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La décision a été amère pour New Delhi. Le 11 juillet, alors que les talibans s’approchent dangereusement de Kandahar, dans le Sud afghan, le gouvernement indien évacue les diplomates de son consulat. Un avion militaire est envoyé sur place pour les rapatrier, même si des employés afghans gardent le poste ouvert. Après dix-neuf années de présence diplomatique couplée à trois milliards de dollars d’investissement et d’aide humanitaire, l’Inde est tentée de quitter le pays sans avoir accompli ses objectifs.

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L’Inde a peu d’options pour sortir de l’impasse. L’une consiste à intensifier le dialogue avec les insurgés. Avides de voir leur «émirat islamique» reconnu par la communauté internationale, les talibans disent chercher une relation apaisée avec New Delhi. En mai 2020, leur porte-parole avait démenti tout lien avec les groupes djihadistes actifs au Cachemire indien et affirmé que son mouvement ne souhaitait pas s’ingérer dans les affaires intérieures d’un autre pays. Si les services de renseignement et les diplomates indiens entretiennent des contacts avec les combattants islamistes depuis la fin des années 2000 au moins, le dialogue semble s’être intensifié. Le représentant spécial du Qatar pour l’antiterrorisme a déclaré le 21 juin qu’une délégation indienne avait rencontré les talibans à Doha où ils ont un bureau de représentation.

«Les talibans affirment vouloir discuter avec New Delhi. Mais à une condition: que l’Inde ne fournisse pas d’équipements militaires au régime d’Ashraf Ghani», indique Avinash Paliwal, professeur à la School of Oriental and African Studies de l’université de Londres et auteur d’un ouvrage sur la politique afghane de l’Inde. New Delhi aussi a ses lignes rouges. «L’Inde souhaite un partage du pouvoir entre les talibans et les autres factions. L’objectif est de s’assurer que l’Afghanistan ait un système politique viable, autonome vis-à-vis du Pakistan», explique Harsh Pant, chercheur à l’Observer Research Foundation, un think-tank réputé proche du ministère des Affaires étrangères.

Pour y parvenir, l’Inde fait pression sur les talibans avec d’autres puissances régionales comme la Russie et l’Iran. «La réunion de l’Organisation de coopération de Shanghaï du 14 juillet s’est conclue par une déclaration qui a réaffirmé la position de l’Inde: le problème posé par la présence d’organisations terroristes internationales et la nécessité d’un règlement politique. Delhi veut signaler aux talibans que s’ils prennent le pouvoir militairement, leur régime politique ne sera pas reconnu par la plupart des pays voisins, ce que les insurgés veulent éviter», décrypte Harsh Pant.

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Le Figaro


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