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À Montreuil, en Seine-Saint-Denis, la plateforme d’urgence 115 reçoit des centaines de demandes d’hébergement par jour, qu’elle ne peut satisfaire. La grande majorité provient de familles à la rue, par des températures désormais hivernales. Acteurs d’un système saturé qu’ils dénoncent, les travailleurs sociaux du 115 se retrouvent “en première ligne” d’une détresse contre laquelle ils ne peuvent rien. Reportage.

Le 115 ne demande pas de détails sur la situation administrative des personnes, mais les migrants sont très nombreux parmi un “public varié”, assure-t-on. Au téléphone, les personnes aux prénoms et noms africains ou arabes sont largement majoritaires. Celles ne parlant pas français ne sont pas rares, non plus. Un service de traduction simultanée en plusieurs langues est d’ailleurs accessible pour les écoutants, qui précisent toutefois qu’il est difficile à enclencher. Oumar, pour sa part, parle arabe et anglais : “Ça peut servir”.  […]

Oumar [Le prénom a été changé] prend son 57e appel de la journée : “115 93, bonjour !” À l’autre bout du fil, M., une demandeuse d’asile de 33 ans, déboutée au mois d’octobre, attend depuis 2 heures et 45 minutes. […]

Il fut un temps, pas si lointain, où M., femme seule avec un enfant en bas âge, aurait été considérée comme prioritaire dans la liste des personnes à la rue demandant à l’État français un hébergement d’urgence pour quelques nuits. Mais plus maintenant : M. n’est qu’une mère de famille parmi tant d’autres à dormir, faute de mieux, dans les gares ou les services d’urgences des hôpitaux de Seine-Saint-Denis. Dans ce département, le plus pauvre de France, 85 % des demandes d’hébergement enregistrées par le 115 viennent de familles avec enfants. Toutes confondues, ces demandes ont par ailleurs battu un record, lundi 28 novembre : 739 ont été comptabilisées par ce service, et aucune n’a pu être satisfaite.  […]

Si le nombre de places disponibles dans la région a augmenté, passant de 9 000 à 12 000, durant la crise sanitaire, le nombre de personnes à la rue n’a, lui, cessé de grossir, et, désormais, 500 places pourraient prochainement être retirées. L’État entend en effet sortir d’une “gestion au thermomètre” de la crise des personnes sans-abris, en créant des places pérennes. “C’est louable, commente Valérie Puvilland, mais ces places pérennes sont davantage critérisées et exigent la présence d’un travailleur social auprès de la personne demandeuse. Or, il y a une pénurie de travailleurs sociaux. Ce dont nous avons besoin, ce sont de places mobilisables instantanément et sans critère.” […]

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