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Chantre du multiculturalisme, le maire de Rutland voit dans l’accueil de ces réfugiés le moyen de redonner un souffle à sa ville et de diversifier sa population. Au contraire, ses détracteurs dénoncent une menace contre leur culture et leur sécurité.

Les routes du Vermont ressemblent à celles d’Auvergne, bordées de petites montagnes alignées comme des bols renversés. Loin de toute agglomération, après avoir dépassé quelques terrains de camping et parcs touristiques, on se trouve à Rutland, petite commune dont la composition démographique est l’exacte photographie de cet État du nord-est des États-Unis: à 97% blanche, selon le dernier recensement de 2010. C’est dans cette ancienne cité industrielle en déclin qu’une polémique enfle depuis bientôt cinq mois. En avril dernier, le maire sans étiquette Chris Louras a annoncé à ses administrés que la ville allait accueillir 100 réfugiés de Syrie. Immédiatement, cette guerre qui paraissait si loin a pris un tout autre relief pour les 16.500 âmes de Rutland. Un peu comme si les réfugiés syriens sortaient de l’écran plat pour s’inviter dans leurs salons. […]

Impliqué dans la politique locale de Rutland depuis plus de 20 ans, Chris Louras est sûr de ses soutiens. Tout le monde le connaît, et il connaît tout le monde par son prénom. Mais depuis avril, il s’est mis des administrés à dos. «Au niveau local, nous vivons la même fracture qui traverse actuellement les États-Unis sur la question de l’immigration», estime-t-il. Dans le Vermont, solidement démocrate, le comté de Rutland est une enclave républicaine où les vues de Donald Trump sur l’immigration rencontrent un certain écho.

Don Chioffi, un retraité engagé dans la vie politique de l’agglomération, est l’un de ceux qui mènent la fronde contre le maire. «On n’a été mis devant le fait accompli», estime-t-il. Pour lui, Chris Louras a agi dans le dos de ses administrés, et il a outrepassé ses compétences de maire. «De quel droit il pouvait prendre une telle décision sans la faire voter, ni même l’annoncer à personne?» Le conseil municipal a saisi le juriste de la ville pour déterminer que le maire a commis un abus de pouvoir. La décision, rendue lundi, a répondu par la négative.

Mais derrière ce vernis procédurier se cache un tout autre combat, mené sur le terrain culturel. Le maire affiche ouvertement sa volonté de «diversifier» la population de Rutland. «Nous sommes l’archétype de la population blanche de classe moyenne, ennuyeuse et fermée d’esprit. Il faut changer ça», affirme-t-il. «La ville perd des habitants, surtout chez les jeunes. Or, c’est un fait que cette classe de la population recherche un environnement ouvert et multiculturel. La venue de ces réfugiés qui ont tout perdu dans leur pays ne peut que nous enrichir.»

Des propos qui font bondir Don Chioffi: «Qu’est-ce que des Arabes musulmans vont bien pouvoir nous apporter comme bénéfice culturel? La Charia? La suppression du porc dans les cantines de nos enfants? La condamnation à mort des homosexuels et la lapidation des femmes? Sérieusement, comment peut-il croire que notre ville a besoin de cet «apport culturel».» Le retraité soulève aussi un problème de sécurité. «Nous allons recevoir 100 musulmans venu d’un pays contre lequel nous sommes en guerre, et nous n’aurons aucun moyen de contrôler leur identité… Oui, nous sommes tous des fils d’immigrés, nos parents étaient Italiens, Grecs ou Polonais. Mais là, on nous demande d’accueillir des Syriens ; comme si, en pleine guerre mondiale, on avait soudainement décidé de faire venir des réfugiés japonais…»

Le Figaro

Merci à Stormisbrewing

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