majorité se construisent des maisons, ils aident la famille, ils payent des écoles pour les enfants, et ils envoient souvent de l’argent pour leurs vacances. Même s’ils sont sédentaires, ils sont quand même circulants, ils vont souvent dans le pays d’origine. On le fait d’une manière quotidienne, il n’y a plus, si vous voulez, cette communication qui supplée l’absence, c’est une façon de vivre ensemble [avec la famille restée au pays], et ça change tout. Il y a beaucoup de gens qui ouvrent Skype pour manger ensemble le soir (…) la fenêtre reste ouverte sur ce monde-là. Il y a des gens qui font des tresses à leur mère et en même temps, parlent à Paris avec leur soeur, il y a plein de situations qui nous montrent que ce que je dis là, cette façon de vivre ensemble est quelque chose de nouveau et change le vécu.

A 41’30, sur les « repats », les immigrés ou enfants d’immigrés rentrant au pays, Jean-Philippe Huet :

Ce fameux phénomène des repats, je retourne au pays, pas juste pour y passer des vacances, mais pour y développer une activité et aussi prendre un risque. Car au-delà de l’argent que l’on peut perdre, il y a un aussi un risque au niveau du temps, je développe une activité économique dans le pays. Et ça, c’est une nouveauté, y compris de la part de personnes qui n’ont peut-être jamais vécu dans le pays (c’est là où on en vient aux deuxième ou troisième générations [d’immigrés]).

(…)

L’ambiance en Europe est un peu morose, aujourd’hui, la croissance économique, le vrai développement, il est plutôt dans les pays émergents.

– Et les retours auxquels on assiste, c’est vers quels pays majoritairement ?

– Aujourd’hui, on commence à en voir dans des pays comme le Maroc, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, pour les pays francophones, plus historiquement, car c’était la grande tendance, les pays anglophones, comme le Nigéria, l’Afrique du Sud ou l’Egypte, on voit une vraie tendance. C‘est pas forcément qu’un retour, mais parfois des jeunes nés en Europe, dont leurs ascendants sont africains mais qui décident de franchir le pas et de tenter l’aventure économique en Afrique.

M. Jason Gagnon

[Ce phénomène des repats] ressort également de nos données. Je crois à l’histoire plutôt positive, c’est à dire l’Afrique est un continent qui est en croissance économique et sociale, il y a des opportunités, surtout pour les jeunes, qui sont assez intéressantes et on voit ce retour qui est une décision prise au niveau économique, mais aussi au niveau de la connexion avec ses origines, il y a plein d’histoires [qui en témoignent] mais c’est quelque chose que l’on constate évidemment.

Entendez-vous l’éco ?


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