Européennes/circonscription Est : FN en tête à 26%, PS-PRG à 15,5%. (Ajout débat vidéo)

Addendum 23.04.2014 :

Trois invités pour la circonscription Est des européennes étaient réunis mercredi pour un débat organisé par Europe 1, LCI et Le Figaro: les têtes de liste UMP et FN, Nadine Morano et Florian Philippot, et la numéro deux de la liste PS et eurodéputée sortante, Catherine Trautmann. À un mois du scrutin, la campagne est lancée pour les candidats qui sollicitent les suffrages des électeurs de Champagne-Ardenne, Bourgogne, Lorraine, Franche-Comté et Alsace.

En l’absence de la tête de liste PS Édouard Martin, Catherine Trautmann a mis en avant la «chance» de voir un ancien leader syndicaliste «représenter les ouvriers et les artisans au Parlement européen». «Édouard Martin est un traître à sa cause», a répondu Nadine Morano.

Autre passe d’armes sur la question du traité de libre-échange transatlantique que l’Union est en train de négocier avec les États-Unis. Pour Trautmann, le Parlement européen sera très vigilant sur les conclusions de l’accord. «Nous avons conditionné le mandat de la Commission», explique-t-elle en rappelant les précédents de traités non adoptés par les eurodéputés. Philippot juge, lui, le traité «très inquiétant car il va faire sauter toutes les barrières». «Vous jetterez les ouvriers et les paysans dans le grand bain de la mondialisation», estime-t-il. «Philippot rime avec Maginot», lui répond Morano, qui rejette toute idée de protectionnisme, tout en souhaitant une «Europe qui protège». «Si nous ne mettons pas en place des règles de réciprocité, les Français ont de quoi être inquiets», dit-elle.

Le Figaro

Selon un sondage Ifop pour le Figaro, les intentions de vote dans la circonscription amplifient la tendance nationale, avec un Front national qui devance l’UMP et le PS.Avec 26% des intentions de vote, la liste FN conduite par Florian Philippot arrive en tête devant celle de l’UMP Nadine ­Morano, créditée de 24% des voix.

La liste PS-PRG, dont le numéro un est l’ex-syndicaliste Édouard Martin, ne recueillerait que 15,5% des suffrages et la liste EELV de Sandrine Bélier 12,5 %. […]

Selon ¬Frédéric Dabi, directeur du département Opinion de l’Ifop., cet écart s’explique par les spécificités de la circonscription: «Dans ces régions très touchées par la désindustrialisation, le vote frontiste a toujours été haut. Marine Le Pen y avait recueilli 22,4% des voix à la présidentielle, alors que son score national était de 18,3%. Elle obtiendrait 55% des suffrages des ouvriers, une catégorie où le FN est depuis longtemps en tête, mais rarement à ce point. »

L’extrême droite réalise aussi des performances inédites chez les 25-34 ans et les 35-49 ans, dont elle rafle 32% des voix. Dans l’Est, le Front national progresse donc bien au-delà de ses «segments» traditionnels, ce qui est logique étant donné le niveau qu’il atteint. En 2009, la liste de Bruno Gollnisch n’avait recueilli que 7,6 % des voix.[…]

Le Figaro

Le FN, parti des ouvriers qui ont «un petit quelque chose qu’ils ont peur de perdre». La «France de la diversité» dernier recours du PS ? (MàJ)

Addendum 02.03.2014 :

Extraits d’un article du Figaro sur le vote ouvrier en faveur du FN et le vote des «Français issus de l’immigration».

Parmi les solutions envisagées pour essayer de contourner la fuite du vote ouvrier, Terra Nova signalait comme une opportunité «l’expansion démographique» de la population des Français issus de l’immigration. «C’est un fait politique important. La France de la diversité est aujourd’hui la composante la plus dynamique, tant électoralement que démographiquement, de la gauche en France.»

