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Avec le bas niveau des taux d’intérêt, les prix de l’immobilier en Suisse ont pris l’ascenseur. Et avec eux l’endettement hypothécaire, domaine où les ménages suisses sont aujourd’hui vice-champions du monde.
La Banque nationale suisse (BNS) revient régulièrement sur les risques liés à la «dynamique» du marché de l’immobilier. Aujourd’hui, cette tendance à la surchauffe ne se traduit plus uniquement par une flambée des prix, mais aussi par une forte augmentation de l’endettement des ménages suisses.

Au fil des ans, celle-ci a augmenté pour dépasser la performance économique du pays, à savoir le niveau annuel du produit intérieur brut (PIB). Pour être précis, le volume des crédits hypothécaires des seuls ménages atteint le niveau record de 614,244 milliards de francs, selon les chiffres de la BNS pour août 2012.

Il s’élève ainsi 103,6% du produit intérieur brut (PIB), que le Seco estime à 592,652 milliards de francs. Seuls les ménages néerlandais présentent au monde un taux d’endettement hypothécaire plus élevé (107%).

Trois quarts du total


A eux seuls, les ménages suisses accumulent les trois quarts, soit 76,0% de la dette hypothécaire de l’ensemble du pays. En comptant les entreprises, les collectivités publiques et autres organisations, celle-ci atteint 807,938 milliards de francs soit près de 1,4 fois le PIB, selon la statistique de l’encours de crédits de la BNS.
Pour les ménages suisses, cela fait une lourde charge à supporter, du moins en comparaison internationale. A titre de comparaison, la dette hypothécaire des ménages n’atteint que 64,0% du PIB en Espagne. Elle est encore sensiblement plus basse en Allemagne (46,5%), en France (41,2%) ou en Italie (22,7%).
Encouragés à s’endetter
Le bas niveau des taux d’intérêt sur le franc suisse explique cette situation, mais pas uniquement. A cela s’ajoute le fait que la Suisse récompense fiscalement les ménages ayant des dettes hypothécaires, explique Claudio Saputelli, responsable de l’analyse immobilière à UBS.
«Tant que les taux hypothécaires seront déductibles du revenu imposable, personne ne verra l’utilité de rembourser ses dettes», note l’économiste d’UBS sur Tagesanzeiger.ch. La suppression de cet avantage fiscal a déjà été débattue au Parlement, en corollaire à la levée de l’imposition de la valeur locative. Mais un tel changement pourrait entraver la marche des affaires des banques, qui jusqu’ici se sont opposées à cette idée.
Pas de krach dans l’habitat «standard»
«Les banques n’ont aucun intérêt à laisser une bulle immobilière se développer», relève à ce titre Claudio Saputelli. Pour cette raison, le taux d’endettement hypothécaire est mis en relation avec d’autres indicateurs, tels que le rythme de la hausse, le risque de hausse des taux d’intérêt et les conditions de crédit.
Le fort taux d’endettement hypothécaire des ménages suisses doit être aussi mis en relation avec leur fortune, notent les experts. Celle-ci est également très élevée, puisque de 165’000 euros (près de 200’000 francs) après déduction des dettes.
Cette fortune est inégalement répartie. Mais une correction des prix de l’immobilier toucherait en premier lieu l’habitat de luxe. En d’autre termes, il n’y a pas lieu de redouter de krach dans le segment standard du marché, confirme Claudio Saputelli. Alimentée aussi par l’immigration, la demande est solide et le chômage reste bas.
La BNS reste attentive
Au niveau des conditions de crédit, les banques sont enclines depuis quelques mois à requérir des demandeurs de crédits une part de fonds propres plus élevée que par le passé. Il est demandé en outre aux ménages qui s’endettent de pouvoir amortir jusqu’aux deux tiers du montant emprunté dans les 20 ans.
Dans son dernier examen de la situation publié à mi-septembre, la BNS écrit néanmoins que «la dynamique toujours marquée des marchés hypothécaire et de l’immobilier résidentiel comporte à moyen terme des risques pour la stabilité financière». Et son vice-président Jean-Pierre Danthine vient de souligner dans une interview à Finanz & Wirtschaft tout l’attention que l’institut d’émission porte actuellement «à la modification de cette dynamique».
La Tribune de Genève

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