Délinquance, aides sociales, intégration : Quand France-Info répond aux «préjugés» sur l’immigration (Audio)

France-Info veut réfuter les «préjugés» sur l’immigration et présente le petit guide de survie «Répondre aux préjugés sur les migrations». Au début de chacun des 10 chapitres, les auteurs font parler tante Francette. Un personnage fictif, qui incarne toutes les idées reçues sur l’immigration. Un guide «pour mieux comprendre les choses avant de colporter des préjugés faux et stigmatisants».

«Les immigrés sont des profiteurs, des délinquants, des gens incapables de s’intégrer». « On ne peut accueillir toute la misère du monde. C’est l’invasion, ils arrivent plus nombreux chaque année, l’immigration renforce le chômage et la crise».

Chiffres et statistiques à l’appui, on apprend que le taux d’immigrés en France est stable depuis 80 ans. La grande majorité des immigrés quitte leur pays pour des raisons de survie.

Très répandue, l’idée selon laquelle les étrangers viennent en France pour bénéficier des aides, est mise à mal. Les comptes de l’immigration font apparaitre qu’ils alimentent les caisses de l’Etat, cotisent et paient des impôts à hauteur de 60 milliards d’euros par an. Même démenti à ceux qui pensent que l’immigration renforce le chômage et la crise. Myriam Merlant co-auteur explique : «En temps de crise, les gens ont tendance au repli sur soi. Ils doivent trouver un bouc émissaire à tous leurs maux, les immigrés sont des cibles idéales. En matière d’emploi les étrangers ne volent pas le travail des autres, ils acceptent des postes que la grande majorité refuse.»[…]

France Info (Merci à antibarbare)

Marek Halter : « Notre société permissive, décomplexée est prête à suivre tous les chants des sirènes »

L’écrivain Marek Halter revient sur « l’affaire Dieudonné ». Il estime que la frontière est mince entre les mots antisémites et les actes de haine et que notre société charche des « boucs émissaires ».

Le 6 janvier 2014, au Champ-de-Mars, à Paris. L’écrivain Marek Halter nettoie un grafti sur le Mur pour la paix.

L’antisémitisme est de nouveau à la une. Grâce à Dieudonné. Et les intellectuels, les politiques, les médias en France se déchirent à son sujet. Nous savions que les choses allaient mal et quand les choses vont mal, on cherche, comme l’a brillamment démontré René Girard, un bouc émissaire. Il faut reconnaître que nous avons, ces dernières années, cherché d’autres boucs émissaires que les Juifs pour exorciser le surplus de désarroi et de colère devant la crise qui nous accable. Ce furent d’abord les étrangers, puis les immigrés, ensuite les musulmans et enfin les Roms. Le résultat ne fut pas probant. Pour que la haine prenne, pour qu’elle se propage, il faut que nous soyons préparés à l’assumer grâce à l’éducation, à la tradition, à l’histoire et aux préjugés. Les Juifs éparpillés à travers le monde se prêtent bien au mythe d’un complot mondial responsable de tous nos malheurs. […]

A dire que les Juifs, que les sionistes sont coupables de la crise, on ne risque rien. La liberté d’expression le permet. Et on peut de surcroît se faire applaudir. Alors quel est le rôle de Dieudonné ? Chaque phénomène de société a besoin d’un révélateur. Dans ce cas précis, c’est lui. Le débat qui secoue l’opinion en France dévoile au moins trois éléments : la figure même de Dieudonné, nous et, entre nous et lui, le langage. Les mots. […]

Les mots sont comme des grains : pour qu’ils donnent des fruits, il faut que la terre soit bien préparée, labourée. Je pense que la nôtre l’est. Notre société permissive, décomplexée, et en même temps orpheline de ses grands espoirs laïques disparus dans des camps de travail, de rééducation ou d’extermination, est prête à suivre tous les chants des sirènes.

Combien sommes-nous encore capables, comme Ulysse, de leur résister ?

Paris Match

« Les ateliers du Bouc émissaire » : pour sensibiliser les collégiens au vivre-ensemble

Communiqué du Conseil Général des Bouches-du-Rhône.

