Muqtedar Khan : «L’Islam, en devenant sa deuxième religion, est en train de transformer l’identité de l’Europe.»

Sous l’égide de la Yildiz Technical University et la municipalité du district de Beykoz (à Istanbul), cinq universités ont organisé un séminaire international sur l’islamophobie, qui s’est tenu à Istanbul du 25 au 27 janvier. Des érudits venant des Etats-Unis, du Royaume-Uni, d’Europe, de Russie et de Turquie ont cherché à définir et à comprendre l’inexorable croissance du sentiment anti-islam et anti-musulman dans le monde occidental. Muqtedar Khan, professeur assistant à l’Université de Delaware, analyse les relations entre l’islam et l’Occident.

La croissance des populations musulmanes en Europe, ajoutée à une identité musulmane accentuée, engendre à la fois une anxiété existentielle et la peur d’un changement culturel.

Tous, ou presque, ont reconnu que l’islamophobie était croissante dans les pays occidentaux. […] Il est important de saisir une continuité historique, mais il ne faut pas perdre de vue que la politique contemporaine nourrit l’islamophobie. […]

Les succès de la diaspora musulmane en Occident et les progrès faits dans les relations interreligieuses sont deux domaines qui ne peuvent être subsumés par l’histoire de l’islamophobie. […]

Oui, l’islamophobie augmente et personne ne peut le nier. Mais nous avons aussi été assisté à l’émergence de communautés florissantes, diverses et dynamiques dans presque tous les pays occidentaux. Les idées et la technologie occidentales, quant à elles, influencent profondément les sociétés musulmanes. Et l’Islam, en devenant sa deuxième religion, est en train de transformer l’identité de l’Europe.

saphirnews

Doit-on avoir peur de l’islam ? (Le Point)

Dans les pays musulmans comme en Occident, l’islam est trop souvent mis au service des peurs, des désirs et des représentations.

Doit-on avoir peur de l’islam ? Pour 74 % des Français, la religion de Mahomet n’est pas compatible avec les valeurs de la République (1). Ce qu’on lui reproche ?

Sa violence, son intolérance, son intégrisme, son entrisme aussi : la visibilité accrue des musulmans dans la société française et le développement de nouvelles revendications comme le port du foulard, l’organisation de la prière sur les lieux de travail ou la restauration halal (licite) dans les écoles dérangent de plus en plus de Français. Pour beaucoup, l’islam est une déferlante qui menace l’identité européenne tandis que le développement du terrorisme en Afrique et l’accession au pouvoir de fondamentalistes dans les pays du Printemps arabe ne font qu’ajouter à cette inquiétude.

Ne faites pas un amalgame entre l’islam modéré et l’islamisme, plaident les autorités musulmanes françaises.

Ainsi, alors que la France a dominé pendant plus d’un siècle le Maghreb et qu’elle a « produit » quelques-uns des plus grands islamologues, de Louis Massignon à Jacques Berque, en passant par Henry Corbin, le découvreur du chiisme, l’islam demeure dans l’Hexagone une terre inconnue.

Cette religion compte pourtant plus de 2 millions de fidèles « déclarés », d’après l’Insee.

Et si de plus en plus de jeunes issus de l’immigration se présentent comme « musulmans », ils ont rarement reçu une formation religieuse sérieuse : quelques versets expliqués par des prédicateurs à la formation elle-même incertaine.

Le problème du port du voile est symptomatique de cette situation où la revendication accompagne l’ignorance. Ainsi, contrairement aux affirmations des fondamentalistes, rien dans le Coran n’en justifie vraiment le port, et si le texte sacré exige la pudeur et la décence des musulmans, c’est d’abord aux hommes qu’il s’adresse. Ce n’est qu’au XIXe siècle et dans le cadre de la colonisation que ce bout de tissu deviendra un enjeu entre défenseurs de l’identité musulmane et tenants de la modernité.
Et aujourd’hui ? S’il peut être contraint au Pakistan ou en Afghanistan, il est pour beaucoup de musulmanes vivant en Occident un moyen d’affirmer leur identité.[...]

Le Point

Nicolas Domenach dénonce «la vague xénophobe et islamophobe qui ne cesse de monter»

Nicolas Domenach revient sur l’enquête IPSOS-Cevipof-Le Monde qui soulignait le rejet de l’Islam par une majorité de Français.

