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Ils sont manœuvre, plongeur, nounou ou femme de ménage. Ils travaillent sans fiche de paie, parfois depuis des années et témoignent de leurs difficultés et de leurs aspirations, alors qu’ils espèrent bénéficier de l’assouplissement des règles pour les métiers dits « en tension ».

Ousmane Bangoura voudrait que les Français sachent. Qu’il se « fracasse » sur les chantiers, qu’il rentre parfois chez lui le soir « les bras enflés par la douleur », qu’il « contribue à construire » la France. « J’entends dire qu’on ne connaît pas les valeurs ou qu’on est au chômage, rapporte ce Guinéen de 27 ans, sans-papiers. Mais moi, je suis venu pour bosser. »

Depuis qu’il est arrivé, en 2017, Ousmane a toujours travaillé, même pendant le confinement. Pourtant, il n’a qu’une feuille de paye, qui correspond à quelques jours dans une usine de tri dans le Maine-et-Loire, en 2019. Autrement, plusieurs patrons lui ont promis de le déclarer mais, aucun n’a tenu parole. « C’est dans leur intérêt, je touche maximum 50 euros par jour », dit-il.

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Faute de n’avoir jamais été déclaré, Sidibe, lui, n’a pas pu être régularisé. « Les patrons vont dire que leur boîte est trop petite, qu’ils ne peuvent pas payer les Urssaf. Ils profitent de moi. Avec des papiers, je voudrais me stabiliser, être tranquille avec ma femme, ouvrir ma boîte, avoir ma petite maison et ma camionnette. »

Si elle obtenait des papiers, Nesrine (les personnes dont seul le prénom apparaît ont demandé l’anonymat) monterait sa boîte, elle aussi. Ou envisagerait, pourquoi pas, un métier dans le paramédical. Cette Algérienne de 29 ans est titulaire d’une licence en chimie. En attendant, elle est secrétaire et reverse à son employeur, à la tête d’une société de travaux, une partie de son smic, soit l’équivalent des charges patronales. C’est l’arrangement qu’ils ont fini par trouver pour que Nesrine soit déclarée. « Les employeurs aiment les sanspapiers parce quils ne peuvent pas réclamer leurs droits », pense-t-elle.

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Millénal ne voudrait pas changer de travail. Cette Colombienne de 30 ans « adore s’occuper des enfants ». Actuellement, elle est nounou à temps plein dans une famille cossue, qui ne la déclare pas.

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Elizabeth, 46 ans, colombienne aussi. Depuis dix mois, Elizabeth est également nounou à temps plein dans une famille du 16e arrondissement […]

Tania, une jeune Moldave de 25 ans, se surprend à espérer que « tout change ». Depuis qu’elle a obtenu un CDI de femme de ménage dans un hôtel parisien […]

Bechir, lui, est venu pour être rassuré. Ce Tunisien de 56 ans a un CDI de livreur chez Chronopost depuis son arrivée en France, début 2022. Il y a deux mois, la police a découvert lors d’un contrôle qu’il était porteur de faux papiers. Il doit être jugé en avril par le tribunal judiciaire de Paris. « J’ai peur, confie cet homme, qui a laissé sa femme et ses quatre enfants au pays. Je suis venu ici pour sauver ma famille de la pauvreté. Je ferai de mon mieux pour m’intégrer vite. La France va bénéficier de moi. » […]

Le plus important, pour Dembele, c’est de pouvoir « travailler plus ». Pour déposer une demande de titre en préfecture, ce Malien de 37 ans est allé demander de l’aide dans une permanence syndicale de la CNT-SO, à Paris. Il a besoin qu’un de ses anciens employeurs lui délivre un certificat confirmant qu’il a bien été son salarié, bien qu’ayant présenté les papiers d’un autre au moment de son embauche. Plusieurs années durant, Dembele a été plongeur dans les cuisines des maisons de retraite du groupe Korian. Après sept ans de clandestinité, il espère qu’une régularisation va « changer [sa] vie ».

Le Monde

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