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EXCLUSIF – Dans son nouvel essai dont Le Figaro dévoile de larges extraits, le professeur émérite de philosophie à la Sorbonne voit dans le wokisme bien plus qu’une simple vague de «folie passagère» ou un snobisme intellectuel. C’est, pour lui, un authentique fanatisme: ses adeptes, profondément intolérants, déguisent des opinions en science et se croient tenus d’endoctriner.


Phénomène de société, le mouvement woke est critiqué par de nombreux livres qui s’attachent à réfuter cette idéologie née dans les campus américains avant de traverser l’Atlantique. S’appuyant sur une documentation abondante et précise, le nouvel essai du philosophe Jean-François Braunstein, demain en librairie et dont Le Figaro dévoile en exclusivité de larges extraits, se distingue cependant par sa densité et sa rigueur. Le professeur émérite de philosophie à la Sorbonne voit dans le wokisme bien plus qu’une simple vague de «folie passagère» ou un snobisme intellectuel. C’est, pour lui, un authentique fanatisme: ses adeptes, profondément intolérants, déguisent des opinions en science et se croient tenus d’endoctriner.


La nouvelle religion américaine

«Les hommes sont enceints», «les femmes ont des pénis», «les trans femmes sont des femmes», «tous les Blancs sont racistes», «tous les Noirs sont des victimes», «la biologie est viriliste», «les mathématiques sont racistes», «Churchill est raciste» , «Schoelcher est esclavagiste», etc… De telles proclamations surprennent par leur côté absurde. Elles constituent pourtant les énoncés de base de la pensée woke, cette pensée «éveillée» qui tend à s’imposer dans l’ensemble des sociétés occidentales. Elle se fonde sur des théories comme la «théorie du genre», la «théorie critique de la race» ou la «théorie intersectionnelle» qui sont devenues paroles d’évangile dans nos universités.

Les wokes expliquent que le genre est au choix et que seule compte la conscience que l’on a d’être homme ou femme ou n’importe quoi d’autre. La race redevient un déterminant essentiel de nos existences en société: les Blancs seraient par définition racistes et les «racisés» ne pourraient l’être en aucun cas. Quant à l’intersectionnalité, elle est un «outil» pour potentialiser toutes les identités victimaires et appeler à la lutte contre le responsable de ces discriminations. Il est tout trouvé, c’est l’homme blanc occidental hétérosexuel, par définition sexiste, raciste et colonialiste, qui est le «bouc émissaire parfait». Ceux qui n’acceptent pas ces théories wokes sont dénoncés sur les réseaux sociaux et, chaque fois que cela est possible, chassés de leur poste, à l’université ou ailleurs.

Les médias et bon nombre de politiques embrassent ces théories avec enthousiasme et ce qui n’était naguère qu’une curiosité américaine est devenu, à une vitesse extraordinaire, le discours officiel de nos élites. On pourrait être tenté de se rassurer en se disant que cela ne touche que les facultés de lettres et de sciences humaines, qui en ont vu d’autres. Mais c’est aujourd’hui dans les facultés de sciences et de médecine que se poursuit l’offensive woke: les sciences dures elles-mêmes sont mises en accusation comme «racistes» et «virilistes».

Mais le wokisme ne se limite pas au monde de l’éducation. Comme l’a très justement noté le journaliste américain Andrew Sullivan, «nous vivons tous sur les campus maintenant». Les élites occidentales, devenues militantes pendant leurs études, diffusent maintenant ces idées sur les réseaux sociaux, dans les médias, l’édition et les industries culturelles. Dans les grandes entreprises se développe un capitalisme woke qui met en place des politiques «diversité, équité, inclusion», c’est-à-dire des politiques de discrimination positive qui vont contre tous les principes méritocratiques. Les Gafam, comme Netflix et les réseaux sociaux, font une promotion massive d’une pensée politiquement correcte (…).