Dans La Revue socialiste du quatrième trimestre 2013, on observe que le FN s’est «très habilement réapproprié le registre de la laïcité et de la défense des valeurs républicaines». La politologue Nonna Mayer (CNRS) note aussi que Marine Le Pen fait «ses meilleurs scores chez les ouvriers, dont un tiers dit avoir voté pour elle». Dans la même publication, entièrement dédiée au FN, Jérôme Fourquet (Ifop) écrit: «Désormais, dans les classes populaires et moyennes blanches des espaces périurbains et des villes moyennes, c’est Marine Le Pen qui est en tête, la gauche conservant une influence dans les grandes métropoles et leurs banlieues, à forte population immigrée.» […]

Le Figaro


Depuis les années 1980, le vote ouvrier en faveur du FN progresse. Cette évolution a suscité des interprétations polémiques, du «gaucho-lepénisme» à la « convergence des extrêmes ». Mardi 25 février, à la Fondation Jean Jaurès, des chercheurs invités par l’Observatoire des radicalités politiques (Orap) «prenaient de la hauteur sur ce phénomène» et conteste cette notion de «gaucho-lepénisme».

«Les enjeux économiques sont encore au cœur de leurs préoccupations», confirme Nonna Mayer, «mais au moment de voter, ce sont les enjeux identitaires et culturels qui sont déterminants».

La question du vote ouvrier en faveur du FN a l’art d’échauder les esprits. Impossible pourtant de jeter un voile pudique sur ce phénomène : depuis la présidentielle de 1988, les ouvriers votent en moyenne davantage pour le FN que l’ensemble de l’électorat. Le temps où 70 % des ouvriers qui votaient, le faisaient pour la gauche, comme en 1978, est révolu. Or «les partis de gauche se sont formés sur l’idée de l’émancipation de la classe ouvrière, que le vote ouvrier fait partie de leur ADN, c’est pourquoi ce phénomène remet en question leur identité même», constate Florent Gougou, chercheur associé au Centre d’études européennes de Sciences-Po. […]

Mais de quel monde ouvrier s’agit-il plus précisément ? L’idée couramment répandue selon laquelle le FN attirerait à lui un vote de désespérance des ouvriers les plus démunis, les plus vulnérables, constitue une autre idée reçue à laquelle s’attaque Nonna Mayer. « En 2012, ce ne sont pas les ouvriers précaires qui ont voté pour Marine Le Pen : eux ont préféré François Hollande dès le premier tour, quand ils ne se sont pas abstenus, explique la chercheuse. En revanche les ouvriers non précaires ont voté à 36 % pour Marine Le Pen. Qui sont-ils ? Ceux qui ont peur de tomber : ils sont plus catholiques, ont un plus fort taux d’équipement des ménages, habitent davantage hors des grandes villes, ont un petit diplôme, un petit quelque chose qu’ils ont peur de perdre.» Ce sont aussi des ouvrières, car le vote FN ne suscite plus la même réticence chez les femmes qu’à ses débuts. En 2012 les ouvriers et les ouvrières ont voté dans les mêmes proportions en faveur de Marine Le Pen. […]

La dynamique vient donc initialement d’une radicalisation d’ouvriers de droite qui ont basculé à l’extrême droite.

D’autre part, elle a été encouragée par une «tendance sur le long terme à un recul du vote de gauche des ouvriers depuis les années 1970. Ainsi depuis les années 2000 les ouvriers votent autant à gauche que l’ensemble de l’électorat», explique le chercheur. Enfin, elle a profité du renouvellement des générations : de nouvelles cohortes d’ouvriers ont fait leur entrée dans le corps électoral, et elles votent de plus en plus pour le FN, et de moins en moins pour la gauche. La conclusion de Florent Gougou porte encore un coup d’estoc à la thèse du gaucho-lepénisme : «Ce ne sont pas les mêmes ouvriers qui hier votaient pour la gauche et aujourd’hui votent pour le FN, ce sont de nouvelles cohortes qui amènent ces changements-là : ils n’ont jamais eu des habitudes de vote à gauche.»

Alors, le FN, parti des ouvriers ? Pas franchement, si l’on en croit Florent Gougou, qui rappelle que «depuis 1988 les ouvriers représentent 30 à 35 % de l’électorat FN, alors que le vote ouvrier en faveur du PCF à son apogée en 1967 et 1978s’élevait à 50%».

Les Inrocks

Un Parlement loin d’être à l’image du pays : «Une dizaine de députés ont été ouvriers ou employés»

La politologue Céline Braconnier commente la montée de l’abstention, sur fond de crise et d’affaires et la montée du vote FN.

Le scepticisme sur la capacité des politiques à améliorer la vie en période de crise n’est pas nouveau. Depuis le début des années 80, la succession d’alternances gauche/droite, qui n’a pas débouché sur une amélioration de la vie des plus fragiles, renforce le sentiment que voter ne sert plus à grand-chose.

