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[MàJ : contrairement au site du World Economic Forum, le site du FMI stipule que les opinions exprimées peuvent diverger avec la position officielle du FMI.]

George Floyd. Breonna Taylor. Ahmaud Arbery. Trois Noirs américains tués dans des actes qui ont rappelé au monde que le racisme systémique est toujours très réel aux États-Unis. Les protestations du début de l’été qui ont suivi, bien que déclenchées par ces décès, ont été les manifestations d’une colère et d’un désespoir plus profonds face au racisme qui sévit dans le pays depuis sa fondation.

Alors que les protestations se répandaient dans le monde entier, beaucoup ont commencé à passer de la solidarité avec les Noirs américains à l’injustice raciale dans leur propre pays. Adama Traoré. João Pedro Matos Pinto. David Dungay, Jr. Des noms différents selon les pays, mais toujours des victimes dont la mort a obligé à réexaminer la présence mondiale du racisme systémique et a envoyé des manifestants dans les rues pour exiger plus.

Exiger la fin du racisme ainsi qu’un remède contre son héritage n’est pas seulement moralement correct, c’est aussi un stimulant pour le développement économique. Continuer à nier l’existence du racisme, et refuser de l’affronter, conduira à un monde moins dynamique, moins cohésif et moins prospère.

États-Unis

[…] Les Américains noirs non-armés ont deux fois plus de chances d’être tués par la police que ceux qui sont blancs […] […]

En 2016, l’Académie nationale des sciences des États-Unis a découvert que 29 % des étudiants américains blancs en première année de médecine pensaient que le sang des Noirs coagulait plus rapidement que celui des Blancs, et 21 % pensaient que les Noirs avaient un système immunitaire plus fort. Une telle incompréhension conduit souvent à des soins préventifs inadéquats et à des traitements inférieurs, ce qui se traduit par des résultats de santé plus mauvais pour les Noirs que pour les Blancs en général. […]

Le “Redlining”, une politique de l’Administration fédérale du logement qui a refusé d’assurer les hypothèques dans les quartiers noirs, a exclu les Noirs américains de l’un des moyens les plus courants d’accumuler des richesses, l’accession à la propriété.[…]

France

Beaucoup d’autres pays, comme la France, connaissent un racisme lui aussi profondément enraciné, même si la mythologie nationale de ce pays prétend qu’il s’agit d’une société résolument aveugle à la couleur de peau. Le gouvernement refuse d’établir des statistiques sur la foi, l’appartenance ethnique ou la couleur de la peau dans son recensement. Cette vision universaliste masque le racisme moderne résultant d’atrocités historiques. Comme c’est le cas dans de nombreux pays d’Europe, le rôle de la France dans la perpétuation de l’esclavage colonial en Amérique fondé sur la race est souvent mal compris, ce qui conduit à penser que le racisme est un problème du nouveau monde et non du vieux monde.

Comme l’a déclaré à France 24 Maboula Soumahoro, spécialiste des études sur la diaspora africaine à l’Université de Tours, “Parce que l’esclavage était illégal sur le continent, les Français ont l’impression que cette histoire hyper-racialisée caractéristique du monde moderne ne concerne que les Amériques”, ajoutant que “la France n’est pas aveugle au racisme. La France pense qu’elle est aveugle au racisme”. Ce refus de voir la race, et la politique officielle qui en découle, laisse le pays sans préparation pour faire face au racisme systémique.

La police en France est peut-être moins meurtrière qu’aux États-Unis, mais la violence et la discrimination visent bien plus les minorités raciales que les Français qui sont blancs. Les jeunes hommes perçus comme noirs ou arabes sont 20 fois plus susceptibles de faire l’objet de contrôles d’identité. Vingt pour cent des jeunes Français noirs ou arabes ont déclaré avoir été victimes de brutalités lors de leur dernière intervention policière, soit bien plus que les 8 % de leurs homologues blancs.

Comme aux États-Unis, cependant, ce racisme systémique s’étend bien au-delà de l’action de la police. Dans un pays où la religion est souvent fortement corrélée à la race, les hommes perçus comme musulmans par les employeurs ont jusqu’à quatre fois moins de chances d’obtenir un entretien d’embauche que les candidats considérés comme chrétiens, selon le groupe de réflexion Institut Montaigne (Valfort 2015). Une étude réalisée en 2018 par l’université de Paris-Est Créteil a révélé que les candidats à un emploi dont le nom est à consonance arabe ont obtenu 25 % de réponses en moins que ceux dont le nom est à consonance française.

Brésil

La vision du Brésil sur le racisme est également profondément ancrée dans l’image que le pays a de lui-même. […]

Dans l’esprit de nombreux Brésiliens, le racisme et la discrimination n’existent pas au Brésil […]

Pourtant, dans un pays où les personnes d’ascendance africaine partielle ou totale sont majoritaires, les Noirs du Brésil sont loin derrière les Blancs en ce qui concerne les principaux indicateurs de qualité de vie. Les Noirs brésiliens ont un niveau d’éducation bien plus faible. […]

En 2018, la police a tué 6 220 personnes au Brésil, et bien que représentant environ la moitié de la population nationale, 75 % des personnes tuées étaient noires (Sakamoto 2019).

Ces facteurs systémiques ont des conséquences socio-économiques étendues. Une étude de l’Institut brésilien de géographie et de statistique a révélé qu’en 2019, le revenu moyen des travailleurs blancs était supérieur de 74 % à celui des travailleurs noirs et basanés, un écart qui est resté stable pendant des années. Même avec le même niveau d’éducation, les hommes afro-brésiliens ne gagnaient que 70 % du revenu des hommes blancs comparables, et les femmes afro-brésiliennes seulement 41 %.

Les coûts économiques

Le racisme systémique est un problème mondial. Il est réel, et il existe un argument moral solide pour y faire face. Cependant, un facteur souvent ignoré dans cette conversation critique est la dimension économique plus large. Parce qu’il empêche les gens de tirer le meilleur parti de leur potentiel économique, le racisme systémique entraîne des coûts économiques importants. Une société moins raciste peut être plus forte sur le plan économique. […] […] la France, où le PIB pourrait bondir de 1,5 % au cours des 20 prochaines années – un bonus économique de 3,6 milliards de dollars – en réduisant les écarts raciaux dans l’accès à l’emploi, aux horaires de travail et à l’éducation […]

Un fléau mondial

[…] Seuls 30 % des personnes interrogées pensent qu’il existe un racisme institutionnel au sein des forces de police australiennes. […]

Pendant ce temps, divers incidents racistes en Chine contre des immigrants africains mettent en péril les lucratives relations commerciales et d’investissement sino-africaines. […]

Le monde est à un point d’inflexion, et c’est à nos décideurs politiques de répondre à ce moment. Sinon, le racisme continuera à nous coûter cher à tous.

Tribune sur le site du Fond Monétaire International via le site du World Economic Forum (Archive)

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