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L’historien et essayiste, Jacques Julliard, dénonce le “nouvel aveuglement” des intellectuels sur l’islamisme.

[…] J’ai connu , au cours de mon existence, trois glaciations intellectuelles successives, qu’il est bon de rappeler au moment où l’islamisme frappe à coups redoublés, non seulement sur les corps, mais aussi sur les esprits.

La première fut la glaciation stalinienne. Elle marque notre aprèsguerre. Dans l’intelligentsia, les mots étaient encore gelés, les paroles surveillées, les opinions contrôlées, les échanges interdits. Quiconque mettait en doute l’excellence du régime dirigé par le camarade Staline ne pouvait être qu’un agent de l’impérialisme américain. La nature proprement meurtrière de la dictature soviétique était pourtant aveuglante, même pour les moins avertis ; mais partagés entre la force de l’évidence et la pression du politiquement correct, beaucoup d’intellectuels multipliaient les contorsions qui ont conduit nombre d’entre eux à la dépression nerveuse, voire à la tentation du suicide.

La deuxième glaciation fut maoïste. Elle ne disposait pas de cet énorme arsenal que constituait un parti communiste puissant, respecté, voire hégémonique dans certaines disciplines. Ses dévots avaient beau répéter – déjà ! – que le maoïsme « n’avait rien à voir » avec le stalinisme, le ver était dans les esprits. Pour écarter le doute, ils répliquaient par un surcroît de ferveur et d’obséquiosité envers le nouveau dieu vivant. Ce furent les Chinois euxmêmes qui les détrompèrent, comme les Russes l’avaient fait précédemment pour Staline.

La troisième glaciation, nous la vivons de nos jours, c’est la glaciation islamiste. Le « rien à voir avec », qui est à la dévotion gauchiste ce que le « en même temps » est à l’univers mental du macronisme, s’est affirmé comme jamais. C’est la pensée schizophrénique appliquée à la politique. On a vu ressurgir chez certains intellectuels le même type d’argumentation qui avait cours dans les précédentes glaciations : la théorie de l’encerclement par l’impérialisme, l’érection de l’islam en « religion des pauvres », le ressentiment érigé en moteur de l’histoire, etc. […]

Le Figaro

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