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Il y a ceux qui peuvent faire leur nid partout et ceux qui ont les « semelles attachées au territoire ». Dans l’ouvrage « Génération surdiplômée, les 20 % qui transforment la France », publié en janvier 2021, Jean-Laurent Cassely, journaliste, et Monique Dagnaud, sociologue et directrice de recherche au CNRS s’attaquent à la première catégorie, composée des 20 % qui sortent du système scolaire avec un master ou un diplôme de grande école.

[…] Leur rôle est pivot, ne serait-ce que lors des périodes électorales, puisque, contrairement à d’autres catégories de la population, ils votent. Leurs valeurs et leurs modes de vie peuvent donc avoir une réelle incidence sur le cap politique, l’aménagement du territoire et, plus globalement, sur notre modèle de société. […]

Un jeune sur cinq sort du système scolaire avec un master ou un diplôme de grande école, et avec une forme de souveraineté sur ses choix de vie. Il est souvent l’enfant de baby-boomers des classes moyennes et supérieures de province, dotés d’un bon capital culturel. Ces surdiplômés peuvent se positionner sur des métiers nouveaux ou anciens. Par exemple, les métiers de la transition numérique, l’écosystème des start-up, la galaxie du conseil et sa myriade de consultants, les métiers culturels, les nouveaux médias et les influenceurs… De l’autre côté, il y a les anciens métiers, au sens où ils étaient déjà exercés par la génération précédente : les notables, médecins, avocats, fonctionnaires, etc.

Cette distinction en amène une deuxième, d’ordre territorial. Les nouveaux métiers sont extrêmement concentrés dans les métropoles : ce sont les métiers de la métropolisation, avec le secteur de l’innovation et de la connaissance, du numérique, alors que les autres sont mieux distribués sur le territoire. Ces nouveaux métiers donnent donc lieu à un fort enclavement social et géographique, et ces surdiplômés évoluent dans un milieu professionnel exclusivement composé de pairs tout aussi diplômés.

La deuxième distinction à opérer dans ces 20 % surdiplômés est l’appartenance à une sous-élite ou une alter-élite. Les premiers occupent des métiers liés à la bonne marche de l’économie, quand les seconds sont davantage en recherche de sens, de collaboration et d’impact. Ils sont plutôt dans un refus de s’insérer sur un marché du travail à des postes pour lesquels ils ont été formés, et se tournent vers le changement social et la transition écologique. En conséquence, ils évoluent dans tous les lieux qui peuvent être associés à ces univers : « fab labs », tiers-lieux, friches, laboratoires, etc.

Au niveau électoral, il est clair que le succès des coalitions rouge-vert qui ont pu remporter de grandes villes, comme Bordeaux, Lyon ou Marseille, lors des dernières élections municipales, résulte d’une orientation politique. Dans ces grandes villes, des dynamiques similaires sont à l’œuvre et ont conduit à ce raz-de-marée vert : une population rajeunie, cultivée, œuvrant plutôt dans les métiers de l’économie, de la connaissance… Ce nouveau clivage sur l’écologie est flagrant dans la population que nous avons étudiée. […]

Pourquoi considérer qu’une partie d’entre eux, en particulier l’alter-élite, peut jouer le rôle d’une « boussole morale » ?

Ils sont une force motrice en raison de leur influence culturelle, médiatique, économique, et nous pensons qu’ils peuvent jouer un rôle d’éclaireur du changement culturel, par exemple en proposant un nouveau modèle de réussite sociale. Il y a ceux qui utilisent leur diplôme pour s’insérer sur le marché du travail et ceux qui vont s’en servir pour inventer d’autres modèles d’entreprise, d’autres manières de vivre et de consommer, d’autres rapports aux territoires. Par exemple, réduire sa consommation de viande, se servir de produits réutilisables, acheter des vêtements éthiques… La crise peut accélérer certaines tendances, comme une volonté de relocaliser le cours de sa vie, son travail, sa consommation. […]

La Gazette des Communes


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