Avec le wokisme, nous avons ainsi proprement affaire à une nouvelle religion. Certains auteurs américains sont persuadés qu’il s’agit là de la «prochaine religion américaine» qui veut «effacer toute la mémoire historique de la civilisation», comme le christianisme devenu religion d’État au IVe siècle avait voulu effacer l’ensemble du monde gréco-romain. Le caractère très intolérant de la religion woke et son refus de s’adresser à ceux qui ne partagent pas son point de vue, son absence de transcendance, font qu’elle ressemble plus exactement, pour l’instant, à une secte à dimension politique et sociale.

(…)

Formater les jeunes consciences

La religion woke ne se limite pas au seul monde universitaire, elle vise maintenant l’enseignement primaire et secondaire. Dans la mesure où les wokes sont des croyants convaincus, ils sont aussi des prosélytes. Ils veulent faire triompher leurs idées et former les nouvelles générations, plus malléables. Puisqu’il n’est pas toujours facile de convaincre des adultes que l’identité sexuelle n’a rien à voir avec le corps ou que le racisme est inhérent au fait d’être blanc, les wokes vont s’efforcer d’en persuader les enfants, dès leur plus jeune âge.

Le départ à la retraite des enseignants «boomers» leur laissera bientôt le champ libre. Dans l’ensemble du monde occidental, l’enseignement primaire et secondaire accorde désormais de plus en plus de place à l’enseignement du genre et à la promotion des identités transgenres. Il s’agit de dénoncer, dès la maternelle, les «stéréotypes sexuels» et d’encourager les enfants à «explorer» ou à «déconstruire le genre». Les enfants doivent apprendre qu’il leur revient de choisir leur genre, qui ne dépend pas nécessairement de leur corps. En France, beaucoup de projets d’établissement scolaires visent à «détricoter les stéréotypes de genre», notamment à l’occasion des «Journées du matrimoine». Ainsi se développe le «phénomène transgenre», qui voit des adolescents et des adolescentes demander à changer de genre ou de sexe .

En France, une circulaire du ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a repris sans précaution le langage de l’«affirmation de genre» propre aux militants trans, y compris pour les jeunes enfants: «Le seul indicateur fiable de l’identité de genre d’une personne, quel que soit son âge, est son autodétermination.» Cette circulaire préconise que toute la communauté éducative accompagne la transition sociale du jeune, en utilisant son «prénom d’usage», en ne discutant pas ses choix d’habillement et en le laissant utiliser les «espaces d’intimité» du genre qu’il se choisit. Comme l’ont noté récemment Caroline Eliacheff et Céline Masson (qui publient La Fabrique de l’enfant-transgenre aux Éditions de L’Observatoire, NDLR), «la transition dite sociale met l’enfant sur des rails qui le dirigent tout droit vers la transition médicale».

Cette volonté d’agir sur les très jeunes enfants se manifeste également autour de la question de la race. L’«éducation antiraciste» doit commencer le plus tôt possible puisque les enfants sont censés être racistes dès l’âge de six mois. Ibram X. Kendi a réalisé un bref livre d’images, Antiracist Baby, pour commencer cette éducation antiraciste dès le plus jeune âge. Les mêmes pratiques commencent à arriver dans les lycées et collèges français, où elles exacerbent les conflits communautaires. (…)

C’est là que le mouvement woke prend ses aspects les plus inquiétants: il ne fait pas mystère de sa volonté d’endoctriner les enfants. Pour les wokes les plus militants, comme les juristes Richard Delgado et Jean Stefancic (universitaires américains considérés comme les pères de la théorie critique de la race, NDLR), cette présence dans les écoles est le vrai signe de leur réussite: «Voir la théorie critique de la race prendre son essor dans l’éducation a été une source de grande satisfaction pour nous deux.» Les années d’école, de collège et de lycée sont désormais des années d’endoctrinement continu par des enseignants qui ont eux-mêmes été convertis au wokisme à l’université. Il y a là une vraie dimension totalitaire et on ne peut que penser à la manière dont communistes et fascistes se sont efforcés d’enrégimenter les jeunes.

(…) Le Figaro

(Merci à BB)


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