Le réalisateur et journaliste, figure de Nuit debout, lance mardi une campagne contre le Parti socialiste, veut fédérer par le social les opposants de gauche au gouvernement. Il rêve d’un grand mouvement «populiste» et veut fermer la «parenthèse libérale»
Mon but, c’est de sortir de 1983, quand le Parti socialiste bascule économiquement à droite, et que Jospin, premier secrétaire, déclare : «Nous ouvrons une parenthèse libérale.» Mon objectif, c’est de sortir de cette parenthèse . Ça ne se fera pas dans le PS, qui a adopté tous les dogmes libéraux, mais sans le PS.
J’ai toujours voté PS au second tour, en bon «républicain de gauche» à la Jaurès, même en 2012. Désormais, c’est fini.

Le mouvement va se prolonger, trouver d’autres formes. Mais il est vrai que, si Nuit debout s’est révélé être un excellent lieu d’expression, ce n’est pas un lieu de décision. De mon côté, je n’en ai jamais attendu trop. Dès le premier soir, j’en ai senti les limites, notamment en raison de la sociologie parisienne – une masse de diplômés, peu de classes populaires, pas d’usine aux alentours, une méfiance envers les syndicats – qui a très vite débouché sur une «bureaucratie démocratique», sans volonté de s’organiser. […]
Aux dernières régionales, 51 % des ouvriers qui sont allés voter ont choisi le Front national. Et le PS a accompagné, voire encouragé, ce vote FN. En 2012, un rapport de Terra Nova [think tank proche du PS, ndlr] préconisait d’abandonner la classe ouvrière au FN. Ce que Hollande a fait, et qu’il poursuit aujourd’hui, préférant ses amis financiers. Après Florange, il a d’ailleurs déclaré : «Perdre les ouvriers, ce n’est pas grave.» Et après ce grand lâchage, ils vont nous recommander le vote utile pour «faire barrage» ! Moi, je suis aujourd’hui pour un mouvement populiste de gauche. […]
Populiste ?!
Le mot est considéré comme une injure. Selon le Petit Robert, pourtant, il s’agit «d’un courant littéraire s’appliquant à décrire avec réalisme la vie des gens du peuple». Ce mot peut être revendiqué, notamment par les journalistes, avec fierté. Et face à un mouvement populiste de droite, je suis favorable à un mouvement populiste de gauche, qui parle plus en profondeur au peuple. Car il faut parvenir à une jonction – je caricature – entre intellos et populos. Sans cela, pas de victoire progressiste. C’est ce qu’il s’est passé, à des degrés divers, en 1789, 1936, 1968 et 1981, tantôt dans les urnes, tantôt dans la rue. […]





