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Vu de loin, seuls quelques panneaux photovoltaïques et les loopings des montagnes russes dépassent des collines. A la sortie du métro, il faut descendre de larges escalators pour accéder à la rue commerçante à ciel ouvert, où se succèdent boutiques, grands magasins, restaurants,etc.

Le choix est vaste entre une séance de cirque, une baignade au parc aquatique, un tour à la ferme pédagogique avec les enfants ou une descente à skis. A moins que le visiteur ne préfère écouter un concert en plein air dans l’espace central, grand comme la place de la Bastille, avant d’aller se reposer dans l’un des dix hôtels du site…

Sommes-nous à Singapour, Las Vegas, Dubaï? Non, dans le Val-d’Oise, à 15km de Paris. Mais en 2025. A cette date doit se concrétiser l’un des projets immobiliers hexagonaux les plus fous de ces prochaines années: EuropaCity. Une ville dans la ville, située entre les aéroports du Bourget et de Roissy, dans le Triangle de Gonesse.

C’est là, dans l’une des zones les plus défavorisées de la région parisienne, qu’Immochan, la filiale de promotion immobilière du distributeur Auchan, rêve de faire sortir de terre son projet, dans le cadre du Grand Paris. Le terrain n’est aujourd’hui qu’un patchwork de terres agricoles.
«EuropaCity est sans équivalent », dit Christophe Dalstein,son directeur. Ce sera le plus gros projet d’un investisseur privé en France depuis la construction du parc Disneyland Paris en 1992. Il devrait coûter plus de 2 milliards d’euros. En comparaison, la foncière Unibail-Rodamco n’a investi que 355 millions dans Aéroville (Val-d’Oise), ouvert à l’automne.
L’idée ? Changer le concept du centre commercial. «D’habitude, l’hypermarché constitue la locomotive du lieu, c’est lui qui fait venir les gens. A EuropaCity, ce sont les équipements culturels et de loisirs qui attireront les visiteurs», explique M.Dalstein. D’ailleurs, aucun Auchan n’est prévu.
A l’heure du règne des enseignes low cost et de la concurrence de l’e-commerce, la montée en gamme des centres commerciaux est devenue incontournable. Les dernier-nés franciliens, Aéroville ou Qwartz, à Villeneuve-la-Garenne(Hauts-de-Seine), proposent de larges allées lumineuses, des canapés design, des bornes numériques, etc.
Mais le projet d’Immochan est d’une tout autre dimension. En plus de la ribambelle d’équipements de loisirs et culturels, il proposera 500 enseignes, showrooms et autres concept stores. Aéroville n’aligne que 200 boutiques, Qwartz plafonne à 165.
C’est là que le bât blesse, dénoncent ses détracteurs. EuropaCity arrive dans une zone saturée de centres commerciaux. Dans un rayon d’une dizaine de kilomètres, on trouve O’Parinor, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), Aéroville, vieux de seulement dix mois, mais aussi My Place à Sarcelles.
«Le projet paraît pharaonique. Il prévoit 200.000 m2 de commerces, c’est comme si toutes les meilleures enseignes existantes en France s’y implantaient! Or, ces dernières font des choix : [la chaîne d’habillement low cost] Primark a choisi O’Parinor, elle n’est pas allée à Aéroville », explique un spécialiste du secteur.
Les ambitions d’EuropaCity sont à la mesure de ses moyens. Les dirigeants visent  30 millions  de  visiteurs  par an (dont 6 millions de touristes). C’est deux fois plus qu’à Disneyland Paris. « Mais Disney est un parc à thème payant,contrairement à la zone d’EuropaCity, qui sera d’accès libre », rétorque M.Dalstein. Il vise aussi la clientèle d’affaires de Villepinte ou du Bourget, en mal de lieux de sortie le soir ou le week-end.
Les concepteurs voient grand. Aéroville,dont le succès se fait encore attendre, vise 12 millions de  visiteurs par an.  Le Forum des Halles en accueille 44 millions, mais en plein cœur de Paris. Et la crise actuelle de la consommation ne joue guère en faveur d’EuropaCity. « Nous ne sommes pas un centre commercial ! »,  répondent  ses  concepteurs.
«Les études qui ont été faites prévoient que les touristes qui atterrissent à Roissy s’arrêteraient dans les commerces ou les parcs à thème au lieu d’aller poser leurs valises à Paris… Ce n’est pas très réaliste», tacle un professionnel.
Le projet apparaît «bling-bling» pour la besogneuse et austère famille Mulliez, propriétaire d’Auchan, connue pour sa gestion financière au cordeau. Beaucoup de ses concurrents y voient une diversification plus qu’hasardeuse.
«Les Mulliez ont compris que les galeries marchandes s’essoufflent. Il leur faut trouver un nouveau concept. Ils espèrent que l’investissement fait pour la préparation de ce projet leur servira pour le présenter dans d’autres pays où ils se développent fortement, comme la Chine ou la Russie», décrypte un proche de la famille.
Les concepteurs du projet ont un autre argument: EuropaCity fait figure d’occasion de développement économique et social pour les communes avoisinantes et leurs habitants. « Il y a un potentiel non satisfait en termes d’offre culturelle et d’événementiel sur le territoire, qui comprend 700.000 habitants dans un rayon de 8 km», précise M.Dalstein.
