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Dans la brassée quotidienne de textes sur l’identité nationale, la concurrence est rude entre les auteurs en matière d’amalgames historiques, de provocations outrancières ou d’affirmations péremptoires. Le texte de Jean Rouaud, écrivain, lauréat du prix Goncourt, restera un modèle du genre.

(…) C’est toujours suspect quand un concept se mêle des liens familiaux. Quand le Parti invente le camarade, la patrie ses enfants, la nation ses pupilles, la République le citoyen. Ce qui s’apparente à un dépouillage identitaire. Abandonne tout ce qui t’a fait, et rejoins-nous. Petite contrainte toutefois imposée à l’homme nouveau, rebaptisé de frais : Un Français doit vivre pour elle/Pour elle un Français doit mourir. Vraiment ? Brrr.

C’est précisément, cette dépossession de soi, cette aliénation de la volonté, ce que demande toute secte à ses adeptes. Faut-il inscrire la nation sur la liste noire des sectes ? Son bilan se mêle largement aux «désastres» terrifiants du XXe siècle. Et on voudrait qu’elle en ressortît indemne ? Qu’on ne lui fît pas les procès intentés aux idéologies meurtrières ? (…)

«Tous les hommes naissent», dit le législateur de 1789. Entendu, mais pas de tuteur, s’il vous plaît. L’identité est bien plus une construction qu’un acquis. Et tout ce que la nation a à proposer c’est de réinventer le code-barres à nos poignets. Un idéal de glaciation, une philosophie de commissaire politique. D’autant que sur cette question des droits et des devoirs du citoyen, il y aurait à redire. Un citoyen paie ses impôts, respecte la loi et a le droit de choisir ses élus. C’est le pacte.

Pourtant un immigré qui travaille ici, paie ses impôts ici, et respecte les lois de ce pays, ne bénéficie pas, lui, du droit de vote. L’immigré ne serait-il pas un citoyen ? A moins de considérer qu’à l’exemple de l’Empire ottoman, la République ait ses dhimmis, ses citoyens de seconde zone, avec moins de droits et davantage de devoirs.(…)

La nation, en tant que couveuse républicaine, a fait son temps. Autant que la patrie. Le pays nous suffit bien. Et comme régime, la démocratie pour peu que tous aient leur mot à dire. Et une carte de France, regroupant carte d’identité nationale et carte de séjour ou de passage, fera l’affaire.

Et s’il faut absolument un chant à entonner à pleins poumons au début d’un match, plutôt que ce refrain pompier aux paroles dignes d’Al-Qaidaqu’un sang impur abreuve nos sillons»), auquel semble attachée la fille du capitaine qui s’inspire de Lourdes pour sa technique des apparitions, on pourrait choisir, par exemple, l’air du toréador de Carmen. (…)

Source : Le Monde

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