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Le projet de loi sur le droit de vote des étrangers non communautaires aux élections locales a été discuté au Sénat ce jeudi. Mais quelle est la sociologie de ces électeurs potentiels ?

Atlantico : A l’heure où un projet de loi est discuté au Sénat qui donnerait le droit de vote aux étrangers installés en France, que sait-on de la sociologie du vote des immigrés en France ?

Catherine de Wenden : On dispose de travaux sur les personnes qui ont la nationalité française et qui sont binationaux – par exemple mais pas nécessairement – issus de l’immigration. Ce sont des gens [les Français d’origine étrangère], pour la plupart, peu participants. On y constate un fort abstentionnisme électoral corrélé au niveau d’études et à la faible implication compte tenu du chômage. Mais ça n’est pas une spécificité de l’immigration. C’est surtout la spécificité des jeunes de 18-25 ans et de personnes qui ont un niveau scolaire assez faible et qui sont peu insérées dans le monde du travail.

De mauvais coucheurs soupçonnent le PS d’essayer de donner le droit de vote aux étrangers pour intégrer davantage la population mais aussi pour tenter de capter des votes qui lui seraient acquis. Qu’en pensez-vous ?

Je ne pense pas que ce soit pour cette raison. Le PS s’empare de cette question car c’est promis depuis 30 ans et que cette loi n’est toujours pas passée.

Cependant, il est vrai que les votes leur seraient acquis car tous les sondages – y compris l’étude « Des Français comme les autres » de Sylvain Brouard (avec Vincent Tiberj – Cevipov, 2005)– montrent qu’ils ont une tendance à voter plutôt pour la gauche à cause des discriminations, à cause de la politique d’immigration actuelle, à cause de de toute une série d’évènements – comme le fait qu’ils soient oubliés du monde du travail. Le Français issu de l’immigration vote comme un Français de même condition sociale.

Ils se considèrent comme Français. J’ai fait une étude sur l’armée (1) qui le démontre. Mais sur le plan personnel, ils se sentent binationaux. Ils voteront comme les Français de la même catégorie. Ils voteront aussi peu que les gens peu qualifiés et exclus du monde du travail. Ils sont sans doute plus sensibles au thème de la discrimination ou de l’exclusion sociale et aux questions religieuses. Ils veulent être reconnus comme musulmans et sont un peu plus conservateurs sur les valeurs privées. Mais la dimension sociale est assez forte pour déterminer les comportements. Elle l’est plus que la dimension religieuse ou le fait d’être binational. […]

L’illettrisme serait-il un obstacle au vote des immigrés en France ?

C’est possible. En Tunisie, par exemple, on a observé un problème d’indépendance du vote. Le gouvernement a enregistré de nombreux recours car certaines personnes – qui ne savaient pas bien lire –, étaient accompagnées de tiers qui savaient lire et qui les aidaient ainsi à choisir leur bulletin… On s’attend à pas mal de recours. Au Maroc, où il y a encore plus d’analphabètes, on devrait voir un abstentionnisme électoral massif.

On déplore un fort taux d’analphabétisme parmi les parents. Ceux qui sont allés directement du Maroc chez Renault sans passer par l’école. Il existe encore des Marocains aujourd’hui en France qui ne savent pas lire. Cela pourra être un obstacle au vote des étrangers en France…

(1) Les couleurs du drapeau : L’armée française face aux discriminations, avec Christophe Bertossi. (Robert Laffont, 2007).

Atlantico

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