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Le maire qui défendait ce projet d’accueil et d’intégration a été battu aux municipales. Son successeur avait fait campagne sur l’hostilité au projet.

Il avait annoncé «jouer son mandat sur des valeurs humanistes», il a perdu. Battu aux dernières élections municipales à Indre, village de 4 000 habitants situé à quelques kilomètres de Nantes, Jean-Luc Le Drenn ne peut masquer un certain dépit. «Même si c’est dur à digérer, on est allé au bout de nos convictions», tente-t-il de se rassurer. Ses convictions ? «Le cœur et l’humain d’abord.» En l’occurrence, une initiative plutôt rare : la construction d’un village de la solidarité à quelques pas de l’hôtel de ville pour y accueillir cinq familles roms. L’expérience, vieille de quatre ans, pourrait pourtant se terminer plus tôt que prévu.
Le nouveau maire, Serge David [divers gauche], a en effet mené campagne contre le village, symbole, selon lui, de «l’invasion des Roms» dans la commune (1). «Une famille intégrée, c’est un mobile home fermé. Jusqu’à la disparition du village», a-t-il par exemple déclaré à Ouest France. Depuis, l’élu (divers-gauche) préfère rester discret sur ce dossier sensible….
Les militants associatifs sont sur leurs gardes. «Depuis quelques semaines, l’ambiance dans le village a changé, raconte Claude Marais, membre de Romsi. Certaines personnes ne disent plus bonjour aux Roms, comme si l’élection les autorisait à se comporter différemment.» La campagne électorale a été marquée par plusieurs dérapages verbaux. «Lors d’une réunion publique de Serge David dans mon quartier, j’ai décidé d’expliquer ce qu’on faisait au village, se souvient la militante. Et là, ça a été surréaliste. J’ai été huée, certaines personnes hurlaient “Foutez-les à la Loire, foutez-les à la poubelle !”».

Dans la presse, le nouveau maire s’est aussi laissé aller à un étrange slogan : «Indre aux Indrais»…

Or, rappelle Claude Marais, toutes règlent «un loyer d’environ 50 euros et leurs factures d’eau et d’électricité». En quatre ans d’existence, les retards de paiement ont été «très rares», signale l’ancien maire. Pour les défenseurs du projet, mettre un terme à l’expérience dans les prochains mois serait en tout cas prématuré.

«Si on lâchait les familles aujourd’hui, elles retourneraient dans la misère, expose Claude Marais. L’intégration sera de toutes façons très longue. Elle se fera avec la génération des enfants qui vont à l’école.» C’est d’ailleurs un élément clé du contrat passé avec les familles du village : la scolarisation en échange de l’accueil et l’accompagnement….

Si les choses semblent avancer avec certaines familles, c’est néanmoins au prix d’efforts soutenus. L’assiduité aux cours de français n’a pas toujours été au rendez-vous. «Les Roms vivent au jour le jour, c’est parfois compliqué de leur faire respecter un certain cadre», explique Claude Marais. «Il ne faut pas faire d’angélisme, ce n’est pas le monde des bisounours, développe-t-elle. Leur religion – ils sont pentecôtistes évangélistes – a un énorme poids. L’avortement est interdit. Du coup, certaines filles sont enceintes à 14 ans. Elles quittent l’école, alors que la scolarisation est obligatoire jusqu’à 16. Il faut se bagarrer pour qu’elles continuent à y aller.» L’intégration professionnelle reste aussi précaire : la plupart des adultes vivotent de ménages ou de CDD dans le milieu agricole…
Libération
 

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