«Ce projet donnera une image positive du territoire. Nous en avons besoin : nous sommes entre Sarcelles, à l’ouest, et Clichy-Montfermeil [lieu des émeutes de 2005], en Seine-Saint-Denis!», renchérit Jean-Pierre Blazy, le maire (PS) de Gonesse, où le taux de chômage s’établissait à plus de 15% en 2009 (dernier chiffre Insee connu), contre une moyenne hexagonale de 9,1%…
Selon EuropaCity, les travaux, qui doivent débuter en 2017, mobiliseront 12.500 personnes. Et 11.500 postes pourraient être créés sur le site. Mais le groupe lui-même se méfie de ces effets d’annonce.
«Le risque de frustration est grand si les réalités sociales et économiques du territoire ne sont pas prises en compte. Il faudra par exemple développer un système de formation adapté», prévient Coline Grégoire, coordinatrice de l’action territoriale chez EuropaCity. Surtout, les entreprises devront accepter de recruter localement.
Un défi pour un complexe d’envergure internationale. «Dans les boutiques parisiennes de Louis Vuitton, les vendeurs parlent au total 47 langues. Comment penser que les habitants de Gonesse pourront y travailler?», raille un professionnel. La ville et la région planchent déjà sur le volet formation.
A  proximité  d’EuropaCity  est notamment prévu un lycée préparant aux métiers aéroportuaires et de l’hôtellerie. «Nous ne pourrons pas nous substituer à la puissance publique», prévientM.Dalstein. Enfin, se pose la question de l’accessibilité aux habitants de la zone: prix adaptés, transports en commun…
L’expérience du Stade de France fait figure d’épouvantail: construit en 1998 à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), il a fait venir des entreprises, mais leurs salariés y vivent en autarcie. Quant aux habitants, rares sont ceux qui ont mis les pieds dans le stade des Bleus.
« Un opérateur privé nous propose d’investir 2 milliards sans argent public, on ne peut pas dire non », résume M. Blazy. Immochan devrait aussi prendre en charge une partie de la gare de métro-RER. Les recettes fiscales du projet sont évaluées à 35 millions pour les collectivités.
Prévu à l’origine pour 2020, EuropaCity reste dépendant de l’arrivée de la ligne 17 du Grand Paris Express, prévue pour s’arrêter sur le site, et placer à 26 minutes chrono du centre-ville de Paris. Ce ne sera pas avant 2024…
«Nous avons échangé avec les gouvernements successifs depuis que nous travaillons sur ce projet [en 2007]», rassure M. Dalstein. Un univers que connaît bien cet ingénieur des Ponts et Chaussées: il a travaillé pour la Mairie de Paris, à la direction  de l’urbanisme,  avant  d’être chargé de l’architecture et des projets immobiliers pour le ministre de la culture Jean-Jacques Aillagon (2002-2004).
La phase de planification du projet pharaonique d’Auchan Europacity va bientôt toucher à son terme et des questions subsistent encore. Gonesse, dans le Val-d’oise a été choisie pour accueillir le site qui devrait générer plus de 10 000 emplois directs.
Europa-city ?
Le complexe gigantesque sera le nouveau poumon économique de la région parisienne et regroupera des secteurs trans-activités. Tout y est et même plus encore. Au total c’est plus de 230 000 km² de surface marchande, 2700 chambres d’hôtel, 70 000 km² de parc d’attraction, 50 000km² de surface culturelle, 20 000 km de restaurants et même 30 000 km² de piste de ski.
A ceci s’ajoutent des espaces verts de 100 000 km² ainsi qu’une ferme pédagogique.
Autant dire que le projet s’évalue en milliard d’euros et que les retombés économiques attendues sont considérables. En plus de la taille, le groupe Immochan, gestionnaire du projet, attend pas moins de 30 millions de visiteurs par an… soit 2 fois plus que Disneyland Paris.
Les promoteurs assurent qu’Europa-City offrira une multitude de services : hypermarchés, drives en tout genres, boutiques, restaurants, cinémas…
Europa-City constitue le plus grand plan d’investissement privé de France a reçu l’appui de l’agglomération de Paris et de l’état qui s’est engagé à construire une ligne de métro reliant directement l’infrastructure à la capitale.
Le groupe assume ce projet utopique qui est né en 2006 et croit au succès de leur complexe de plus de 80 hectares. Auchan entend faire du site une expérience culturelle sans communes mesures dans le but d’en faire une destination de loisirs et de shopping européenne.
« Notre-dame-des-landes »
En attendant, malgré l’unanimité du projet parmi les communes, les élus verts de Gonesse se disent opposés au projet craignant une défiguration du paysage ainsi qu’une paupérisation du tissu économique parisien. Certaines associations menacent le projet d’un risque de nouveau « Notre-dame-des-landes ».
On se demande si le groupe ne s’éloigne pas trop de son cœur d’activité en lançant un tel projet. Les premières consultations publiques commenceront en juin 2014.
Quid du succès, les travaux devraient débuter en 2017 et le projet être opérationnel en 2020 pour être achevé en 2025.
Dans tous les cas , on a hâte de voir ça !

Le Monde

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