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De plus en plus de dirigeants doivent faire face à des revendications de leurs salariés musulmans pour la pratique de leur religion pendant les heures de travail. Certains ferment les yeux, mais d’autres résistent même s’ils se savent exposés à des poursuites judiciaires.

Une fois embauchés par la société Acti’Conseils, du côté de Blagnac, près de Toulouse, trois salariés musulmans demandent de s’absenter une heure ou deux un vendredi après-midi. Le gérant, Éric Vigneras, comprend qu’ils partent pour la mosquée. Il leur propose d’inscrire un avenant à leur contrat de travail leur donnant le droit de s’absenter le jour de culte, pendant une heure. «Si un nouveau manager arrivait, leur droit serait sauvegardé» , précise ce catholique pratiquant, responsable des entrepreneurs et dirigeants chrétiens pour la région Midi-Pyrénées. Chaque vendredi, Samir et ses deux collègues quittent donc le bureau, entre 13 et 15 heures, pour écouter le prêche de l’imam.

Pour sa part, Hervé Baulme, directeur général de la société Ecodair, qui remet à neuf du matériel informatique à Paris, a mis à la disposition d’un salarié une salle pour prier pendant la pause. Ses collègues ont bien accueilli la nouvelle. «J’ai vu que sa démarche était sincère mais c’est au cas par cas» , relève ce patron qui a rejeté la même requête d’un autre salarié « revendicatif et agressif » . Ce dernier excluait de décaler sa prière à l’heure de la pause. Aujourd’hui, les deux intéressés ont quitté l’entreprise d’eux-mêmes. Il n’y a pas eu de vagues.

Selon une étude réalisée par l’Observatoire du fait religieux en entreprise (Ofre), en partenariat avec l’institut Randstad, publiée le 22 septembre, 65 % des personnes interrogées déclarent observer le fait religieux dans leur entreprise en 2016, contre 50 % en 2015. «Dans 95 % des cas, ces faits concernent la religion musulmane» , constate Lionel Honoré, professeur des universités et directeur de l’Ofre. […]

Et quid des entreprises publiques, a priori protégées des risques de débordement par le principe de laïcité qui interdit aux agents publics, dans le cadre de leur service, de manifester leurs opinions religieuses ? Tout comportement contraire constitue un manquement à cette obligation de neutralité et justifie la révocation de l’agent considéré. À la RATP, il arrive encore que des agents refusent de serrer la main à des femmes. «De mauvaises habitudes ont été prises» , regrette Patrice Obert, délégué général à l’éthique.

L’entreprise a donc demandé aux intéressés d’adopter le même comportement envers les deux sexes. «Pour ne discriminer personne puisqu’on ne peut pas imposer de serrer la main» , poursuit Patrice Obert. «Une solution vraiment pas idéale mais comment faire autrement lorsque l’insécurité juridique est de mise ? Un juge peut tout à fait annuler un licenciement pour discrimination», commente l’avocat Eric Manca qui évoque aussi le problème des réseaux sociaux capables de démolir n’importe quelle société.

Le Point

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