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Ce ne sont pas les mêmes entre hier et aujourd’hui, et c’est en cela que Marnes raconte une histoire intéressante. Après-guerre, s’installent dans ce village de grandes familles bourgeoises françaises, tels que les Schlumberger ou les Cassegrain, fondateurs de la marque Longchamp, et des célébrités, comme Jean Marais, Maurice Chevalier, ou, quelques années plus tard, Hugues Aufray. Dans les années 1990, les choses changent: les maisons du parc privé sont rachetées par des propriétaires qui se partagent entre plusieurs capitales du monde. Il s’agit à la fois de ces professions, entrepreneurs, publicitaires, qui vivent au rythme de la mondialisation et de la mobilité des capitaux et, de façon très majoritaire, de grandes fortunes étrangères venues du Qatar, d’Arabie saoudite, de Chine, de Russie ou encore d’Afrique. Le parc privé quitte alors nos rivages, et devient en réalité une île de l’archipel mondialisé dominé par quelques «hyper-riches». C’est d’ailleurs ce Marnes-là qui voit arriver Johnny Hallyday, lui-même faisant partie de ces fortunes vagabondes, qui partagent leur vie entre trois ou quatre villes de la planète. Johnny avait comme voisins, à Marnes, les Daft Punk, qu’il pouvait aussi retrouver à Los Angeles, lors de ses séjours américains!

Ses nouveaux arrivants ont, dites-vous, mis fin involontairement à l’esprit de village, propre à Marnes-la-Coquette. Comment?

Auparavant, tous les propriétaires du parc privé se sentaient dépositaires d’un enracinement commun dans le village, et s’investissaient dans la vie de celui-ci. Le banquier Maurice Schlumberger donnait de l’argent pour entretenir la forêt alentour, quand il ne prenait pas lui-même sa serpe pour aller tailler les bois. (…))

À côté de ces grandes fortunes et de ces célébrités, les familles beaucoup plus modestes qui vivaient à Marnes avaient encore toute leur place. L’atmosphère était joyeuse, les bistrots et les petits commerces étaient encore nombreux et tout le monde s’y rencontrait.

Aujourd’hui, les nouveaux arrivants ne se sentent plus aucun lien ou allégeance envers la commune. Les gardes du corps et les caméras de sécurité ont fait leur apparition. Les maisons cossues se sont barricadées derrière des hauts murs pour ne plus rien laisser voir, en même temps qu’ont disparu progressivement tous les commerces et bistrots du village. Ce parc privé s’est éteint et, d’une certaine façon, tout le village avec lui, pour devenir un quartier-dortoir, à la porte de Paris, presque réservé à des propriétaires fortunés.

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Le Figaro


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