La démobilisation électorale touche d’abord les catégories populaires…

Aujourd’hui que les milieux populaires – avec le déclin du PCF et de la politisation syndicale – ne bénéficient plus de formes d’encadrement politique au travail ou là où ils résident, rien ne vient plus compenser leurs prédispositions à demeurer en retrait du vote. Comme les abstentionnistes, les votants les plus intermittents appartiennent aux catégories les plus jeunes, les plus fragiles économiquement et les moins diplômées. Aux dernières municipales, plus d’un jeune de 18-25 ans sur deux n’a pas voté, alors que c’était le cas de moins de deux citoyens âgés de 55 à 65 ans sur dix. L’abstention était aussi deux fois plus forte dans la catégorie des chômeurs et des travailleurs intermittents que chez les fonctionnaires. A chaque fois que l’abstention est forte, les citoyens les plus âgés et les plus stables sont surreprésentés dans les urnes.

La hausse du vote frontiste est de plus en plus plausible. Les indicateurs de la porosité des frontières entre vote de gauche – et notamment vote PS – et vote FN se multiplient. Des enquêtes qualitatives menées à l’occasion de la présidentielle de 2012 montraient déjà qu’une partie des électeurs de Hollande éprouvait de l’attirance pour la candidature Le Pen.

Avec un Parlement loin d’être à l’image du pays…

On ne peut pas comprendre l’éloignement des milieux populaires des partis de gauche sans tenir compte du fait que de moins en moins d’élus sont issus de ces milieux. Et ont donc expérimenté leurs conditions d’existence. Actuellement, une dizaine de députés seulement ont été ouvriers ou employés ! La politique renvoie de plus en plus à un monde autre, radicalement étranger, composé de gens riches et surdiplômés qui ne comprennent rien aux difficultés de la vie quotidienne. Il n’est du coup pas très étonnant de constater que 71% des Français – et 64% des électeurs de Hollande – pensent que les responsables politiques ne se préoccupent pas de ce que pensent les gens comme eux. […]

Libération

Vote FN des ouvriers : selon Le Monde, « Jean-Luc Mélenchon se trompe »

Invité de la matinale de France Inter mardi 30 avril, Jean-Luc Mélenchon a interpellé le présentateur de l’émission, Patrick Cohen, sur l’attention – démesurée selon lui, portée par les médias au vote frontiste des ouvriers.

Ce qu’il a dit : « La première chose que vous [les journalistes] trouvez à faire c’est de citer les ouvriers, combien y-a-t-il de patrons et proportionnellement combien cela représente par rapport au total du patronat ? Combien y-a-t-il de classes supérieures proportionnellement qui votent Marine Le Pen, les gens qui gagnent plus de 10 000 euros ? »

Pourquoi il a tort : Selon des études récentes, mais aussi les sondages de sortie des urnes du premier tour de la présidentielle, les ouvriers sont plus nombreux à voter Front national que les classes supérieures ou les « patrons ».

En 2013, Marine Le Pen séduit surtout les classes les plus pauvres

D’après un sondage Harris Interactive réalisé entre le 5 et le 8 avril 2013 sur les « traits d’image » de Marine Le Pen, 51% des CSP-, dont font partie les ouvriers, estiment que l’expression « a de bonnes idées pour la France » correspond « plutôt bien » à Marine Le Pen contre 33% des CSP+. [...]

Le Monde

Ecole : «Les inégalités n’ont pas disparu, elles ont juste été repoussées plus loin»

En France, en 2013, 70 % des enfants d’ouvriers n’ont pas d’opportunités de promotion sociale. Face à ce constat, le sociologue Camille Peugny appelle à réinventer une école «vraiment démocratique», et non plus «méritocratique et élitiste» dans son ouvrage Le Destin au berceau – Inégalités et reproduction sociale (Seuil).

Nous sommes envahis par ces discours. «Quand on veut, on peut», entend-on sur toutes les lèvres. Ces discours sont dangereux : ils entretiennent l’idée selon laquelle les individus seraient les seuls responsables de leurs parcours, et donc de leurs échecs. Eh bien non.

L’école s’est largement massifiée mais cela ne s’est pas traduit par une augmentation de la mobilité sociale. C’est un constat qui doit interpeller la société tout entière. […]

Comment expliquer cet échec ?

