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Article de Nicolas Weil, journaliste au Monde, sur le livre « Vers la guerre des identités ? De la fracture coloniale à la révolution ultranationale », dirigé par Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Dominic Thomas. Dix ans après « La Fracture coloniale », les auteurs de ce nouvel ouvrage collectif décrivent une crispation identitaire aux multiples visages prenant désormais, à leurs yeux, des aspects d’avant-guerre civile.

Le phénomène de repli n’est nullement une exception française puisque le populisme s’étend actuellement à toute l’Europe, y compris aux nations du Vieux Continent qui n’ont pas de passé ultramarin.

Si vous êtes allergique à la « culture de l’excuse » et à la sociologie militante : passez votre chemin ! Les auteurs rassemblés dans ce collectif, après avoir, il y a plus de dix ans, diagnostiqué la « révolte des banlieues » de 2005 en termes de « fracture postcoloniale », persistent et signent, après l’année terrible de 2015 et ses attentats meurtriers. Pour eux, le mal français est plus que jamais le produit d’une mémoire inaccomplie, voire révisionniste, de la colonisation.

Avec une inquiétude et une indignation affichées, les ving-deux collaborateurs de ce collectif décrivent, dans la diversité de ses manifestations, une crispation identitaire qui, dix ans après les violences urbaines provoquées par la mort de deux adolescents électrocutés à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), prend désormais à leurs yeux des aspects d’avant-guerre civile.

[…] L’argument principal tourne autour de l’idée que l’actuelle « révolution ultranationale » porte le retour d’une lecture racialisée de la société. Un racisme moins fondé sur les différences biologiques que sur la culture et l’identité, « un soft-racisme, presque acceptable », ironisent Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Dominic Thomas dans l’introduction. Ce racisme culturel conduit au rejet du métissage, au déni ainsi qu’à la perpétuation des discriminations, alors que la gauche officielle aurait renoncé à l’idéal de l’intégration, affirme l’historien Yves Gastaut. L’ouvrage en rend responsable un défaut de mémoire. […] Ce texte de combat parvient, en revanche, non seulement à décortiquer un certain esprit du temps « néoréac », mais aussi à montrer comment il est résistible malgré ses fortunes médiatiques et la fascination qu’il exerce sur une partie de la droite républicaine. En cela, il fait œuvre utile.
Le Monde

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