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L’intelligence artificielle a changé la donne pour les réseaux de «brouteurs». Dans un nouveau rapport, les autorités internationales décrivent une explosion des escroqueries «made in Afrique» dopées aux nouvelles technologies, avec un nombre de victimes qui a bondi en seulement un an.

«Je vous écris ce jour car je suis atteint d’un cancer de la gorge terminal et je souhaite vous faire un don de la somme de 2,5 millions d’euros. Je vous prie de me répondre…» Ce courriel, vous l’avez peut-être, comme nous, déjà reçu. Et peut-être y avez-vous répondu… Pourtant, il ne s’agissait pas du message d’un richissime homme d’affaires en fin de vie, mais du début de l’une des nombreuses arnaques savamment élaborées par les «brouteurs », ces cybercriminels qui sévissent depuis des décennies en Afrique de l’Ouest et de l’Est.

Selon un rapport d’Interpol publié le 3 août, les brouteurs (cyberescrocs, principalement en Afrique de l’Ouest) ont considérablement accru leurs activités en 2025. Ils auraient dérobé 484 millions de dollars à leurs victimes dans le monde, contre 192 millions en 2024. Les victimes sont souvent des personnes jugées vulnérables (seniors, personnes isolées, divorcées), mais le nombre réel est probablement bien plus élevé que les chiffres officiels.

Cette hausse s’explique principalement par deux facteurs :

  • Les nombreuses fuites de données personnelles, qui permettent aux escrocs de cibler précisément leurs victimes.
  • L’essor de l’intelligence artificielle (IA), qui leur permet de créer rapidement des messages, images, vidéos et faux profils très crédibles.

Aujourd’hui, 55 % des escroqueries impliquent l’IA. Celle-ci est notamment utilisée pour :

  • créer des deepfakes (fausses vidéos ou voix) ;
  • mener des arnaques sentimentales et des cas de sextorsion (chantage à partir de contenus intimes) ;
  • fabriquer de fausses identités capables de contourner les contrôles d’identité des banques et plateformes ;
  • personnaliser les demandes de rançon dans certains rançongiciels.

Les brouteurs sont également devenus plus organisés et spécialisés. Ils développent désormais leurs propres logiciels malveillants, utilisent des techniques comme le vol de cartes SIM, les logiciels de vol de données (“infostealers”) et les fausses applications de prêt pour soutirer de l’argent ou des informations personnelles.

Si les brouteurs africains parviennent à autant s’étendre, c’est qu’ils font face à des autorités, pour l’heure, dépassées. Selon Interpol, ces réseaux ne travaillent plus seulement depuis des cybercafés, mais depuis de véritables centres d’arnaques liés à la criminalité organisée et à la traite des êtres humains.

Enfin, le rapport souligne que les forces de l’ordre africaines sont largement sous-équipées face à cette menace : 94 % des services de police manquent d’outils d’investigation numérique adaptés, et peu d’enquêteurs maîtrisent les technologies liées à l’IA. Cette faiblesse permet aux cybercriminels de poursuivre et d’étendre leurs activités.

Le Figaro

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