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ENTRETIEN – Contrairement à ce qu’affirment les autorités, les débordements en marge de la finale de la Ligue des Champions n’ont pas été causés par des supporters anglais, explique le journaliste sportif Daniel Riolo. Selon lui, ces événements révèlent un problème global de sécurité en France.

Daniel Riolo est journaliste et éditorialiste sur RMC et BFMTV. Il a publié Racaille Football Club (2013), Autopsie du sport français (2018), L’énigme Tuchel (2018) avec Polo Breitner, et Cher football français (2020).

LE FIGARO. – Gérald Darmanin a pointé du doigt ce samedi 28 mai dans la soirée l’attitude de «milliers de «supporters» britanniques sans billet ou avec des faux billets qui ont forcé les entrées» du Stade de France, leur faisant porter la responsabilité du chaos, le soir de la finale de la Ligue des Champions. Que vous inspirent ces propos ? Les supporters britanniques sont-ils responsables des événements ?

Daniel RIOLO. – Il n’aura pas fallu très longtemps pour se rendre compte que tout ce qu’a dit le ministre après le match était complètement faux. Le problème, c’est que c’est en train de continuer: ce matin sur RTL, la ministre des Sports parlait de «fait générateur» avec des faux billets, à 30.000 40.000 exemplaires selon elle, ce qui est à nouveau archi faux. J’aimerais bien savoir quelle machine a fabriqué autant de faux billets… Je ne peux pas croire à ça ; tant qu’on ne me l’aura pas prouvé plutôt que dit, je n’y croirai pas. Donc entre le point A Darmanin et le point B Oudéa-Castéra, on prend la mesure pour l’instant du fiasco total au niveau organisationnel et, surtout, dans l’analyse de ce qui s’est passé. Entre les deux, il y a les témoignages: ceux qui y étaient, ceux qui racontent, des images, et on voit très bien que l’organisation était défaillante sur plusieurs aspects, notamment du fait de stadiers mal formés, incompétents, recrutés une semaine avant la rencontre via Facebook ; ce n’était même pas le niveau ligue 2 des stadiers ! C’étaient des jeunes des cités, qui étaient amis avec les agresseurs. C’était n’importe quoi. L’histoire des faux billets, je n’y crois pas: le tourniquet a bloqué après le premier faux billet qui est passé et ils ne se sont jamais remis en marche, d’où l’embouteillage monstrueux qu’il y a eu. Il y a dû avoir quelques centaines à peine de billets qui ont été fabriqués par les jeunes de cité qui les ont revendus à des Anglais.

Ce qui s’est vraiment passé, c’est une histoire semblable à une attaque de diligence par des Indiens: environ 300 ou 400 «riverains» comme les a gentiment appelés Le Parisien ce matin, alors qu’il s’agissait essentiellement de bandes de cités. Ça a donné au moins 1000 voleurs, détrousseurs, bandits, qui ont agressé des familles, qui ont jeté des gens au sol, qui leur ont tout pris, laissant les gens dehors, ne pouvant assister au match. Il y a aussi beaucoup de gens qui avaient des vrais billets et qui n’ont pas pu rentrer du tout. On nous a dit qu’ils n’étaient pas arrivés à temps, etc. Mais tout cela est faux. Les supporters anglais étaient là deux ou trois heures avant, ils se sont comportés de manière remarquable ; il n’y a pas eu d’incident entre les supporters. Les Espagnols ont été moins agressés parce qu’ils étaient de l’autre côté mais ils n’ont pas été mieux traités, petit à petit les témoignages vont venir. Les gens qui ont l’habitude de fréquenter les stades, notamment les journalistes anglais, disent qu’ils n’ont jamais vu ça depuis 20 ou 30 ans: c’est un fiasco monumental.

(…) Vous pointez aussi le problème des stadiers. Quel est le problème: ils ne sont pas assez formés, pas assez nombreux, on n’en trouve pas ?

On sait qu’il y a un problème avec les stadiers en France parce que plus personne ne veut faire ce métier. Donc on met des gens à peine formés, payés au lance-pierre, et ils sont complètement débordés. Les stadiers de samedi soir ont été recrutés à la va-vite, il y a une semaine, parce que la France a récupéré cette finale au débotté, au dernier moment, après qu’on l’ait retirée à Saint-Pétersbourg. Donc on a recruté sur Facebook, et il n’y a qu’à voir les images: les stadiers n’essaient même pas d’arrêter tout ce qui rentre, il n’y a aucun contrôle, ils font passer leurs copains… C’est grotesque.

(…) Le Figaro

(Merci à BB)


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