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Immigration : comment le recours au solde migratoire contribue à relativiser et minorer les chiffres

Michèle Tribalat publie « Immigration, idéologie et souci de la vérité » aux éditions de L’Artilleur. La démographe Michèle Tribalat, spécialiste de la question migratoire, s’est saisie de quelques   exemples de «  décodages  » de la presse nationale, pour montrer l’hémiplégie du décodage. 

[…]

Hervé Le Bras recourt à la notion de solde migratoire pour éviter, dit-il, de se limiter aux seules entrées d’étrangers en France :

« en 2017, l’Insee a comptabilisé 262 000 entrées et 71 000 sorties d’immigrés. Simultanément, 241 000 “non-immigrés” ont quitté le territoire français tandis que 108 000 y revenaient. Ainsi le solde net des immigrés est positif à 191 000 personnes et celui des non-immigrés négatif à -133 000 personnes, soit un apport global de la migration de 58 000 personnes, ce qui est modeste (moins d’un millième de la population) ».

La formulation donne l’impression que l’Insee dispose d’un système d’enregistrement des entrées et des sorties. Ce qui n’est pas le cas, on l’a vu. Les données citées se réfèrent à un Insee Focus publié en février 2019 signé Jérôme Lê. Dans cette publication, l’Insee estime les entrées et les sorties à partir des enquêtes annuelles de recensement (EAR), les‑ quelles ne sont pas parfaites. Les entrées sont mieux estimées que les sorties. Les entrées le sont à partir de l’exploitation des questions sur la résidence antérieure et sur l’année d’entrée figurant sur le bulletin individuel. Les sorties le sont en retranchant le solde migratoire des entrées. Mais, lorsque l’Insee juge que la qualité des informations enregistrées varie d’un recensement à l’autre ou d’une enquête annuelle à la suivante, il introduit alors une variable d’ajustement (positive ou négative selon le cas). C’est ce qu’il a fait de 1990 à 2005 et a recommencé à faire à partir de 2015 (graphique ci-dessous). Ajoutons que, lorsque Hervé Le Bras écrit, les estimations de l’Insee pour 2017, comme pour 2016 et 2015, sont provisoires. Les chiffres définitifs de l’Insee sont loin de ceux estimés précédemment : un solde migratoire positif de +198 000 pour les immigrés, mais surtout un solde négatif de – 44 000 pour les natifs, soit un solde migratoire global de + 154 000 et non plus de + 58 000 !

Par ailleurs, on ne voit pas en quoi un solde migratoire global permettrait de dire quoi que ce soit de l’immigration étrangère, notamment lorsque des entrées d’immigrés sont grandement compensées par des sorties de natifs. Enfin, ajoutons qu’Hervé Le Bras, tout en se plaignant du succès de la notion de grand remplacement, se refuse, comme l’Insee, à désigner les natifs autrement que ce par ce qu’ils ne sont pas : « non immigrés ».

Le recours au solde migratoire est donc loin d’être un progrès, sauf si l’on considère qu’il s’accorde mieux avec la thèse que l’on cherche à démontrer. Mais cela ne gêne pas Hervé Le Bras qui, notamment dans un chapitre intitulé Migration et croissance économique, corrèle l’évolution du taux de croissance du PNB à celle du solde migratoire de la France.

atlantico.fr

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