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En Seine-Saint-Denis, une rivalité adolescente a dégénéré, conduisant au meurtre d’Aymen, 15 ans. Habitants, encadrants et spécialistes constatent la montée en puissance d’une hyperviolence chez de nombreux jeunes.

Les parents venus accompagner leurs enfants s’interrogent. Comment une simple dispute a-t-elle pu dégénérer à ce point ? Comment un tel drame a-t-il pu se nouer autour de deux jeunes inscrits dans le même club de boxe ?  […]

Fondé par Hakim Kadri, membre de l’association Bondy Autrement, l’espace Nelson Mandela avait pourtant pour vocation «d’apprendre aux jeunes le mieux vivre ensemble». […] «Son agresseur se sentait humilié, parce qu’Aymen gagnait toujours», lance dans la foule un jeune collégien, proche de la victime. Hakim Kadri connaît bien ce sentiment, qu’il dit avoir tenté de combattre lorsqu’il était animateur : «Parfois les gamins en venaient aux mains, mais maintenant ils en viennent aux armes ! Parce qu’ils refusent d’être vaincus, parce qu’ils perçoivent cela comme une humiliation. Il y a une sorte de virilité malsaine dans tout cela», souffle-t-il. […]

Pour le pédopsychiatre et psychanalyste Maurice Berger, l’humiliation serait en effet une des causes de cette violence gratuite des jeunes. «Il s’agit d’un mode de relation propre à certaines cultures très marquées par la culture de l’honneur, où il est établi que soit on est humilié, soit on humilie l’autre», explique le psychanalyste, auteur de l’ouvrage «Sur la violence gratuite en France. Adolescents, hyperviolents, témoignages et analyses». «Auparavant, lorsqu’on en venait aux mains, on envoyait l’autre par terre, point. Maintenant, on va jusqu’au bout, on le frappe, et parfois on le tue. C’est le principal changement qui s’est opéré au sein de la jeunesse dans notre société : la bagarre aujourd’hui vise à éliminer complètement l’autre», poursuit le spécialiste, soulignant qu’une seconde cause pourrait favoriser les violences des jeunes, le «fonctionnement clanique des familles». «C’est un grand classique : lorsqu’il y a un problème, on rameute le groupe familial et, quand les membres du clan arrivent, ils ne demandent pas qui a raison ou qui a tort, ils vont directement frapper celui qui est désigné comme celui qui a humilié. Le problème avec un fonctionnement clanique est que ces groupes n’acceptent plus de se soumettre aux lois de la République. Dans un clan, on ne se soumet qu’aux codes du clan, et non aux règles de la société». Un fonctionnement qui fait craindre aux habitants de Bondy «une escalade de la violence».

Le Figaro


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