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L’Algérien fuit l’Algérie non pas parce qu’il n’y a pas de travail. Il le fuit non pas parce qu’il n’a pas pu s’inscrire dans une université. Il abandonne son pays non pas parce qu’il n’a pas trouvé de moyens de transport. Il quitte son pays non pas parce qu’il n’a pas trouvé de médecin pour sa femme ou pour ses enfants. Non pas parce qu’il n’a pas trouvé le médicament prescrit chez le pharmacien du coin.

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L’Algérien fuit l’Algérie parce que le travail chez nous n’a pas le sens d’un travail productif et émancipateur. On ment sur nous-mêmes, pour nous-mêmes à propos de la production, de l’heure de travail, des conditions de travail, des factures. Il quitte l’Algérie parce que notre université n’a pas le statut d’une université universelle. Elle ressemble à une crèche pour enfants abandonnés, une annexe d’une mosquée idéologisée ou une éleveuse des poussins électriques, les diplômés en série. 

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Même s’il est conservateur, rétrograde, salafiste, violent envers sa fille, son épouse, sa voisine et sa mère, l’Algérien aime la rue mixte et décontractée, sous d’autres cieux, chez les autres. Même si, dans sa ville ou dans son village, la gent féminine est voilée, et même s’il aime cette orientation et la défend bec et ongles ; il quitte le pays parce qu’il n’y a plus de belles femmes dans la rue. Il n’y a pas de jupe dans la rue. Il harcèle. Il drague. Il adore regarder les femmes des autres, sous d’autres cieux, il les aime dans leur liberté et dans leur indépendance. Les autres femmes des autres nations ! 
Même si l’Algérien, en général, n’est pas un cinéphile, il quitte son pays parce qu’il n’y a pas de salles de cinéma. Pour le plaisir de voir les autres, sous d’autres cieux, dégustent leur plaisir devant le grand écran.  

Même si l’Algérien, surtout celui appartenant à cette nouvelle génération, n’est pas attiré par le théâtre, il fuit son pays pour un autre pays de théâtres, de fêtes et de spectacles. Il adore voir les gens, en toute quiétude, dans une longue file d’attente, pour acheter un ticket pour la pièce de soirée. Il aime Fellag, Gad Elmaleh, Debouz et Brigitte Bardot…    

Même si nous avons des cafés, beaucoup de cafés, l’Algérien adore prendre un café sur le comptoir de l’autre. Parce que chez nous, nos cafés sont devenus des buvettes. Jadis, l’Algérie détenait les plus beaux cafés de la Méditerranée.  Le vide tue l’Algérien et tue l’Algérie.

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Ce sont ces choses minuscules qui brisent la pesante chape sur l’Algérien, au fond de l’Algérien. Elles sont capables, ces petites choses, de rendre le bon sens à la belle vie.
Même si l’Algérien ne lit pas ou peu ou rarement, il aime vivre dans un pays où les gens rentrent chez eux en lisant dans le train, dans le bus ou dans le métro. Lui rentre en mâchant son amertume.

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L’article dans son intégralité sur Liberté Algérie


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