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Dans le Bas-Montreuil, le collège Paul-Éluard doit sortir de Zep, mais craint, en perdant ses moyens, de retomber dans la spirale de l’évitement scolaire.

Isabelle a 46 ans, une fille en CM1, une autre en quatrième. Elle est comédienne et, depuis le 21 novembre, elle occupe alternativement l’école Paul-Bert et le collège Paul-Éluard où sont inscrits ses enfants pour que le quartier du Bas-Montreuil demeure réseau d’éducation prioritaire. “Il y a une très grande solidarité avec les profs et entre les parents : on se coordonne, on garde les gamins les uns des autres.

Isabelle a déménagé de Vincennes pour Montreuil en 2007, attirée par sa “mixité culturelle et sociale.” Il y a 15 ans, cette partie de la ville était insalubre et pauvre, habitée par une majorité de familles d’origine africaine ou maghrébine. Elle a été réaménagée, les prix de l’immobilier parisien y ont poussé de nouvelles populations. Sofiane tient là-bas un magasin d’ameublement oriental ; il n’a plus les moyens d’habiter le quartier. “Les gens d’ici partent, ils remontent vers le nord de la ville ou à Rosny-sous-Bois. Ceux qui s’en vont ne reviennent pas.” Il le dit avec un sourire forcé, avoue un peu d’amertume. “La boboïsation ? Oui, évidemment. C’est chic et choc par là-bas” commente la propriétaire d’une épicerie. “Là-bas” c’est, par exemple, la petite place à un jet de pierre du collège où ont fleuri des cafés, une boutique d’objets d’art, l’enseigne bio des “nouveaux Robinsons.”

Mercredi, Najat Vallaud-Belkacem présente en comité interministériel la nouvelle carte des 1 082 Rep (réseaux d’éducation prioritaire, comprenant des collèges et les écoles qui en dépendent), qui entrera en vigueur à la rentrée 2015. Elle est déjà largement connue, et largement contestée. L’académie de Créteil comptera 130 Rep et Rep+ aux moyens renforcés : le nombre de “réseaux” reste inchangé, mais certains établissements y entrent et d’autres en sortent, comme Paul-Éluard. “L’éducation prioritaire doit se concentrer sur les établissements les plus en difficulté” explique la rectrice, Béatrice Gille. “Les départements de l’académie ont connu des mobilités sociales, notamment en petite couronne, qui expliquent que certains collèges qui étaient parfaitement légitimes en Rep il y a 15 ans puissent ne plus l’être.” Tant pis pour le Bas-Montreuil.

(…) Le Point

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