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Dans Weekendavisen, Kühle et Crone ont posé une série de questions rhétoriques critiquant le livre, dont celle-ci : « Le débat doit-il partir d’un livre qui (…) présente un document central – the smoking gun – avec une citation manipulée et sans en indiquer la source ? » Présentée ainsi, la formulation instille chez le lecteur un doute sur l’existence même du document en question.

Or ce document existe. Il est reproduit dans le livre du journaliste suisse Sylvain Besson paru en 2005, La Conquête de l’Occident. Le Projet secret des islamistes. Besson indique que le document a été découvert par la police suisse en 2001 lors d’une perquisition chez l’homme d’affaires égyptien Youssef Nada, figure dirigeante des Frères musulmans. Le document figure au dossier de la procédure sous les cotes n° 4100400027-4100400040. Youssef Nada a lui-même confirmé à plusieurs reprises l’existence du document.

Ce document est un plan de quatorze pages intitulé Vers une stratégie globale pour la politique islamique, que Besson a baptisé « le Projet ». Selon un rapport confidentiel de la task force antiterroriste suisse, le document est « un texte fondamental pour comprendre les objectifs à long terme des Frères musulmans ».

C’est donc un document que tout le monde devrait connaître – indépendamment du livre de Bergeaud-Blackler. Il a été saisi au domicile de Youssef Nada avec des milliers d’autres documents, dont la masse peut nourrir le débat sur la question de savoir si la pression normative islamique et l’infiltration se rattachent à l’origine à une stratégie idéologique et financière des Frères musulmans. Comme l’écrit Besson : « Ces documents montrent que les Frères musulmans ont établi pendant des décennies un réseau secret en Europe. Le but de ce réseau est de servir leur ambition politique : la création d’une société islamique parfaite qui remplacera un jour l’Occident comme force dirigeante de l’humanité. »

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Je vais maintenant examiner cinq « procédés de mise au pilori » employés par Kühle et Crone – et que je passe en revue dans une analyse approfondie téléchargeable sur le site des éditions Presto.

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LE PREMIER DEGRÉ se situe à l’extrémité la plus « douce » de l’échelle de la mise au pilori. Kühle et Crone y utilisent des erreurs mineures comme argument pour des conclusions massives que ce type d’erreur ne peut pas porter.

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LE DEUXIÈME DEGRÉ de leur échelle de mise au pilori consiste en hommes de paille, qui donnent l’impression que Bergeaud-Blackler a commis des erreurs qu’elle n’a pas commises.

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LE TROISIÈME DEGRÉ de l’échelle rend l’affaire plus grave. Car Kühle et Crone commencent ici à recourir à de fausses accusations.

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LE QUATRIÈME DEGRÉ de l’échelle nous emmène à des hauteurs inattendues. Les deux chercheuses danoises se mettent maintenant à modifier des citations.

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LE CINQUIÈME DEGRÉ de l’échelle est encore plus singulier. Ici, l’imagination de Kühle s’emballe complètement. Elle ne se contente pas de balayer la portée du document. Dans un entretien à Weekendavisen, elle avertit qu’il est « contesté » que le document soit authentique ou un faux. Mais Kühle ne documente pas qui en conteste l’authenticité. Kühle ne dit pas non plus qui elle soupçonne de l’avoir falsifié. Est-ce Sylvain Besson qu’elle accuse de falsification ? L’un des journalistes d’investigation les plus réputés de Suisse.

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Kühle et Crone parlent d’irrégularités massives et d’une confusion telle dans les références qu’il deviendrait presque impossible, disent-elles, de vérifier certaines affirmations. Il est vrai qu’elles ont fait travailler leurs étudiants pendant des semaines pour aller dépister la moindre faute de placement de virgule ; sans doute ont-elles eu quelques peines à faire la synthèse de tout cela. Les autrices du dossier, souhaitant manifestement gonfler le préjudice, affirment également que les problèmes toucheraient tous les chapitres et que beaucoup d’autres exemples pourraient être trouvés si l’ensemble de l’ouvrage était examiné plus profondément.

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Si je reviens aujourd’hui sur cette séquence, c’est qu’une nouvelle tribune de Tina Magaard vient de paraître dans le journal danois Weekendavisen, daté du 11 septembre 2026.

Intitulée « Sous le tapis des chercheurs sur l’islam » dans sa traduction française, elle examine la manière dont Lene Kühle et Manni Crone ont construit plusieurs de leurs accusations contre mon livre. Ancienne maîtresse de conférences à l’université d’Aarhus, Tina Magaard reprend des passages incriminés, consulte les sources auxquelles je renvoie et confronte leur contenu aux affirmations de mes critiques.

Face à ces attaques, l’analyse menée par Magaard oppose une contre-expertise textuelle implacable qui pulvérise la méthodologie de mes accusatrices. Loin des débats théoriques nébuleux, cette mise au point confronte directement leurs allégations aux réalités du texte pour démonter deux mécanismes de pure mauvaise foi : une disproportion grotesque et un grossier procès d’intention. Sa démonstration de rigueur matérielle prend mes accusatrices à leur propre piège : elle administre la preuve objective qu’elles ont délibérément mal lu, tronqué et surinterprété mon travail pour fabriquer de toutes pièces une accusation d’inconduite. L’objectif était de me faire taire et au-delà de moi de taire les études sur l’islamisme. Car je ne suis pas la seule qu’on veut réduire au silence comme l’a montré Jean Chichizola dans un article du Figaro intitulé : « On ne peut plus travailler, sauf à prendre des risques » : ces chercheurs pris pour cible par les islamistes, paru en juin 2025.

Cerif.eu

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