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Deux ans après le scandale de la ligue du LOL, le récit médiatique qui s’est imposé à l’époque s’étiole. Si des femmes ont bien été harcelées sur Twitter au début des années 2010 par de jeunes journalistes et communicants, la coordination de raids de harcèlement depuis un mystérieux groupe Facebook n’a jamais été établie. Retour sur une faillite déontologique que la presse française préférerait oublier.

L’affaire commence par un article publié sur le site de Libération le vendredi 8 février 2019 au soir. Il répond à une question envoyée au service de vérification des informations du quotidien, Checknews, via une adresse anonyme : « La ligue du LOL a-t-elle réellement existé et harcelé des féministes sur les réseaux sociaux ? ». Après deux jours d’enquête, le journaliste Robin Andraca de Checknews publie un papier qui indique sans fard : « oui, sans aucun doute, la Ligue du LOL existe ».

Cet article provoque immédiatement la publication de témoignages choc, qui s’accumuleront durant tout le week-end. Plusieurs femmes mais aussi des hommes racontent sur les réseaux sociaux qu’autour de 2010 plusieurs personnes alors très influentes sur Twitter les ont harcelés. Les témoignages sont nombreux, et ces harcèlements sont attribués, parfois directement, d’autres fois implicitement, à cette « ligue du LOL ».

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DES VICTIMES COLLATÉRALES

Marianne a pu recueillir le témoignage d’autres « victimes collatérales » de cette affaire, présentes sur le groupe Facebook « la ligue du LOL ». Leur nom a été diffusé sur internet et certaines ont perdu leur emploi sans qu’aucun fait précis ne leur soit reproché. Aucune d’entre elles ne nie la réalité du harcèlement que des femmes ont subi. Mais toutes regrettent d’avoir été assimilées à ces faits.

« Ma vie a changé du jour au lendemain, j’aurais pu me suicider, j’ai eu des envies fortes de passer à l’acte », raconte une femme membre du groupe, qui en veut terriblement à la presse qu’elle accuse d’avoir foulé aux pieds les principes déontologiques élémentaires : « Les journalistes ont un pouvoir énorme, ils doivent prendre en compte les responsabilités qui vont avec ».

Un autre explique avoir été désemparé face aux accusations : « Comment on prouve qu’on n’a pas fait quelque chose ? ». Il raconte avoir très vite pensé à ses enfants, « quand mes filles vont googler mon nom, c’est sur ça qu’elles vont tomber ? Papa était un harceleur de femmes ? ». Alors que certains bataillent publiquement pour restaurer leur image, lui contacte tous les médias qui ont, un jour, publié son nom pour effacer ces traces et retomber dans l’anonymat le plus complet.

Deux ans après, selon nos informations, plusieurs salariés licenciés en 2019 ont été blanchis par leur employeur dans le secret d’un chèque signé avec une clause de confidentialité. Seuls les deux journalistes de Libération sont en procédure prud’homale. Il n’y a pas encore eu de jugement pour Vincent Glad et Alexandre Hervaud a fait appel après avoir perdu en première instance. Autre suite judiciaire : la plainte déposée par la journaliste Léa Lejeune, l’une de celles qui ont témoigné en février 2019, contre Alexandre Hervaud pour « dénigrement professionnel, diffamation et harcèlement ». Mais « la 17e chambre du Tribunal Judiciaire de Paris a annulé l’intégralité de l’assignation de Mme Lejeune et l’a condamnée à me verser une indemnisation » rapporte Alexandre Hervaud.

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Marianne


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