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Depuis la Pologne, de plus en plus de familles qui avaient fui les bombardements tentent de revenir chez elles. A Kiev, des militaires jugent ces retours précoces et dénoncent une « tragédie ».

La mère était dans la file d’attente d’un magasin dans la gare de Przemysl, en Pologne, près de la frontière ukrainienne, quand la bénévole a surpris la conversation entre les enfants. « On pourrait peut-être en parler avec maman pour la faire changer d’avis ? » « Non, elle a déjà pris sa décision. » La bénévole s’est avancée vers eux : « Vous allez où, les enfants ? » « On retourne dans la région de Donetsk ». « Oh, mais il y a encore des tirs, là-bas, vous savez ? » La petite fille a opiné. « Elle m’a dit qu’elle savait, mais que l’Ukraine, c’était chez eux, et qu’ils voulaient y retourner. Je n’ai rien répondu, je leur ai juste donné des bonbons », raconte Jenny Peysin, l’une des volontaires déployés dans la gare pour accueillir les Ukrainiens fuyant les combats.

Près de 6 millions de personnes – à 90 % des femmes et des enfants – ont fui leur pays depuis le début de l’invasion russe, le 24 février, soit l’exode le plus massif en Europe depuis la seconde guerre mondiale. Fin mai, 2 millions étaient déjà retournés chez elles, selon l’estimation du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

A Przemysl, ceux qui repartent sont désormais un peu plus nombreux que ceux qui arrivent. Les bénévoles, perplexes, assistent chaque jour à cet étrange chassé-croisé. « Tu vois arriver des gens qui fuient la guerre, et deux heures après, le même nombre ou presque qui part en sens inverse. Ils disent tous avoir peur, ne pas savoir à quoi s’attendre, ils savent que la guerre va continuer, mais ils repartent quand même. Ça m’échappe », reconnaît Brian Smith, un volontaire américain. Depuis quelques jours, les billets vers l’Ukraine s’arrachent si vite qu’il faut attendre près de deux semaines avant de trouver une place.

« Mon pays me manque, et puis ça fait déjà deux mois et demi qu’on est parties, il est temps de rentrer », dit une autre, qui avait fui la capitale en catastrophe avec ses enfants et sa mère. 

(…) Le Monde


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