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Professeur à la faculté de droit de l’université de Georgetown, cette Américaine d’origine palestinienne raconte le climat de censure et de surveillance généralisée qui s’installe sur tous les campus d’Amérique, sous prétexte de lutte contre les discriminations, et la mise au silence des « hérétiques » qui pensent différemment.

LE FIGARO : Deux enseignants de l’université de Georgetown ont été licenciés pour avoir déploré les mauvaises performances de leurs étudiants noirs. S’agit-il d’un événement isolé ou est-ce le symptôme d’un phénomène plus général ?

LAMA ABU-ODEH : Cet incident participe d’un phénomène à l’œuvre dans toutes les universités américaines. La domination progressive de la culture « woke » sur les campus me fait penser à l’essor de l’islamisme dans le monde arabe pendant les années 1980. Un beau jour, on s’est aperçu que toutes les femmes portaient le voile, et tous les hommes la barbe, et qu’il était trop tard. L’idéologie « woke » se répand de la même façon, et les personnes de gauche en Occident sont incapables de lui résister, tout comme les conservateurs dans le monde musulman ont été débordés par l’islamisme.

C’est un phénomène que j’ai personnellement vécu en Jordanie, où j’ai grandi. J’ai été témoin de l’entrisme des islamistes dans toutes les sphères culturelles et académiques. Quand j’étais en dernière année de droit à l’université, j’ai écrit des articles dans le journal étudiant pour dénoncer cette emprise. Un jour, un ami de mon père est venu nous dire que mon nom avait été mentionné à la mosquée pendant le prêche du vendredi. Mon père a pris peur et m’a fait quitter le pays. Je suis partie en Grande-Bretagne, puis aux États-Unis. Dans le monde musulman, les islamistes contrôlent à présent les universités et les grandes institutions culturelles. Trente, quarante ans plus tard, on n’a pas réussi à s’en débarrasser.

Y a-t-il d’autres parallèles ?

L’idéologie « woke » a tous les aspects d’un phénomène religieux. Ses adeptes déclarent que les principes mêmes de l’université sont racistes, et que le racisme est partout. Contre cette nouvelle censure, les gens de gauche sont incapables de défendre les principes les plus fondamentaux, comme la liberté d’expression. L’islamisme a commencé ainsi, en recrutant dans la classe moyenne éduquée, et en faisant de l’entrisme dans le système éducatif avant de se répandre jusque dans les sphères du pouvoir.Un autre parallèle saisissant entre l’islamisme et le mouvement « woke » est le rôle des femmes. Si vous regardez ces foules qui défilent en pointant des doigts accusateurs, ce sont surtout des femmes. Des femmes noires, des femmes blanches. Ce sont toujours elles qui imposent les règles éthiques, et défendent traditionnellement les systèmes de valeur. Quand elles sentent, presque instinctivement, l’émergence d’un nouvel ordre moral, elles se transforment en missionnaires pour le répandre. Elles ont porté le phénomène religieux dans le monde musulman, ici, elles sont en pointe dans la lutte contre ce qu’on appelle le racisme structurel. Mais qu’est-ce que c’est que le racisme structurel ? Vous ne pouvez pas le voir, ni le définir, mais il est partout ! C’est une croyance, un concept quasiment mystique. Chaque fois que vous voyez une inégalité raciale, vous pouvez l’expliquer par le racisme structurel !

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Le Figaro


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