Tout au long de l’année, le Conseil général propose des actions de vivre ensemble et d’interculturalité aux collégiens des Bouches-du-Rhône. Ce sera le cas pour le collège Sylvain Menu qui accueille « Espèces de boucs : les ateliers du Bouc émissaire » de la Compagnie Peanuts, ce jeudi 14 février 2013.

« Des actions de vivre ensemble et d’interculturalité »

L’idée de cet atelier est de désigner ou être désigné bouc émissaire, pour reproduire des comportements d’exclusion et de stigmatisation qui perdurent dans nos sociétés.

Que ce soit au niveau individuel ou au niveau collectif, ce phénomène contribue aux sentiments d’injustice et suscite haine et violence.

Avec cet exercice, le Conseil général souhaite faire prendre conscience des rapports humains et sociaux aux adolescents d’une manière artistique et ludique. (…)

Source

«DSK lynché : veut-on réhabiliter le sacrifice humain ?»

Pour Florence Taubmann, pasteur de l’Église réformée de France et conjointe de Michel Taubmann, biographe de Dominique Strauss-Kahn, DSK est aujourd’hui un bouc émissaire, au sens donné par l’anthropologue René Girard.

Laissons Dominique Strauss-Kahn à sa conscience, à sa famille et à sa vie. Si la religion de la haine et de la dénonciation l’emporte, notre société démocratique y perdra son âme et aucun d’entre nous n’y survivra.

Dominique Strauss-Kahn continue d’inspirer les faiseurs d’opinion et moralistes de tout poil qui, bénéficiant des moyens médiatiques modernes, ont supplanté les prêtres et pasteurs dans la dénonciation du « péché ». Il y a en effet comme un phénomène religieux à l’œuvre dans l’entreprise de dénonciation et d’humiliation de DSK, un homme à terre, qui a perdu son statut professionnel, politique, social… et dont on aimerait manifestement que la chute se poursuive par le délitement de son couple, de sa famille, de son réseau amical.

Pourquoi cette haine ? Par haine du crime ? Il n’a pas été condamné par la justice. Des procédures sont en cours, laissons-les se poursuivre. […]

L’exécution du bouc émissaire, en canalisant la violence collective, aurait pour résultat de restaurer l’unité et la paix sociales. Mais pour cela, a montré Girard, il faut que la victime désignée soit consentante, qu’elle entre dans ce processus religieux de sa propre mise à mort destinée à sauver le groupe. Alors de paria elle peut devenir ou redevenir une sorte d’idole. […]

Le Nouvel Obs

Voile, halal et Merah, «les nouveaux ingrédients du populisme français»

Tribune de Sofiane Meziani, membre du CMF (Collectif des Musulmans de France), sur oumma.com.

La bête immonde, le fascisme, a laissé place désormais à un cancer intellectuel, l’islamophobie.

Quant au chômage ? L’éducation ? Le logement ? Tous ces grands sujets qui sont censés être au cœur de la campagne présidentielle et dont dépend en grande partie l’avenir de la France, qu’en est-il ? Silence radio…

Avec un bout de tissu – le voile – et un morceau de viande – halal -, les populistes ont finit par confectionner un bouc-émissaire idéal – Mohammed Merah – pour jouer la fameuse carte de l’insécurité. Tous les ingrédients sont ainsi réunis pour façonner un antagoniste – l’Islam – sur lequel le système politique fixera ses peurs et ses inquiétudes. […]

Puisant leur rhétorique dans l’arsenal pétainiste, le populisme fonde sa politique essentiellement sur le rejet de l’autre à travers des amalgames et des équations simplistes notamment en établissant des accointances fallacieuses entre l’immigration, le chômage et l’insécurité. […]

Le drame commis par Mohammed Merah – qui relève, si l’on s’en tient à son histoire, d’un malaise social plutôt que d’une revendication idéologique ou politique - a été scandaleusement instrumentalisé et récupéré par certains populistes en perte de vitesse à des fins électoralistes, alimentant ainsi un climat délétère et paranoïaque propice à la détonante islamophobe. Des savants de renommée mondiale invités par l’UOIF au salon du Bourget se sont vus interdire de territoire français, par le ministre de l’intérieur et le ministre des affaires étrangères, Alain Juppé et Claude Guéant […].

