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Sur quels critères, le ministère de la rue de Valois a-t-il sélectionné Egaé ? Interrogé sur les conditions dans lesquelles la société de Caroline De Haas a été missionnée pour intervenir dans divers établissements relevant du ministère de la Culture – dont le Conservatoire de musique et de danse Paris -, le ministre de l’époque Franck Riester nous a « invités à nous rapprocher directement des dirigeants des opérateurs » qui, selon lui, sont « responsables de l’application des règles de la commande publique dans le choix de leurs prestataires ». Problème : la « mission de sensibilisation » aux violences sexuelles et sexistes menée par Caroline De Haas relève d’un contrat plus large liant sa société au ministère, ce qu’elle nous a d’ailleurs confirmé : « Il y a plusieurs missions, certaines en cours, d’autres terminées », explique-t-elle dans un e-mail adressé au Point. « En 2019, le groupe Egaé a candidaté à un marché public interministériel piloté par le ministère des Affaires sociales, dont sept autres ministères sont parties prenantes, et notamment celui de la Culture. Ce marché fait suite aux directives de la circulaire du 9 mars 2018 qui donne des instructions sur la prévention des violences sexistes et sexuelles dans la fonction publique. Nous avons remporté le marché public qui s’étale sur 4 ans et qui a pris effet à l’automne 2019. Depuis, nous formons des agents des ministères (surtout RH, cadres ou représentant·e·s du personnel) à la prévention et à la lutte contre les violences et le harcèlement sexuels et sexistes. » Elle ajoute : « Le ministère de la Culture fait partie des ministères les plus engagés dans la formation de ses agent·e·s sur cette thématique. »

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Près de 2,5 millions d’euros sont disponibles notamment au sein des collectivités territoriales pour former les fonctionnaires à ces thématiques. D’autant que la loi oblige désormais de recourir à ses formations. C’est grâce à la charte ministérielle signée en 2013 pour la promotion de l’égalité et la lutte contre les discriminations qui préconise formation et sensibilisation des cadres de la fonction publique que ce secteur s’est développé. Caroline De Haas a suivi de bout en bout la mise en place de cette charte alors qu’elle était chargée des politiques féministes au sein du cabinet de Najat Vallaud-Belkacem. Dès qu’elle quitte le ministère des Droits des femmes, elle crée son entreprise de conseil et de formation, en juillet 2013, où elle dispense des formations contre « les discriminations sexistes, le harcèlement et à l’égalité femme-homme ». Ainsi, la boucle est bouclée.

Si Caroline De Haas prétend avoir saisi la commission de déontologie de la fonction publique qui lui aurait donné quitus pour faire fructifier ses ressources acquises en cabinet ministériel, aucune ONG anticorruption, habituellement prête à saisir la justice contre une « prise illégale d’intérêts » ne s’est manifestée. En 2009, Anticor avait déposé une plainte contre François Pérol, secrétaire général adjoint de l’Élysée, accusé d’avoir pris part à des discussions sur la restructuration des banques avant de diriger l’une d’entre elles après avoir quitté l’Élysée. Il a obtenu un non-lieu définitif en 2017. Pour Caroline De Haas, rien de tout cela : à partir de 2013, elle court après les contrats.

Le Point


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