D’abord, il ne faut pas exagérer la portée de la massification scolaire. Prenons l’exemple du baccalauréat : 50 % des enfants d’ouvriers aujourd’hui n’ont pas le baccalauréat ; seuls 20 % d’entre eux obtiennent le baccalauréat général. Contrairement à ce que l’on entend parfois, non, on ne “donne” pas le bac à tout le monde. Second point : qui dit massification ne dit pas démocratisation. Si les enfants des classes populaires ont des scolarités plus longues qu’avant, les enfants des milieux favorisés aussi. Les inégalités n’ont pas disparu, elles ont juste été repoussées plus loin dans le cursus scolaire.

L’élitisme de l’école n’est-il pas son principal vice ?

Oui, et c’est le troisième élément, fondamental : notre système éducatif est profondément élitiste. La France est l’un des pays de l’OCDE où l’origine sociale pèse le plus sur les résultats scolaires. […]

Quel regard portez-vous sur les politiques éducatives déployées ces dernières années ?

Le dernier rapport de l’OCDE a montré qu’entre 1995 et 2010 la France est le seul pays où le taux de scolarisation des 15-19 ans a baissé (de 89 % à 84 %). Ce décrochage est très inquiétant mais la nation a longtemps semblé consacrer toute son énergie à débattre des moyens pour envoyer davantage de boursiers dans les grandes écoles, alors que ces dernières ne concernent qu’une infime minorité d’étudiants ! C’est un non-sens. Il serait bien plus urgent de concentrer les moyens sur l’enseignement primaire. […]

Les Inrocks

PS et ouvriers : «On est passé de l’abandon au mépris»

La plume est cinglante comme après un amour déçu. «De l’abandon au mépris : comment le PS a tourné le dos à la classe ouvrière», ainsi s’intitule le livre publié jeudi par Bertrand Rothé, professeur d’économie à l’université de Cergy-Pontoise.

Dans cet ouvrage historico-économique, l’auteur revient sur les «trahisons» du parti à la rose vis-à-vis de ceux auxquels il avait tant promis en 1981, lors de sa première accession au pouvoir sous la Ve République. (…) Interview.

(…) quel est ce «mépris» dont vous parlez ?

Il est le fait autant du PS que des élites françaises en général. Il consiste à représenter les ouvriers en imbéciles violents, voire racistes. (…)

A partir des années 1980, (…) les socialistes ont abandonné cette catégorie sociale pour se consacrer à la défense des minorités ethniques. Et pas de tous les immigrés, pas des vieux par exemples : des jeunes immigrés, sous la devise un brin condescendante «Touche pas à mon pote». C’est médiatique, ça passe bien, ça fait festif. (…)

Suite et commentaires sur Fortune

Olivier Ferrand devait publier « Qu’est-ce qu’être de gauche ? » en décembre prochain

(…) Son quatrième ouvrage : Qu’est-ce qu’être de gauche? devait paraître à la fin de cette année aux éditions Fayard.

Plusieurs fois repoussée, la sortie de ce livre aurait du avoir lieu en janvier dernier avant d’être à nouveau décalée. Fayard présentait alors ainsi la réflexion de celui qui n’était qu’un homme de l’ombre, mais très influent : « Le modèle social-démocrate n’est plus une option : il ne survivra pas à la mondialisation. Les valeurs même de la gauche sont menacées, dans une société française travaillée par la peur et le déclassement. Pourtant, une nouvelle gauche progressiste se fait jour. Elle produit de nouvelles idées, elle invente une nouvelle France, elle s’engage pour un nouveau monde.

Elle s’oppose frontalement à la nouvelle droite populiste. Comme aux Etats-Unis et dans une bonne partie de l’Europe, les clivages idéologiques se durcissent. Une « guerre civile » politique s’annonce.« 

 

Note très polémique de Terra Nova

Impossible de dire aujourd’hui si les éditions Fayard publieront à titre posthume le texte d’Olivier Ferrand. En 2011, l’une des notes de la fondation Terra Nova avait fait polémique,

puisque cette dernière indiquait que le parti socialiste devait désormais viser un électorat constitué de femmes, de jeunes, de minorités et de diplômés, plutôt que d’essayer de séduire les ouvriers. (…)

Myboox

Deux mondes qui s’ignorent

Pour faire le ménage à la fac de Lorraine, il y a de plus en plus d’employés du privé aux horaires et conditions de travail déments, qui triment dans l’indifférence. (…)

En apparence, les deux équipes font le même métier. Balai, seau, serpillière, elles manient les mêmes outils. Mais derrière cette façade, tout change : le salaire, les horaires, le statut. Les conditions de travail ne se sont pas doucement « dégradées » : brutalement effondrées. Et tout ça, sans une bataille, sans un conflit avec la direction, sans une lutte par médias interposés, sans un syndicat qui y met son nez, sans un tract distribué, sans un meeting organisé, sans une délégation reçue, sans le bureau d’un décideur occupé.

