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Tribune de Cécile Alduy (Professeur à l’université Stanford, Californie).

Le cœur du projet de Marine Le Pen n’est pas dans le panachage de mesures hétéroclites empruntées tantôt à gauche, tantôt à droite. Son socle idéologique est ailleurs : il repose sur l’homogénéisation et la purification du corps social de tout élément « étranger » (finance internationale, Europe, immigrés, cultures ou religions non autochtones) dans un but de « redressement national », de « remise en ordre », de « réarmement moral du pays », et même de « reconquête » (à l’image de la Reconquista espagnole ?) selon les mots mêmes de Marine Le Pen à Lyon. Une « révolution », dit-elle. On pourrait ajouter « nationale ».

« De droite et de gauche », c’est effectivement l’impression que donne au premier abord le catalogue des 144 engagements publiés dans la foulée, tant il pioche ses propositions de part et d’autre des lignes de clivage traditionnelles. […]

Le fameux « ni droite ni gauche », slogan lancé par Samuel Maréchal en 1995 – et venu des mouvances fascisantes de l’entre-deux-guerres – serait-il devenu un « et de droite et de gauche » à mesure que le parti, de force contestataire et marginale, se rêve en mouvement majoritaire et que Marine Le Pen continue son OPA sur les valeurs républi­caines, le féminisme et la laïcité ? Ce serait oublier que le Front national, hier comme aujourd’hui, n’est effectivement ni de droite ni de gauche, parce qu’il est… d’extrême droite.

L’extrême droite, comme tradition politique qui puise ses racines idéolo­giques dans le national-populisme des années 1880 et le nationalisme intégral maurrassien, n’est pas une droite qui serait simplement « extrême ». C’est une pensée originale de l’homme et de la société qui place au-dessus de tout l’unité, la pureté du groupe et un ordre social et moral autant conservateur qu’autoritaire. […]

Cette philosophie conceptualise la nation comme une entité charnelle et spirituelle, un corps politique organique fondé sur les liens du sang et les « solidarités naturelles » (famille, village, nation). Ce positionnement, de Déroulède à Boulanger, Maurras puis Jean-Marie Le Pen, a toujours été à la fois conservateur, voire réactionnaire sur l’identité nationale et les valeurs morales (ordre, autorité, travail, propriété), et dans le même temps étatique et populiste. […]

Ce n’est pas seulement un « nationalisme fermé », selon la formule de Michel ­Winock – protectionnisme, rétablissement des frontières –, mais, plus profondément, un nationalisme ethnique dont il s’agit, qui érige la nationalité française en «privilège » – le mot est dans le programme – à travers deux mesures emblématiques du Front national : la « priorité nationale », au­trefois « pré­férence nationale », qui ­exclut du marché du travail, des prestations sociales et des logements sociaux – et donc de tout moyen de subsistance – les non Français ; et son corollaire, le retour au droit du sang, qui assigne chaque individu à une identité héritée, à une citoyenneté fondée sur le biologique.

Le Monde

Merci à cernunnos


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