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La polémique est vive dans l’île de l’océan Indien, depuis l’annonce par la maire PS de Saint-Denis et le préfet de La Réunion du déplacement de la statue du gouverneur des Isles de France de 1733 à 1746.

Barbouillée de rose par des militants depuis plus d’un an, elle attirait pourtant à peine le regard. A Saint-Denis de La Réunion, seuls quelques touristes photographiaient l’imposante statue de Bertrand-François Mahé de La Bourdonnais, gouverneur général des Isles de France (île Maurice) et de Bourbon (La Réunion) entre 1733 et 1746. Inauguré en 1856 dans un square du centre-ville, à côté de la préfecture et face à l’océan Indien, ce bronze de 3 mètres de haut déclenche les passions, interrogeant la place réservée dans l’île à la mémoire de l’esclavage et de la colonisation.

Le 26 avril, la maire de Saint-Denis (PS) et ancienne ministre des outre-mer, Ericka Bareigts, et le préfet de La Réunion, Jérôme Filippini, ont annoncé que cette œuvre du sculpteur Louis Rochet, inscrite depuis 2000 à l’inventaire des monuments historiques, allait être « déplacée dans les règles » d’ici à la fin de l’année. Elle devrait atterrir à la caserne Lambert, qui abrite l’état-major des forces armées de la zone sud de l’océan Indien, en raison du passé d’officier de marine de Mahé de La Bourdonnais. « Ce déplacement est un choix politique et militant », justifie Ericka Bareigts, tout en refusant de parler de « déboulonnage », le terme employé par les militants.

Le Monde

Interview de Christian Jean-Luc CADET, Association Fort Réunion (zinfo974)

En juin 2022, Madame Ericka Bareigts, maire de Saint-Denis, a annoncé son intention d’accéder au souhait de diverses associations d’organiser le procès symbolique et posthume du gouverneur général des Mascareignes, Bertrand-François Mahé de La Bourdonnais, en poste de 1733 à 1746. L’incrimination se fondait sur la loi Taubira du 21 mai 2001 : crime contre l’humanité du fait de l’augmentation importante, durant son gouvernorat, des pratiques de traite négrière, de l’esclavagisme et de la répression du marronnage. Le verdict était bien sûr connu d’avance : coupable ; tout comme la sanction : le déboulonnage scénarisé et médiatisé de la statue lors du 20 décembre 2022. L’action a finalement été reportée à 2023.

Sur le plan personnel, Mahé de La Bourdonnais connut de nombreux coups durs. Pour faire bref, signalons que sa première épouse, installée avec lui à Monplaisir (île de France), lui donna trois enfants qui décédèrent en bas âge. Madame Mahé de La Bourdonnais décéda elle-même des suites de son troisième accouchement en 1738.

L’année suivante, Mahé entretint une liaison avec une lavandière noire qui lui donna une petite fille. Elle fut baptisée Marie-Madeleine Mahé, car le gouverneur général la reconnut. Il l’emmena même avec lui en France en 1740 où il la confia à sa mère avec une pension à la clé pour l’entretien et l’éducation de la fillette.

Cet épisode méconnu de la vie de Mahé ne dépeint pas véritablement un profil de raciste impénitent mais celui d’un humain complexe s’adaptant aux réalités sociologiques de son temps.  […]

Que représente la statue de Mahé de La Bourdonnais ?
 
 
Il s’agit d’une œuvre d’art de haute facture. Elle a été réalisée par le grand sculpteur Louis Rochet qui fut lui-même l’élève du non moins grand sculpteur Pierre-Jean David d’Angers. La statue a été inaugurée le 15 août 1856. Elle fait partie du paysage dionysien depuis 167 ans.

l faut remarquer que les Mauriciens ont, vis-à-vis de leur patrimoine, un regard très pragmatique : ils n’envisagent ni de déboulonner les statues de Mahé de La Bourdonnais et de la reine Victoria qui dominent la Place d’Armes à Port-Louis, ni de débaptiser le village de Mahébourg. A l’opposé, le raisonnement de Madame la maire, pourtant investie es qualité de la double mission de protection et de valorisation du patrimoine communal, devrait conduire à raser le jardin de l’Etat créé en 1761, sans doute avec la contribution d’esclaves, à détruire la villa du département mais surtout, à faire table rase de la préfecture, édifiée au XVIIIème siècle. […]

Le projet municipal de Madame la Maire correspond-il à une volonté populaire ?

De fait, Madame Ericka Bareigts ne semble pas soucieuse de sonder la population dionysienne, peut-être parce qu’elle sait que cette dernière réprouve son initiative si l’on en croit les nombreuses réactions recueillies dans différents milieux. […]


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