Notre engagement doit s’inscrire dans un soulèvement intellectuel massif pour dire stop au populisme ! Halte à l’ultra néolibéralisme ! Et ne pas cantonner sa citoyenneté uniquement dans le fait de voter et dans le choix du candidat. […] Ceci dit, titre personnel, j’accomplirai mon devoir de citoyen et participerai activement à l’élection présidentielle ; je ne voterai donc ni à Gauche, ni à Droite, ni blanc… A bon entendeur !

oumma.com

Manuel Valls : Le populisme, «la peur contre la raison»

Les 17 et 18 juin à Strasbourg, le Nouvel Observateur et Terra Nova débattent sur les questions les plus brûlantes pour l’avenir du pays. Manuel Valls, député PS et maire d’Evry, annlyse la notion de «populisme».

A l’heure où les populismes européens fleurissent et se renforcent, il est urgent qu’une gauche moderne, populaire, responsable et laïque apporte des réponses innovantes face à la perte des repères des classes moyennes et plus modestes.

L’insécurité est sans nul doute le sujet le plus sensible, celui où tous les esprits sont prêts à s’enflammer et où toutes les instrumentalisations sont possibles. S’interroger sur ce phénomène exige de considérer la question éducative, celle de l’autorité parentale, celle du contexte économique et social et aussi celle de la ghettoïsation des quartiers. […]

[Le populisme] désigne à la vindicte populaire le bouc émissaire qui selon les courants s’incarne, au gré de l’imagination, dans la figure de l’immigré, du musulman, celle du fonctionnaire européen, des Américains ou encore du banquier juif… Enfin, les réponses apportées sont simples et extrêmement lisibles : si l’ouverture au monde est au cœur des difficultés, alors le repli sur soi est la seule et unique protection. Le populisme fait donc d’une pierre deux coups : il simplifie une réalité bien complexe et, dans le même temps réinstalle des repères même s’ils s’avèrent être autant de mirages. […]

Pour autant, comme il est dit souvent, le populisme pose parfois de bonnes questions sans jamais apporter les bonnes réponses. Une attitude de rejet systématique à l’égard des problématiques qu’il charrie serait totalement contreproductive. Il convient de s’intéresser à toutes les questions: insécurité, probité des responsables, communautarisme, immigration, rapport à la nation, morale […]

Le Nouvel Obs

Kamal Kabtane : Le CFCM pourrait devenir «une sorte de CRIF musulman» (El Watan)

Pour le recteur de la mosquée de Lyon, Kamal Kabtane, on prépare l’enterrement du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) qui n’a pas suivi le gouvernement français dans ses débats sur l’identité nationale ou sur l’Islam récemment.

Tout le monde sait que les prochaines élections nationales françaises vont essentiellement se concentrer sur l’Islam et les musulmans en France. L’absence d’une institution représentative forte des musulmans de France va permettre de stigmatiser encore plus la communauté musulmane, pour en faire le bouc émissaire de la prochaine campagne électorale.

Kamal Kabtane, se demande si le CFCM ne vit pas «ses derniers instants ? Telle est la question que nous sommes en droit de nous poser, aujourd’hui, compte tenu des soubresauts qui ne finissent pas de le secouer depuis la fin de l’année dernière.»

Il pense qu’à présent «rien ne semble plus aller, malgré la volonté du président actuel du CFCM de vouloir faire comme si la non-participation aux prochaines élections de la FNGMP et de l’UOIF n’avait aucune conséquence sur l’avenir du CFCM ; le bateau prend l’eau et la fin semble proche.» […]

Cette supposée mise à mort du CFCM, dans sa version actuelle, ne signifierait-elle pas en fait son évolution vers «d’autres ambitions et, pourquoi pas, créer un pôle de représentation musulmane dans laquelle se retrouveraient côte à côte des associations cultuelles, culturelles, sociales, etc. ; une sorte de CRIF musulman.» Pourtant, selon le recteur, «cette situation risque de créer, à l’intérieur de la communauté musulmane de France, un imbroglio inextricable, et qui va la déstabiliser à un moment où le débat sur la laïcité et l’Islam va produire ses effets». [...]

El Watan

Crif : «Le discours de Mme Le Pen menace juifs et musulmans»

Extraits d’un Point de vue de Richard Prasquier, président du CRIF et Alain Jakubowicz, président de la Licra dans Le Monde.

