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Au cœur de Paris et sous les yeux du monde prospère au pied de la Tour Eiffel une cour des miracles que les autorités semblent avoir renoncé à éradiquer. Face aux plaintes des riverains, mairies d’arrondissement, Hôtel de Ville et préfecture se renvoient la balle… Seuls les délinquants marquent des points.

Sur la pelouse du Champ-de-Mars , un Maghrébin aviné, la vingtaine, torse musculeux, circule entre les touristes, crachant des invectives. Une bagarre éclate avec une douzaine d’Anglais. Les coups pleuvent, les bouteilles de bière volent. Une dame, la soixantaine, est blessée à la tête. Autour, la foule, sidérée, oscille entre regards curieux et apeurés. Quelques jours plus tôt, au même endroit, un voleur arrachait, à coups de marteau, sa montre à un riverain… Des scènes banales, paraît-il.

Rixe ordinaire. À bout de patience, des supporteurs anglais neutralisent l’homme (en blanc) qui les provoque depuis déjà plus d’une heure, le 27 mai. © Alvaro Canovas / Paris Match

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« C’est une zone sinistrée, la cour des miracles », renchérit Philippe Goujon, maire du XVe arrondissement. « La délinquance a explosé » , continue un représentant du syndicat policier Alliance. Selon des agents, des dizaines d’agressions – jusqu’à cent ! – seraient signalées quotidiennement dans la zone tour Eiffel - Trocadéro - Champ-de-Mars. Vols à l’arraché, vols avec violence ou ruse… Peu aboutissent à des plaintes, les victimes étant souvent étrangères, choquées et mal informées.

Annie* est désespérée : « C’est plus dangereux qu’à Barbès », se plaint-elle. Derrière le sourire de façade, la vendeuse de glaces cache mal son inquiétude. Elle dénonce un endroit « malsain, violent ». Entre délinquants, la concurrence est devenue féroce. Les bagarres sont fréquentes. À chacun son périmètre, gare à celui qui empiète sur l’autre.

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Aux arnaqueurs s’ajoute un autre phénomène, apparu ces derniers mois sur les pelouses du Trocadéro : les mineurs isolés en guenilles. Le cerveau alourdi par des drogues, les mines chétives abîmées par un quotidien misérable, ils traquent le cash, l’or et les téléphones portables. Une vie d’errance et rien à perdre. Ils seraient jusqu’à soixante, pour la plupart marocains. « En avril, pendant le ramadan, ils ont rejoint des proches en Espagne et aux Pays-Bas, rapporte un représentant du syndicat policier Alliance. La délinquance a alors diminué. Mais ils sont revenus début mai. Toujours imprévisibles, insultants, agressifs, certains armés de couteaux, ce qui rend les opérations délicates. » Une bande d’une trentaine d’individus terrorise le quartier ; le plus jeune est âgé de 7 ans. Le jour, ils volent les passants ; la nuit, ils vandalisent les commerces, ciblant épiceries et pharmacies. Annie n’est pas tranquille : « Ils cassent les éclairages publics. Quand je finis à minuit, j’ai peur de rejoindre ma voiture à pied. » Des boutiques ont engagé des vigiles. Le gérant d’une brasserie de l’avenue de La Bourdonnais, braqué avec une arme, s’emporte : «C’est honteux de laisser cet endroit dans cet état. On est en permanence sur le qui-vive, jamais sereins. Le week-end, c’est pire avec les bandes des cités qui débarquent. Avant, ils allaient sur les Champs-Elysées !»

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