Rue Monge (Paris Ve), le 7 décembre 1979. Alors qu’il est en cavale avec son ami d’enfance Serge Attuil, qui a, quelques jours plus tôt, abattu un vigile, une fusillade s’engage avec trois policiers. Deux n’en réchappent pas. Philippe Maurice est l’auteur d’un des tirs fatals. Son ami Serge périt également lors de ce bain de sang. « J’ai tué un homme. J’ai tué un policier que j’aurais pu ne pas tuer. Je savais que j’allais être condamné à mort. Giscard voulait faire tomber une tête avant les élections », livre-t-il sans fard. En octobre 1980, la cour d’assises de Paris le condamne effectivement à la peine capitale. Il n’a que 24 ans.
Dans le couloir de la mort, cet enfant de la banlieue parisienne né d’un couple divorcé — son père était gardien de la paix — n’a qu’une seule obsession : s’évader. (…)
Le 24 février 1981, alors que son pourvoi en cassation est pendant, il tente une évasion et blesse grièvement un gardien de prison, Jacques Bouvier, avec une arme de calibre 11.43 que lui avait remise clandestinement son avocate, Brigitte Hemmerlin. Lors de la campagne de l’élection présidentielle, Valéry Giscard d’Estaing ne se prononce pas pour l’abolition de la peine de mort et repousse volontairement sa réponse pour la demande de grâce. (…)
Une lettre à l’initiative de l’Association contre la peine de mort présidée par Georgie Viennet, et signée par de nombreuses personnalités, est adressée à Valéry Giscard d’Estaing lui demandant de ne pas prendre de décision sur l’octroi ou le refus de la grâce avant la fin de l’élection. Le président sortant déclare fin mars à France Inter qu’il ne prendra de décision qu’après la campagne, ne souhaitant pas que cette décision soit exploitée à des fins électorales. (…)
Quatre jours après son investiture en mai 1981, alors que la loi sur l’abolition portée par Robert Badinter n’est pas encore passée, François Mitterrand commue sa peine en réclusion criminelle à perpétuité. « C’était son deuxième acte politique après la formation de son gouvernement, relève le miraculé de la guillotine. C’était très symbolique. D’emblée, il a voulu signifier que la peine de mort, c’était fini, qu’on soit innocent ou coupable. » (…)
Libéré en 2000 après vingt-trois ans à l’ombre, il devient chargé de recherche au CNRS et enseignant à la prestigieuse École des Hautes Études en sciences sociales (EHESS). À 70 ans, il a pris sa retraite au 1er juin.
Depuis sa libération, Philippe Maurice se fait très discret et refuse quasiment systématiquement les interviews. Sauf dès lors qu’il s’agit de promouvoir le combat pour l’abolition mondiale, portée par ECPM..
Les organisateurs de ce 9e Congrès mondial, qui sera ouvert par le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot et lors duquel interviendra le chef de l’État Emmanuel Macron, soulignent le paradoxe actuel.
En France aussi, où l’abolition a été incorporée à la Constitution, chaque fait divers pousse certains à réclamer le retour de la guillotine. « Certes, mais il y a toujours des opposants, constate Philippe Maurice. Et au nom de quoi, on rendrait tous ces gens complices d’un assassinat ? Je ne me sens pas forcément légitime pour le dire mais je considère que la vie est sacrée. On peut toujours trouver une raison de tuer un homme, mais on ne peut jamais en trouver une bonne. Les partisans de la peine de mort n’ont aucun respect pour la vie. » (…)