Si une majorité écrasante de Français jugent l’Islam «intolérant» et «incompatible avec la société», ce n’est pas seulement parce qu’ils sont en crise d’économie et d’identité. C’est aussi parce que les républicains musulmans ou non n’ont pas fait leur boulot…

Il est temps, plus que temps, de penser et d’agir contre le déclinisme narcissique et xénophobe qui à la faveur de la crise s’est répandu comme un incendie de forêt avec la complicité des élites. […]

C’est la peur qui tient lieu de pensée, et les prétendus penseurs en cour sont les bardes apeurés de la nostalgie franco-française. Ceux qui prophétisent la fin de la civilisation blanche et masculine, les Ivan Rioufol et Éric Zemmour qui ne communient plus que dans le souvenir jauni d’une grandeur perdue et entretiennent une mélancolie qui tourne à l’aigre, à la détestation de l’étranger en général, et de l’Islam en particulier. Ils sont la caution intellectuelle de la beaufitude de comptoir. […]

Les Gaulois ont toujours eu peur que le ciel leur tombe sur la tête, aujourd’hui on dirait que chacun ne sort plus que casqué et armé de méfiance, de crainte de son ombre…

On pourra toujours se rassurer en constatant comme le fait l’historien Michel Winock qu’il en a déjà été ainsi dans des périodes de difficulté économique. Le seul changement consisterait en un transfert de l’antisémitisme vers l’anti-islamisme chaque jour plus radical, avec des points communs qui demanderaient d’ailleurs à être mis à jour et refroidiraient ceux qui espèrent que les juifs soient épargnés par ce rejet des musulmans ! D’un bouc émissaire l’autre […]

Marianne

«Oui, le peuple juif vit dans la peur en Europe, non pas en 1929, mais en 2012»

Martin Schultz, le Président du Parlement européen, a dit que les juifs du continent «vivaient dans la peur», a déclaré Schultz au cours d’une cérémonie à la mémoire des victimes de l’Holocauste qui a eu lieu au Parlement européen.

«Nous ne sommes pas en 1943, mais nous pourrions être en 1929, avec des extrémistes qui marchent dans les rues et entrent au Parlement». (Moshe Kantor, Président du Congrès Juif Européen)

Il a ajouté que l’Union européenne avait été créée sur les bases des «leçons d’Auschwitz» en tant que cadre d’un «contrôle mutuel afin d’éviter que toute société membre de l’union agisse de manière dangereuse et incontrôlée».

Crif

Livre : «Xénophobie business. A quoi servent les contrôles migratoires ?»

Article du Monde sur le livre Xénophobie business. A quoi servent les contrôles migratoires ? de Claire Rodier, La Découverte. Claire Rodier est membre du Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti), cofondatrice du réseau euro-africain Migreurop.

Le site du Gisti

Le livre démontre, avec brio, comment «l’exploitation de la peur des émigrés, désignés comme des délinquants, voire des terroristes en puissance, est utilisée par les dirigeants politiques, qu’ils soient de droite ou de gauche, «dictatoriaux» ou «révolutionnaires», du Sud ou du Nord.

Contrôler les migrants étrangers, les enfermer si nécessaire, surveiller les frontières par tous les moyens : on n’a rien inventé de plus profitable ni de plus efficace au cours des dernières décennies. Vous sursautez ? Vous avez tort.

En termes de profit et de marketing politique, les migrants sont une excellente affaire. C’est ce que démontre cet essai percutant, précisément documenté et qui se lit sans peine. Les sociétés privées de sécurité, tout comme l’industrie de l’armement, ont su, très vite, occuper le créneau. Ainsi, l’entreprise multinationale G4S, dont une partie de l’activité est consacrée à la «gestion» de l’immigration (celle de centres de détention du Royaume-Uni notamment), emploie aujourd’hui près de 650 000 personnes. […]

Le secteur privé n’est pas seul à profiter de cette manne inédite. L’agence européenne Frontex, basée à Varsovie, dotée à sa naissance d’un budget de 6,3 millions d’euros, a vu celui-ci multiplié par quinze en cinq ans. […]

Le Monde

«Il est difficile de prendre la mesure de l’islamophobie en France»

Jean-François Amadieu, directeur de l’Observatoire des discriminations, revient sur la polémique née des propos de la comédienne Véronique Genest qui s’est déclarée «islamophobe, comme beaucoup de Français» sur NRJ12.

Il appartient notamment aux médias de modifier cette réaction en montrant aussi des images positives, sans que ce soit de type «bisounours», afin qu’une opinion se développe.

Les peurs cachent souvent de l’ignorance, est-ce le cas avec l’islam ?