Ne nous y trompons pas : ceux qui parlent de l’islamisation de la France sont guidés par la même obsession xénophobe que ceux qui dénonçaient la judaïsation de notre pays dans les années 1930. L’étranger, quel que soit son visage, reste responsable pour l’extrême droite des maux de notre société.

[…] Marine Le Pen sait que l’efficacité électorale de son discours tient en grande partie à sa capacité de rencontrer, voire de susciter, les craintes et les fantasmes d’une société où l’inquiétude du déclassement nourrit la recherche du bouc émissaire.

Ainsi le musulman a pris la place tenue hier par le juif, l’Arabe ou l’immigré dans la dialectique frontiste. […]

C’est pour ces raisons et au regard des valeurs universelles que nous défendons que nous voulons exprimer notre profonde préoccupation devant le développement actuel d’un populisme dont l’Europe offre divers exemples et dans lequel une partie de la France semble prête à basculer. Il est bien sûr nécessaire de faire preuve de la plus grande vigilance et de la plus grande fermeté vis-à-vis des islamistes radicaux. […]

Le Monde (Merci à derville)

Sondage du JDD sur l’Islam : «Bouc-émissaire ou réel danger ?»

Un sondage d’opinion sur le thème «L’Islam fait-il peur ?» est organisé par LCP-AN et le JDD.fr. Les commentaires les plus pertinents seront diffusés sur LCP jeudi soir dans l’émission Ça vous regarde à 20h50 avec Razzy Hammadi, secrétaire national au PS au service public, Malek Chebel, anthropologue des religions, auteur de L’Islam expliqué, Librairie Académique Perrin, 2009 et François d’Orcival, éditorialiste à Valeurs Actuelles.

Comment réconcilier réflexes identitaires islamophobes et pratiques religieuses respectueuses des valeurs républicaines? L’Islam peut-il trouver sa place en France?

L’Islam inquiète autant qu’il séduit en Europe. L’Islam radical n’est plus seulement dénoncé par les mouvements d’extrême droite, mais aussi par les organisations de défense des droits de l’Homme qui s’inquiètent de la radicalisation des jeunes musulmans. Les polémiques autour de l’Islam ne cessent de faire la Une des journaux : débat sur la burqa ou construction des minarets en France. Les musulmans se sentent stigmatisés dans l’exercice de leur religion, souvent associée à une pratique extrémiste. L’Islam, deuxième religion en France, inquiète d’autant plus que ses adeptes sont assimilés à des délinquants, à des intégristes et parfois à des terroristes. […]

JDD

Immigration : les contradictions de Laurent Joffrin, Directeur de Libération

Laurent Joffrin veut bien admettre une certaine limitation de l’immigration au nom d’impératifs sociaux ou économiques mais pas pour la défense de l’identité nationale :

Nul ou presque ne plaide pour l’ouverture totale des frontières ni même pour la régularisation massive et permanente des travailleurs sans papiers. Certes, quelques associations demandent la reconnaissance d’un droit universel à l’installation. Mais c’est une position quelque peu irénique, même si elle a le mérite de rappeler qu’un immigré demande surtout à pouvoir travailler, c’est-à-dire à contribuer, quoi qu’on dise, à la prospérité générale. Chacun peut comprendre que le pays le plus ouvert du monde doit mettre en rapport l’arrivée de nouveaux travailleurs avec ses capacités d’accueil, sociales, urbaines et économiques.

Mais telle n’est point l’argumentation gouvernementale. Pour justifier la réduction constante des droits des immigrés en France – et maintenant celle des Français naturalisés, nouvelle discrimination – le gouvernement se fonde sur la méfiance, la peur d’une mythique invasion et la défense obsessionnelle d’une identité nationale qui n’est en rien mise en cause. Il désigne implicitement les étrangers comme une menace, sinon comme des ennemis, alors que la plupart d’entre eux sont des oubliés et des humiliés, qui ne commettent d’autre crime que d’accepter des emplois pénibles pour échapper à la misère de leur pays d’origine. Au vrai, ce nouveau dispositif a surtout une fonction politique, destinée à montrer à la droite de la droite que le sarkozysme, sur ce point-là en tout cas, n’est pas un humanisme. Quitte à faire de l’étranger un bouc émissaire.

Libération