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(…) Certains cas restent impossibles, ou très difficiles, à identifier pour l’administration hospitalière. Comme celui d’Amine L., 33 ans, interpellé en décembre 2016 en Turquie alors qu’il s’apprêtait à rejoindre les rangs de Daech, dont il faisait l’apologie sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme d’« albistouri ». Entre mars et octobre 2016, il était interne en chirurgie orthopédique à l’hôpital de La Timone, le plus grand de Marseille. « Franchement, on n’a rien vu. Personne n’a rien vu », raconte un soignant qui l’a côtoyé, et refuse de s’étendre.

Dans La Provence, en 2016, un autre collègue décrivait Amine L. comme « un garçon intelligent, plutôt passionné par son boulot, un bon professionnel qui, en plus, lorsqu’on évoquait les attentats dans des discussions, était plutôt dans la condamnation de ces actes ». Le jeune homme a été condamné en 2019 à neuf ans de prison. Contactée, son avocate n’a pas souhaité s’exprimer, confirmant seulement que son client n’a pas interjeté appel.

Employant des personnes radicalisées, les hôpitaux pourraient-ils, aussi, devenir des cibles ? Plusieurs professionnels de santé interrogés en doutent. « Je sais bien que la bêtise a tendance à tout désacraliser, mais est-ce que des terroristes ont intérêt à s’en prendre à un hôpital, en termes d’image ? », s’interroge un syndicaliste Unsa Santé-sociaux.

(…) Toutefois, en France, « les hôpitaux sont considérés par les services comme des lieux sensibles et font l’objet d’une surveillance particulière », explique une source policière

(…) « Mais qu’est-ce qu’on attend de nous précisément ?, réagit auprès de La Croix la DRH d’un centre hospitalier régional, qui critique le flou des demandes ministérielles. Nous avons suivi une formation d’une journée sur la radicalisation à l’ARS il y a trois ans, et depuis, plus rien. Nous sommes totalement livrés à nous-mêmes. »

(…) « D’accord, mais concrètement, comment faire le tri entre ce qui relève de la radicalisation, de l’atteinte à la laïcité, de la rumeur malveillante, du racisme ? », demande, un peu las, le « référent laïcité » d’un grand centre hospitalier. Le sujet, regrette-t-il, laisse une prise très large « aux sensibilités de chacun, qui peuvent être différentes y compris au sein des services de l’État ».

(…) La Croix