Oui, c’est ce qui ressort le plus souvent. Nous avons posé la question à des Français sur les préjugés positifs et négatifs qu’ils ont à propos de groupes prédéfinis (obèses, noirs, seniors, etc.). Pour les personnes d’origine maghrébine, les termes négatifs qui ressortaient le plus souvent étaient «étranger», «musulman» et «intégriste». Ce n’est pas un hasard, il y a un phénomène de généralisation. Il suffit de quelques intégristes à la Concorde pour que les préjugés négatifs liés à la religion musulmane se généralisent à l’ensemble du groupe. […]

Malgré la liberté d’expression, on peut s’interroger sur l’invitation qui a été adressée à Véronique Genest, à qui on déroule le tapis rouge pour tenir des propos dommageables et un discours intolérant qui n’avancent à rien et doivent rester dans la sphère privée. […]

20 minutes

« La peur d’être taxés d’islamophobes tétanise tous ceux qui veulent lutter efficacement contre le racisme »

(…) La crainte de l’islamophobie empêche toute lutte efficace contre le racisme

On annonce cette semaine le décès de Mouloud Aounit, ancien président du Mrap. Je m’abstiendrai évidemment de toute remarque déplacée, celui-ci n’étant plus là pour se défendre. J’ai été suffisamment son adversaire de son vivant pour le laisser désormais en paix. Je me contenterai seulement de quelques remarques périphériques : certains journaux l’ont présenté comme « une grand figure de l’antiracisme », peut-être, d’autres plus thuriféraires : « comme un combattant contre le racisme ». Certainement pas. Je suis même convaincu désormais que les deux expressions sont parfaitement antinomiques.

Son compagnon de route du PCF, Pierre Laurent a poussé son sens de l’humour hilarant à déclarer « qu’il avait eu le courage de lutter contre l’islamophobie »… Mais c’est bien cette crainte de l’islamophobie qui tétanise aujourd’hui tous ceux qui veulent lutter efficacement contre le racisme.

Exemple : TV5 mardi dernier, 13h : « Nigéria : les affrontements entre chrétiens et musulmans se poursuivent » renseignement pris, on saura le mercredi que ce soit disant affrontement interreligieux a consisté pour des islamistes à assassiner 20 chrétiens dont un pasteur dans une église évangéliste.

Je parierai que ce renvoi intercommunautaire dos à dos est la conséquence aussi inconsciente que permanente du chantage à l’islamophobie.

Qui ne voit pourtant que ce ne sont désormais pas seulement les juifs ou les chrétiens qui en font les frais : le génocide des noirs non arabes au Darfour, la chasse aux noirs en Libye, la mise en esclavage des noirs mauritaniens (voir un précédent article), Al Qaida au Mali, quel est l’antiraciste professionnel qui aura le courage de dire la souffrance des populations noires sous le joug arabo-islamiste ? (…)

Atlantico

Tunisie : peur sur les minorités

Slogans antisémites, profanations de lieux de culte, propos homophobes, racisme anti-Noirs… Le subtil mélange de tolérance et de modération qui cimentait la mosaïque tunisienne est menacé.

«Aucun de nous ne sortira indemne de ce jeu identitaire et religieux ! Le vivre-ensemble est en danger », déplore Habib, ancien militant des droits de l’homme, inquiet de la remise en question de la diversité en Tunisie. À l’élan de solidarité qui a immédiatement suivi la révolution se sont substitués des discours axés sur l’identité arabo-musulmane, cheval de bataille des partis islamistes et nationalistes lors de la campagne pour l’élection de la Constituante.

Depuis, une sévère crise socioéconomique a provoqué un repli sur soi, aussi inattendu que rapide, qui a inévitablement conduit à une stigmatisation des minorités, désormais sur le qui-vive. Slogans antisémites, profanations de lieux de culte, propos homophobes, racisme anti-Noirs…

Yamina Thabet, présidente de l’Association tunisienne de soutien des minorités (ATSM), observe qu’« il y a depuis quelques mois une accumulation d’incidents inquiétants ». (…)

La problématique identitaire n’a pas qu’une connotation religieuse.
Les Berbères aussi expriment leurs craintes face à la percée des islamistes, qui affirment, à l’instar de Rached Ghannouchi : « Nous sommes arabes et notre langue c’est la langue arabe ! »
Les Amazighs, premiers autochtones de la région, s’insurgent contre ce qu’ils considèrent comme une position intolérante et réactionnaire. Rassemblés au sein de la toute récente Association tunisienne de culture amazigh (ATCM),
ils rappellent que, « malgré des siècles de génocide culturel, il subsiste, aujourd’hui encore, des Tunisiens de souche amazigh, dont environ 100 000 locuteurs.
Ceux-là ne sont certainement pas des Arabes, et leur langue n’est pas l’arabe ». « Il faut assurer la survivance de ce patrimoine en le protégeant par des lois », insiste Khadija Saïdane, présidente de l’association. (…)