Au milieu d’elles, vraiment à leurs côtés, déambulent les étudiants, les enseignants, plutôt marqués à gauche ici, qui manifestent à l’occasion – contre la réforme des retraites, contre la loi LRU, contre le CPE auparavant – mais qui n’ont, en l’occurrence, pas fait signer la moindre pétition, pas marqué la moindre solidarité. (…)

« Vous le connaissez, lui ? » je demande à Cathy. Mon doigt pointe une affiche, annonçant la venue de Mélenchon à Nancy. A Sciences-Po, pas ici. « C’est qui ? » me répond-elle.

« De toute façon, la politique j’ai pas le temps pour. Les politiques, ils promettent mais font jamais rien. Les ouvriers, les gens comme nous, ils s’en moquent bien. »

Avant d’énoncer que, quand même :

« On parle toujours de gauche, de droite, mais jamais du Front national. Jamais on a été gouverné par eux. Peut-être qu’y aurait du changement. En bien. Peut-être qu’ils feraient pour l’ouvrier, pour la France.
– Vous aviez voté pour Le Pen en 2002 ?
– J’avais eu l’espoir, oui, mais je vote jamais. Un jour peut-être, quand je serai vraiment à bout, j’irai voter. »

Rue 89

Paris : La mixité plus ou moins harmonieuse de la sixième circonscription. Entre bobos, immigrés et ouvriers…

Acquise à la gauche et promise à la ministre-candidate Cécile Duflot, la sixième circonscription de Paris, regroupant XIe et XXe arrondissements, brasse immigrés, bobos et ouvriers sur le départ. Reportage rue Jean-Pierre-Timbaud au coeur de ce brassage plus ou moins convivial…

Une dame d’origine africaine, qui nous a entendu parler bobo, vient nous voir. Elle raconte que dans l’école primaire de son fils, âgé de 8 ans, il n’y a aucun «Gaulois», que «des Noirs, des Arabes, des Chinois». «En maternelle, tout le monde se mélange. Mais après c’est fini. Les enfants des Gaulois vont tous à l’école à République, avec des dérogations, ou dans le privé !»

Au coeur de la rue Jean-Pierre- Timbaud et autour de cette minuscule place, décorée de la statue du Répit du travailleur de Jules Pendariès, tient la vie du quartier, permettant de comprendre les spécificités de la circonscription la plus à gauche de Paris, la plus à gauche de tout le pays même, si l’on se réfère aux élections législatives de 2007 (1). Sur la gauche, on distingue en effet la Maison des métallos. Ancienne manufacture d’instruments de musique, haut lieu du syndicalisme, transformé en lieu culturel, elle raconte l’héritage ouvrier du lieu.

On se retourne. En face de nous, la mosquée Omar, très fréquentée, très décriée aussi, illustre la forte présence de population immigrée, notamment musulmane, dans le quartier. En regardant un peu plus haut dans la rue, enfin, on aperçoit le Café Cannibale.
«Notre clientèle a changé avec la gentrification du quartier» Ludovic, le proprio actuel, dit gentrification pour ne pas dire boboïsation. […]

Fondée en 1979, la mosquée attire car elle a engendré autour d’elle un véritable commerce. […] «La rue Jean-Pierre-Timbaud est devenue la première rue musulmane de Paris, dit le gérant d’un commerce. Il n’y a aucun autre endroit dans la capitale où l’on trouve regroupés autant de commerces et boutiques spécialisées.» […]

On interroge Danièle Hoffman- Rispal, la députée socialiste sortante, suppléante de Cécile Duflot, sur la cohabitation entre bobos et musulmans sur ce morceau de la rue Jean-Pierre-Timbaud. Elle concède : «On a des plaintes à gérer. Les gens protestent de plus en plus contre les prières dans la rue. Il y a de régulières montées de tension.» Sur le terrain, on parle d’insultes. D’intimidations. On raconte que des femmes se sont fait cracher dessus parce qu’elles fumaient pendant le ramadan. Fantasmes et réalité se mélangent. […]

Les Inrocks (Merci à Zatch)

21 avril 2002 : « Les leçons d’un désastre »

Il y a 10 ans jour pour jour, à 20h, la France découvrait le visage Le Pen à côté de celui de Chirac. Article de Laurent Joffrin, Directeur du Nouvel Observateur, publié dans le « Nouvel Observateur » du 25 avril 2002.

