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Par Thierry Baudet, juriste et historien néerlandais né en 1983. Docteur à la faculté de droit de Leyde avec une thèse sur la souveraineté nationale, il publie régulièrement des articles dans la presse néerlandophone, en particulier sur la question des droits de l’homme. Il est l’auteur de “Significance of borders” (Importance des frontières).

On a l’habitude de considérer que l’Union a assuré la paix en Europe. Or lorsque les États-nations cèdent leur souveraineté à des entités supranationales, cela mène au conflit, note de manière provocatrice l’historien Thierry Baudet. Voilà pourquoi il propose de dissoudre l’euro et de rétablir les frontières.

Les partisans du projet européen soutiennent, imperturbables, que le nationalisme conduit à la guerre et la construction européenne à la paix. Toute perte provoquée par Bruxelles sur les plans de la démocratie, de la souveraineté et de la transparence, serait en définitive compensée par un objectif noble : la paix.

Or cette supposition repose sur une erreur. Le nationalisme ne conduit pas à la guerre. L’ambition d’instaurer un Empire européen conduit à la guerre. L’ambition de faire entrer de force différents peuples dans un carcan mène à la guerre. En somme, c’est la construction européenne qui conduit à la guerre.


Le fascisme et le nazisme étaient tous deux axés sur la construction européenne. Dès 1933, Mussolini a fait part de sa conviction que l’Europe pouvait à nouveau exercer son pouvoir sur le monde si elle parvenait à instaurer une certaine unité politique.

Le nouvel Empire romain de Mussolini

Le collaborateur norvégien Vidkun Quisling estimait que nous devions créer une Europe qui ne gaspille pas son sang dans des conflits meurtriers, mais qui constitue une solide unité. Et le 11 septembre 1940, Joseph Goebbels affirmait : “je suis certain que, dans cinquante ans, on ne raisonnera plus en termes de pays“.

Le 28 novembre 1941, lors d’une conversation avec le ministre finlandais des Affaires étrangères, Adolf Hitler faisait valoir que, manifestement, les pays d’Europe allaient de pair, comme les membres d’une grande famille. Dans son étude qui fait autorité, Nations and States (1977), l’historien Hugh Seton-Watson, de l’université d’Oxford, conclut que les intentions d’Hitler ne se limitaient pas à ce que l’on peut décrire comme le nationalisme allemand.

Son objectif était de conquérir l’ensemble de l’Europe et un vaste territoire en dehors. Mussolini voulait quant à lui fonder un nouvel empire romain autour de la mer Méditerranée, et les Japonais souhaitaient instaurer une grande sphère de coprospérité en Asie orientale.

Le racisme des Allemands n’était pas non plus l’expression d’un nationalisme. Au contraire. La race dépasse les frontières de la nation et de l’État, et la théorie raciste est donc par définition une doctrine internationale – et non nationale.
Les pères fondateurs de l’UE

Il est encore plus frappant que Robert Schuman, l’un des fondateurs du projet européen, ait été, jusqu’au 17 juillet 1940, secrétaire d’Etat dans le régime de Vichy, qui a collaboré avec les Allemands. En tant que député de la Lorraine, il avait en 1938 soutenu activement la trahison de Munich et ainsi contribué à rendre possible l’annexion par l’Allemagne d’Hitler d’une partie de la Tchécoslovaquie. A l’époque, il avait en outre insisté pour que Mussolini et Hitler resserrent leurs liens. Le 10 juillet 1940, Robert Schuman a fait partie des députés qui ont soutenu la prise de pouvoir de Pétain.

Jean Monnet, un autre fondateur, était entre-temps à Londres et essayait d’empêcher la diffusion des bulletins d’informations quotidiens de De Gaulle à la radio (ce qu’il a réussi à faire les 20 et 21 juin 1940).

En dehors de la Seconde Guerre mondiale, on attribue aussi la cause de la Première Guerre mondiale au “nationalisme”. Mais pendant la Première Guerre mondiale également, le but de l’Allemagne était de soumettre des régions qui n’étaient pas allemandes à un empire. Cette guerre a d’ailleurs commencé dans la poudrière pan-nationale qu’était l’Autriche-Hongrie. Cette Union européenne avant la lettre refusait d’accorder l’indépendance aux Serbes de Bosnie, ce qui a incité un groupe de “jeunes Bosniaques” à comploter l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand en juin 1914.

L’oppression exercée par un régime centralisateur engendre des tensions. Une des principales leçons tirées de la Première Guerre mondiale a d’ailleurs été le “principe d’autodétermination” – propagé notamment par le président américain Woodrow Wilson – qui plaide pour le respect de différentes nationalités, au lieu de vouloir les dissoudre ou les intégrer dans un plus grand ensemble.

L’union politique, une source de tensions

Si l’on remonte plus loin dans l’Histoire, on s’aperçoit une fois encore que ce n’est pas le “nationalisme”, mais l’impérialisme et le désir d’unification européenne qui conduisent à la guerre. Prenons les guerres napoléoniennes. Napoléon voulait, pour le bien-être de l’Europe, instaurer les mêmes principes : un code européen, une haute cour de justice européenne, une monnaie commune, les mêmes unités de mesure, les mêmes lois, et ainsi de suite. Napoléon s’attendait à ce que l’Europe devienne rapidement une seule et même nation.

L’idée que le nationalisme conduit à la guerre et que l’unification européenne mène à la paix est donc fausse. L’Europe n’a d’ailleurs pas connu de “paix” au cours des cinquante dernières années. Pendant la majeure partie de cette période, les pays d’Europe étaient engagés dans une lutte à mort contre l’Union soviétique – l’expression là encore d’une philosophie anti-nationale : le communisme. Le travailleur, disait le Manifeste communiste, n’avait pas de nationalité.

Comme on pouvait s’y attendre, la tentative d’unir l’Europe politiquement engendre, aujourd’hui encore, de fortes tensions. Dans presque tous les pays européens, on voit monter en puissance des partis contre l’ordre établi. En Europe du Nord, la méfiance vis-à-vis du Sud s’accentue et inversement. Là encore, ce n’est donc pas le nationalisme, mais le projet européen qui est source de conflit. Nous devons par conséquent nous orienter vers une toute autre Europe que l’UE actuelle.

Une Europe sans un régime centralisateur – mais une Europe d’État-nations qui coopèrent entre eux et n’ont pas peur des différences nationales. Il faut rendre aux pays leur autorité sur leurs frontières nationales pour qu’ils puissent eux-mêmes déterminer qui ils laissent entrer. Ils opteront, dans leur intérêt économique, pour un régime souple concernant la délivrance des visas, tout en conservant le contrôle sur la criminalité et l’immigration.

Il faut dissoudre l’euro pour que les pays puissent à nouveau respirer sur le plan monétaire et décider de leurs taux d’intérêt en fonction de l’orientation de la conjoncture locale. Il faut démanteler en grande partie l’harmonisation qui gomme la diversité.

Loin d’être une source de conflit, le nationalisme est la force qui rend possible la démocratie. Sans cette force unificatrice, le parlement ne peut jamais prendre de décision légitime. L’exemple de la Belgique montre en outre que l’absence d’une unité nationale peut rendre extrêmement laborieuse l’administration d’un pays. La peur panique du nationalisme risque d’instaurer un empire bruxellois contraignant. Il est temps d’arrêter de s’attaquer à l’État-nation.

PressEurop d’après NRC Handelsblad via Les Crises

(Merci à Equilibrium)

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