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Elles sont adolescentes et ont grandi dans la ZUP de Blois. Cindy, Majdala, Chaïma, Yasmina et les autres racontent leur quartier.

Les garçons ne sont pas venus. Ceux qu’elles appellent « les grands » ou « les frères ». « Vous croyez vraiment qu’ils allaient vous parler ? », lâche Majdala, 16 ans. « Ils croient que la vie, c’est GTA (jeu vidéo violent) », assène-t-elle.

Aux côtés de Majdala (*), il y a Cindy, 12 ans, Maryam, 12 ans aussi, Yasmina, 15 ans, et Chaïma, 16 ans. Toutes habitent la ZUP (zone à urbaniser en priorité). Leur quartier, c’est d’abord « des repères, des personnes, explique Yasmina. Ici tout le monde se connaît ». Elles distinguent trois zones : Kennedy, Coty et Croix-Chevalier. « On s’intègre vite, c’est familial », assure Majdala, qui rêve de travailler dans le commerce international.

Le soir tombe sur la ZUP, dehors il fait déjà nuit noire. La discussion à bâtons rompus s’engage avec les cinq filles, qui se livrent par bribes, souvent avec pudeur.

A l’évocation des violences du jeudi 30 octobre, « les frères » reviennent une fois de plus au cœur des discussions. Qui sont-ils au juste ? « Des gars qui vivent au jour le jour » pour Majdala. « Ils n’ont pas compris qu’il fallait faire des études dans ce pays », tranche Yasmina, scolarisée en seconde technologique et qui s’est fixée comme but de travailler dans le commerce à l’international.

Pour autant, Cindy « ne veut pas les juger » car, dit-elle, « on ne sait pas ce qu’ils font ». D’abord, Yasmina parle de leur côté protecteur :

« Quand on est en ville, vers 17 h, ils vont nous dire de monter dans la voiture et vont nous déposer chez nous, nous faire rentrer. Tu rigoles avec eux, ils nous clashent. »…

A propos des rodéos qui sont devenus monnaie courante le soir dans la ZUP, elles prennent leur défense, souhaiteraient « qu’on leur construise un terrain de motos ». Et puis, au fil des mots, Cindy, Yasmina et ses copines prennent leurs distances avec ceux qu’elles appelaient, au début de la conversation, « les grands : on les apprécie mais on ne veut pas suivre leur exemple ». Elles rêvent d’une autre vie. Visage juvénile, Chaïma lâche : « Qui voudrait d’un mec qui tient les murs ? »

La vie de quartier a ses codes. Elles les respectent, sans pour autant y apporter une explication. Quand elles passent devant « les garçons », elles « baissent les yeux, sinon c’est de la provoc’ », affirme Chaïma. « Mais, souvent, on les évite, ajoute Majdala, fataliste. C’est leur mentalité, on l’accepte. »

Et la France dans tout ça, ce pays qui les a vues grandir, qu’en pensent-elles ? Yasmina est « attachée » à l’Hexagone. Chaïma n’est pas d’accord, préfère « le bled ». Yasmina lui rétorque que « c’est la France qui la nourrit ».

Et dans la ZUP, leur ZUP, que voudraient-elles changer ? « Il y a tout ici… Juste, il n’y a pas assez de bancs… »

La Nouvelle république

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