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Historiquement, l’antifascisme était une nébuleuse, sans structuration nationale ni stratégie commune. La nouvelle génération assume une ligne unitaire et même de parler avec les formations de gauche, pour peser pendant la présidentielle. Un article d’Abel Mestre, journaliste au Monde.

C’est bruyant et festif. Lors de la Marche des libertés, qui a eu lieu à Paris le 12 juin, le cortège de la Jeune Garde (JG) a marqué les esprits. De nombreux jeunes, filles et garçons, se retrouvaient derrière un immense drapeau orné des trois flèches orientées vers la gauche. Le symbole est connu des initiés : c’était celui des groupes d’autodéfense socialistes français des années 1930, Toujours prêts pour servir (TPPS) et Jeunes Gardes socialistes (JGS), qui entendaient répondre, dans la rue, aux ligues d’extrême droite de l’époque. Ils avaient repris les « trois flèches » de leurs camarades allemands qui symbolisaient le combat contre la réaction, le nazisme et le stalinisme. Plus tard, après la guerre, la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO, ancêtre du PS) adoptera ce symbole comme logo officiel.

Aujourd’hui, la Jeune Garde utilise les « trois flèches » pour montrer son identité antifasciste et comme signe de reconnaissance : ses membres reproduisent le signe en plaçant une main vers le bas, joignant le pouce et l’index, laissant les trois autres doigts tendus. Cela complète un autre logo, beaucoup plus répandu dans la mouvance « antifa » : deux drapeaux se superposant dans un cercle. Ironie de l’histoire, ce dernier est inspiré de l’Antifaschistische Aktion, groupe lié au Parti communiste allemand dans les années 1930.

La Jeune Garde a été créée à Lyon en 2018 et dispose de sections à Paris et à Strasbourg. C’est le dernier-né d’une nébuleuse antifasciste en pleine ébullition. On ne compte plus les livres publiés sur le sujet. Un jeu de société, créé par le collectif La Horde et édité avec les éditions Libertalia, vient même de voir le jour. Le but : faire exister un groupe antifa face aux exactions de l’extrême droite. Ce bouillonnement est, pour ces activistes, une réponse logique à la place prise par les idées d’extrême droite dans la vie politique française.

La JG dénote dans le paysage antifasciste français, avec une composition beaucoup plus féminine que celle des autres groupes existants, des militants qui avancent à visage découvert et qui ont un système de porte-parolat. Ils assument une ligne unitaire et parlent avec un grand nombre de formations de gauche, aussi bien des partis que des syndicats. Dans ce sens, la Jeune Garde a appelé à une grande manifestation contre l’extrême droite, le 23 octobre, à Lyon, une ville qui, depuis de nombreuses années, est le théâtre de violences nationalistes.  […]

Le Monde


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