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« Que serait un esprit critique incapable d’autocritique ? »

[…] Certes, la charia est incompatible avec les lois d’une République laïque. Mais la majorité des musulmans de France accepte les lois républicaines et les croyants sont d’autant plus pacifiques qu’ils pensent candidement que leur religion est une religion de paix. […] quand la religion est toute puissante et condamne comme blasphématoire toute non-obéissance – comme le refus du chevalier de la Barre de saluer une procession religieuse ou la fatwa des ayatollahs contre Salman Rushdie –, je me sens du côté des condamnés. D’où cet apparent paradoxe : je suis pour la liberté des femmes qui se dévoilent en Iran et pour la liberté des femmes qui se voilent en France. Voilà « d’où je parle » : ni islamiste ni gauchiste […]

[…] il ne faut pas oublier que de telles caricatures choquent les musulmans pieux. […] Il y a certes des cas où l’on doit braver l’incompréhension étrangère, mais il y a aussi des cas où il vaut mieux ne pas la susciter ou l’exciter, […] Il faut être attentif aux effets pervers d’actes à intentions salutaires. […] il me semble irresponsable de prendre la responsabilité d’assumer comme vérité de la liberté française la propagation à l’infini de caricatures danoises. […] La liberté d’expression ne saurait exclure toute prévoyance des malentendus, incompréhensions, conséquences violentes ou criminelles qu’elle peut provoquer. Est-ce que ces caricatures peuvent aider des êtres pieux et croyants à mettre en doute leur croyance ? Nullement. Est-ce qu’elles peuvent contribuer à affaiblir le djihadisme ? Nullement.

On a entendu des essayistes et des polémistes, mais aussi des ministres, soutenir que l’« islamo-gauchisme » armait intellectuellement le terrorisme. La charge est-elle justifiée ? Et pourquoi une telle offensive idéologique ?

Ce qui est terrible, c’est que cette affaire amplifie le développement de la pensée manichéenne, unilatérale, réductrice. Toute résistance à une islamophobie croissante devient signe abject d’islamo-gauchisme – lequel a cette particularité de n’être ni partisan de l’islam ni gauchiste –, voire de complicité avec les assassins. Malheureusement, comme en 1914, en 1933, en 1940, puis comme à chaque délire collectif, il y a des philosophes au premier rang de l’hystérie. Le plus dangereux est que, comme il est plusieurs fois arrivé dans le passé, deux France se dissocient et s’opposent ; dans le cas heureux, comme au début du XXe siècle, une France républicaine et laïque a vaincu la France monarchiste, catholique et conservatrice ; dans le cas malheureux, comme en 1940, une France réactionnaire s’est imposée à la faveur du désastre militaire. Le confinement impose une mise au réfrigérateur provisoire du conflit, qui, sinon, risque d’exploser dans le pays. Qu’adviendra-t-il après le déconfinement ? Quelle nouvelle décomposition et recomposition politique ? Deux France s’affrontent déjà en paroles : la France identitaire et la France humaniste. Tout cela mérite non imprécation, mais examen et réflexion. […]

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