Entre décembre 2025 et juin 2026, le nouveau maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, est intervenu personnellement à deux reprises en faveur des frères Doumbia, plusieurs fois condamnés pour trafic de drogue. Des prises de position qui interrogent.
[…]Pendant la campagne, Bally Bagayoko est également régulièrement questionné sur ses liens supposés avec les trafiquants de drogue de la ville. Aux sources de ces allusions-là : des propos de Mathieu Hanotin, le maire en place, qui se bat pour sa réélection. “Sans accuser mon adversaire d’être complice des narcotrafiquants, explique alors l’élu socialiste, nous constatons clairement que les narcotrafiquants ont fait un choix et s’impliquent dans cette élection”. “Leur but est simple, assure-t-il à la cellule investigation de Radio France, “faire perdre une équipe qui a mis en place des mesures de lutte contre le narcotrafic.” Le socialiste vante le bilan de son mandat : nombre de caméras de surveillance multiplié par dix, fonctionnaires de police municipale quatre fois plus nombreux… Quand Bally Bagayoko plaide lui pour un désarmement des policiers, aux contours alors assez flous.
Parmi ces policiers justement, certains font remonter les pressions de dealers et de guetteurs qu’ils croisent régulièrement. “Ces personnes véhémentes leur disaient, et cela a été enregistré par les caméras piéton des policiers : ‘on a pris notre carte électorale et dans deux mois, on vous vire et on prend votre place’”, affirme Mathieu Hanotin.
[…]Plus récemment, sur la chaîne YouTube Zawa Talk, il rappelle qu’il a “grandi dans un quartier” et que “dans la communauté de nos amis, forcément, il y a ceux qui prennent des parcours” de ce type. Mais ça se respecte, ajoute-t-il, quel que soit leur parcours, on n’a pas à juger les gens”.
L’enquête de la cellule investigation de Radio France révèle qu’en l’espace de quelques mois, Bally Bagayoko s’est engagé personnellement dans des dossiers susceptibles de le mettre en difficulté. À deux reprises entre décembre 2025 et juin 2026, il intervient en faveur d’une famille, pourtant bien connue des services de police de Saint-Denis : les Doumbia. Une fratrie sur laquelle titre la presse dans les années 2010 : “Les Doumbia, six frères qui affolent la justice”(Nouvelle fenêtre) écrit le Monde en 2014. “Délinquance, les frères Doumbia font trembler le 9-3(Nouvelle fenêtre)”, publie l’Express, en 2017. Trafic de drogue, coups mortels ayant entraîné la mort, enlèvement, séquestration et tortures, violences sur conjoint… Les frères ont tous un casier judiciaire.
[…]En décembre 2025, Bally Bagayoko se renseigne d’abord pour tirer d’un mauvais pas Ahmed Doumbia, 49 ans. Adepte comme ses frères des sports de combat, Ahmed Doumbia est décrit par l’un de ses anciens avocats comme particulièrement “impulsif et violent”. A lui seul, il concentre douze pages de casier judiciaire, dont deux condamnations pour trafic de drogue, en 1998 et 2010, avec des peines de trois et six ans d’emprisonnement. En 2017, il menace de mort des policiers de Saint-Denis. Il écope de cinq ans supplémentaires. “C’est quelqu’un qu’on considérait comme dangereux, raconte un policier qui a eu affaire à lui, Par exemple, ça lui est déjà arrivé de suivre des policiers à la sortie du commissariat”. “On était tous vigilants”, se souvient ce fonctionnaire, “quand on quittait le travail avec nos véhicules personnels, on regardait dans nos rétroviseurs et certains venaient même à moto avec des casques intégraux pour ne pas qu’on voit leur visage et qu’on puisse remonter jusqu’à leur famille”.
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