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Le trafic de cocaïne bat des records au Havre (Seine-Maritime), première plateforme de France pour le débarquement de conteneurs. La peur règne sur les quais. Notamment parmi les dockers, en première ligne face aux gangs criminels dont certains se font les complices. À écouter Stéphanie Cherbonnier , la patronne de l’Ofast, l’office antistupéfiants , ils ne seraient qu’une poignée de Français, établis à Dubai, au Maghreb ou encore en Asie, avec quelques pointures néerlandaises du trafic, à véritablement tirer les ficelles sur le port du Havre. Selon les statistiques de l’Ofast, au premier trimestre 2022, plus de 3 tonnes de cocaïne ont déjà été saisies. À ce rythme, un nouveau record pourrait bien être battu sur le port du Havre à la fin de l’année.

Ils sont bleus à l’enseigne du français CMA CGM ou du chinois Cosco. Verts pour Evergreen (Taïwan) ou United Arab Shipping Company (UASC). Orange avec les Allemands de Hapag-Lloyd. Il y a encore les roses de One et les bordeaux de K Line (Japon), les gris siglés Yang Ming (Taïwan) et tant d’autres anonymes couleur rouille… Constructions éphémères, ces piles de Lego métalliques et colorés font partie intégrante du paysage au Havre dès que l’on se rapproche du port. La ville, pionnière dans ce domaine, y loge une centaine d’étudiants depuis 2010 et on les recycle désormais en piscines. Les conteneurs : Le Havre en tire sa richesse et en a même fait son monument emblématique. Plantée à l’entrée du port, la Catène de l’artiste Vincent Ganivet, une double arche monumentale de 36 conteneurs multicolores, a été érigée en 2017, pile dans la perspective de la mairie d’Édouard Philippe, arrière-petit-fils* de docker, pour célébrer le 500e anniversaire de la création du port par François Ier.

Un symbole qui se chiffre désormais à 3 millions par an ! Le cap a été franchi en 2021. La cité océane est encore loin des mastodontes que sont les ports de Rotterdam (15 millions de conteneurs) aux Pays-Bas et d’Anvers (12 millions) en Belgique ; mais, avec une progression de 28 % de son trafic l’an dernier, c’est une réelle brise d’optimisme qui souffle sur le premier port à conteneurs de France et ses 1 150 entreprises implantées sur la zone industrialo-portuaire. Moins glorieux, un second record a également été battu l’an dernier sur ces mêmes quais havrais. Celui des saisies de cocaïne, 10,3 tonnes au total, en hausse de 164 %. Et avec lui, c’est un tout autre vent, malsain et insidieux, qui vient balayer la plateforme portuaire, celui de la peur…

Crâne dégarni et barbe noire, Allan Affagard, un solide gaillard de 40 ans, avait tout pour être heureux : quatre beaux enfants et un bon job de docker sur le port. Son cadavre a été découvert dans la cour de l’école Jules-Collet à Montivilliers, à 15 kilomètres de son lieu de travail, le 12 juin 2020 au matin. Confronté aux rumeurs les plus folles qui ont circulé, le parquet à Lille a dû démentir les éléments d’un scénario (œil crevé, chiffon imbibé d’essence dans la bouche, oreille arrachée…) digne d’un épisode de la série Narcos. Enlevé et séquestré, ce délégué CGT a pourtant bel et bien été battu à mort.

Deux ans plus tôt, il avait été mis en examen pour son rôle présumé, qu’il a toujours nié, dans le déchargement d’une cargaison de plus d’une tonne de cocaïne et placé sous contrôle judiciaire. Le docker avait également déposé plainte après avoir reçu des menaces sur son téléphone trois mois avant son meurtre. Deux ans après les faits, ses proches attendent toujours de savoir pourquoi il a été tué. Trois personnes ont bien été mises en examen dans ce dossier toujours à l’instruction, mais selon l’avocate de la famille, Mirya Le Petit, l’enquête n’a pas permis de remonter jusqu’aux commanditaires. […]

Alexis M., 25 ans, n’est pas docker mais lui aussi a vu la mort de près. Le jeune homme habite le quartier des Neiges. […]Alexis a été kidnappé le 22 février 2021 devant son domicile. Il est réapparu le lendemain à 150 kilomètres de chez lui, dans une clinique d’Aubergenville ­ (Yvelines), le visage salement amoché et une balle dans le mollet gauche. Ses agresseurs ? Trois balèzes de 1,90 mètre habillés de noir. Le jeune homme, qui est déjà tombé dans une précédente affaire de cocaïne sortie du port, n’en dira pas plus. La peur ? « Tous mes clients l’évoquent, insiste l’avocate havraise ­Valérie Giard, qui intervient dans une dizaine de dossiers liés au trafic. La trouille est trop importante pour donner des noms… »[…]

Le JDD

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