Ce sont les classes populaires qui manquent à l’appel dans le Nord, ou à Marseille. C’est Le Pen qui parle de « métallo ». Mot mystérieux pour les branchés d’aujourd’hui: ils penseront qu’il s’agit d’une variante de la musique techno. Les bobos ricanent, les prolos désertent. Le FN est le premier parti ouvrier de France. On parlait jadis de peuple de gauche. La gauche est encore là. Pas le peuple.

L’effrayant divorce qui à chaque échéance s’aggrave entre les gouvernants et leurs mandants, entre les progressistes et ceux qu’ils sont censés servir, entre les socialistes et les pauvres. Même si Jospin, somme toute, a amélioré l’Etat-providence. Et aussi le fossé qui existe, il faut bien le dire, entre les journaux et une bonne partie de l’opinion.

Désormais, le problème de la gauche, c’est le peuple. Jospin l’avait pressenti, qui résistait autant qu’il pouvait aux sirènes de la technocratie moderne, aux brocards des bien-nés ou des bien-diplômés, aux soi-disant normes de la bienséance internationale. Il a mené une politique lucide, honorable. Mais il n’a pas su trouver les mots. Il n’a pas su retrouver les racines de la gauche. Tout un milieu, qui condamne le « ringardisme », qui se croit moderne et qui perd le contact avec la société (qui a vu venir Le Pen?), l’en a empêché. C’est Mauroy, social-démocrate instinctif et pour cela précieux, qui a prononcé la juste formule: « Non, le mot travailleurs n’est pas un gros mot! » Qu’a-t-il recueilli, sinon les haussements d’épaule de ceux qui, dirigeants, experts ou journalistes, ne voient plus, dans le paysage politique, ni ouvriers ni employés ? […]

La gauche dirigeante, sur ce point, n’est toujours pas vaccinée. Elle impute à Chirac et à son discours musclé le succès de Le Pen. Peut-être. Mais est-ce le discours qui a favorisé Le Pen, ou bien la réalité? Quand on siffle « la Marseillaise », quand on tire sur la police au bazooka, quand on crache sur un président en exercice, quand on attaque des synagogues, tous événements inédits qui ont émaillé la campagne, Le Pen n’a plus besoin de hausser le ton. Il ramasse. […]

Le Nouvel Obs (Merci à McFly )

«Les ouvriers sont-ils de droite, réactionnaires ou populistes ?»

Le travail, valeur première des ouvriers, n’est plus incarné par une gauche qui a du mal à se faire entendre par les catégories populaires. Philippe Chriqui, analyste politique et spécialiste opinion publique pour le Nouvel Observateur, analyse le divorce entre le PS, la «gauche d’en haut» et les ouvriers.

C’est la solidarité qui pour l’opinion est la valeur cardinale de la gauche. C’est aussi celle des plus aisées. Or les plus modestes attendent de la considération.

Les ouvriers placent le travail (38%) au panthéon de leurs valeurs avec le respect (41%) loin devant la solidarité (31%). Or la gauche est avant tout associée à la solidarité par l’opinion et plus encore par ses sympathisants. Dans le même temps, les Français estiment que la gauche délaisse le travail : seule une minorité de l’opinion (18%) et des ouvriers (23%) considèrent que le travail est aujourd’hui une valeur de gauche. […]

Du coup, la gauche sonne faux aux oreilles de la classe ouvrière et la lutte des classes est plus anachronique que jamais. De toutes les catégories sociales, les ouvriers sont ceux qui aujourd’hui se classent le moins à gauche. […] Les ouvriers sont-ils alors de droite, réactionnaires ou populistes ? Politiquement ils se partagent en trois tiers : un premier à gauche, un autre à droite et un dernier qui refuse le classement.[…]

Réactionnaires, les ouvriers sont les plus nombreux à souhaiter un retour en arrière de la société. Enfin, leur sympathie à l’égard du FN est élevée : 45% font confiance à Marine Le Pen. A titre de comparaison, 36% font confiance à François Hollande, et seulement 24% à Jean-Luc Mélenchon. […]

Le Nouvel Obs (Merci à Zatch)