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Tribune de l’écrivain François Bégaudeau sur l’équipe de France de football.
A deux semaines de cet Euro indécis, une chose au moins est sûre : l’éventuelle victoire des Bleus ne pourra être rapportée à la gloire de la France black-blanc-beur. Au mieux pourra-t-on parler d’une victoire black-blanc. Pour les « beurs », on repassera, puisque aucun n’apparaît dans la liste des 23 sélectionnés [le Franco-marocain Adil Rami a été rappelé] .

Il est très révélateur des scissions contemporaines que cette stratégie de communication assume le risque de casser le lien entre les Bleus et la population maghrébine.


Cela mérite-t-il d’être relevé, même dans une chronique spécialisée dans le coupage de cheveux en quatre ? A priori, non. Il n’est pas écrit que la sélection doive représenter les minorités. Ce qu’on lui demande, c’est de gagner, et tant pis si cela se fait avec un échantillon de joueurs non représentatif de la totalité de l’humanité.
Mais justement les seuls critères sportifs auraient dû conduire Deschamps à retenir Benzema et Ben Arfa, les deux joueurs français les plus doués de leur génération, bien que le second n’ait pas fait preuve de l’exceptionnelle constance du premier, avant-centre titulaire du plus grand club du monde depuis six ans. […] A deux semaines de cet Euro indécis, une seconde chose est au moins sûre : en cas de victoire, il y aura aussi peu d’Arabes aux Champs-Elysées que place de la République le 11 janvier.
Cela sera noté, comme un instituteur remplit le cahier d’absences. La communauté sera taxée de communautarisme. Une nouvelle fois, une communion nationale aura produit de la division.
Le Monde


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