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Rubika est une école supérieure en Animation, Jeu vidéo et Design située à Valenciennes

Sexisme, violences sexuelles, racisme… Après la culture du surtravail explorée dans un premier volet, «Libération» a recueilli la parole d’élèves qui pointent la persistance d’un virilisme toxique, d’une mentalité machiste entretenue par des étudiants comme par certains intervenants.

«Une femme qui râle est une femme en bonne santé» ; «pourquoi tu ne vas pas plutôt dans la pub ou la com ?» ; «est-ce que tu es une féminazie ?» Quotidiennement bombardées de remarques sexistes vécues comme autant de micro-agressions, une dizaine de femmes de la formation de jeu vidéo de l’école Bellecour, à Lyon, ont entrepris de les consigner dans une sorte de journal de la honte. Elles pourraient y noter mille fois le «on ne peut plus rien dire avec vous !» qui accueille leurs réactions outrées. Même ambiance à quelques centaines de kilomètres de là, à Valenciennes, où l’on trouve trace d’une liste similaire rédigée par les étudiantes de Rubika. «Tu ne peux pas gérer une team, t’es une femme et l’équipe ne t’écoutera pas» ; «tes personnages féminins ne sont pas assez “féminins”, ils ne sont pas assez fins, pas assez jeunes, n’ont pas assez de formes»… Florilèges présentés aux directions des deux établissements, afin qu’elles ne puissent plus faire la sourde oreille, ces phrases isolées, une fois compilées, témoignent d’un climat général.

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«Une des choses qui nous a marqués en regardant ce qui se passe dans ces écoles, c’est qu’il y a clairement un effet de socialisation à une culture masculine et excluante pour les femmes», note Vinciane Zabban, chercheuse et maîtresse de conférence à l’université Paris-XIII qui s’est intéressée aux formations dans le cadre d’une étude sur les trajectoires professionnelles dans le jeu vidéo. A Rubika, une étudiante nous expose les choses ainsi : «Le fait que l’école soit majoritairement composée de jeunes geeks blancs, ça joue très fort sur l’ambiance.» Avec tout ce que cela suppose en termes de virilisme toxique dans cette culture vidéoludique qui a vu naître des mouvements misogynes et de harcèlement en ligne, comme celui du Gamergate en 2014, et qui prospère encore autour du sinistre «Forum 18-25» de Jeuxvideo.com ou dans les communautés de youtubeurs proches de la fachosphère. Des espaces où s’entrechoquent, dans une bouillie identitaire, machisme décomplexé, culture du mème outrancier et survalorisation des compétences techniques.

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Libération


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