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Pour le sociologue Fabrice Dhume, membre du collectif CRIsIS et co-auteurs de l’ouvrage «Du racisme d’Etat en France ?» (Editions Les bords de l’eau, 2020), les élèves musulmans et leurs familles sont «pris entre deux feux», tandis qu’une «partie d’entre eux subit très clairement une stigmatisation et les diverses sortes de micro-agression ou de violences qui en découlent».

Il y a une forte stigmatisation qui émerge du discours politique et institutionnel, qui n’est pas seulement conjoncturelle, même si elle est attisée lors des épisodes d’attentats. C’est le cas du discours du ministre de l’Education nationale, lors de la préparation du déconfinement sanitaire au printemps dernier, qui a évoqué le «replis communautaristes» et le «séparatisme». Derrière ces discours, c’est bien d’abord l’islam qui est visé.

Une difficulté est de savoir quel est le lien entre ce discours politique et le niveau des pratiques, par exemple des enseignants. Ce que nous avons vu, lors de précédents épisodes d’attentats, c’est un double mouvement : d’un côté, une partie du corps enseignant, très consciente du risque de stigmatisation, dénonce ce discours et cherche à entendre et à parler avec les élèves de ce qu’ils vivent. De l’autre, une partie des agents complètement crispée sur le discours laïcard, qui se dit républicain, et qui est dans une logique de guerre aux signes religieux. […]

Sur les questions de voile, par exemple, les élèves sont souvent dans une logique de respect des libertés individuelles, et ne voient pas de problèmes à cela, ce qui va dans le sens de la laïcité. Mais l’insistance politique environnante sur la nouvelle version, intégrationniste, de la laïcité, leur fait croire (non sans raisons) qu’elle est un principe normatif, antireligieux, prescrivant un usage seulement privé des croyances. C’est alors qu’ils peuvent vivre la «laïcité» comme une agression. Nous avons affaire à un discours idéologique projeté sur l’école, à la fois de l’extérieur, et aussi de l’intérieur par une partie des professionnels. […]

Dans le rapport que nous avons remis au Premier ministre en 2013 (sur la «Refondation de la politique d’intégration»), nous avions soutenu l’idée qu’il fallait revenir sur cette loi de 2004, car elle est source de discrimination, et légitime dans les faits beaucoup de pratiques racistes ou d’attitudes islamophobes. De plus, elle est source de confusion dans la laïcité, qui devrait être un principe de respect et de droits à manifester ses convictions, de la part des élèves dans les écoles.

yabiladi


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