Fdesouche

La générosité des Français, en 2010, sera très supérieure à celle de 2004-2005. Longtemps, une banderole a barré la façade de l’hôpital pour enfant de Siem Reap, transformant la chanson des Beatles : «All we need is love» («Tout ce dont nous avons besoin c’est d’amour») en «All we need is money» («Tout ce dont nous avons besoin c’est d’argent.»)

A Port-au-Prince, il faut et il faudra beaucoup d’argent pour sauver, soigner et nourrir les victimes du tremblement de terre qui a frappé Haïti, le 12 janvier 2010. Difficile de savoir combien d’argent les Français ont donné, depuis une dizaine de jours. On peut cependant reprendre le chiffre de la Fondation de France, qui avait reçu 11,3 millions de dons au jeudi 21 janvier.

Une évaluation fondée sur l’expérience du tsunami qui avait frappé l’Océan Indien en décembre 2004, permet de calculer le total des dons à 250 millions aujourd’hui. La Fondation de France semblant beaucoup plus présente, à l’occasion d’Haïti, que pour le tsunami, on peut retenir une fourchette allant de 210 à 250 millions d’euros.

Un montant qui serait très proche ou dépasserait les dons des particuliers en 2004 et 2005 : 214 millions d’euros, selon un rapport de la Cour des Comptes. En tout état de cause, la montagne de dons en 2010 sera très supérieure à celle de 2004-2005. L’impact, pour les victimes, devrait être beaucoup plus important, puisqu’elles sont aujourd’hui concentrées dans un seul pays, contre six il y a cinq ans, et sur une zone géographique restreinte.

1/ Qui donne ?

La totalité des dons publics ou privés recueillis pour le tsunami au large de l’Indonésie, avait atteint 328 millions d’euros, selon la Cour des Comptes.

Les particuliers avaient apporté 214 millions d’euros, soit 65% des dons.

Les entreprises : 62 millions d’euros, 19%.

Des organismes privés : 16 millions d’euros, 5%

Financements publics (État, collectivités locales) : 23 millions d’euros, 7%.

Financements européens (UE) : 6,5 millions d’euros, 2%.

2/ Qui reçoit ?

Neuf ONG avaient recueilli 90% des dons faits après le tsunami de 2004.

Croix Rouge : 116 M€, 35% des dons.

Unicef : 57,5 M€, 17%.

Secours Catholique : 36,5 M€, 11%.

Fondation de France : 20,6 M€, 6%.

Secours Populaire Français : 14,5 M€, 4%.

Action Contre la Faim : 14,3 M€, 4%.

Médecins sans Frontières : 13,2 M€, 4%.

Médecins du Monde : 11,5 M€, 3,5%.

Handicap International : 10 M€, 3%.

La Fondation Prométheus animée par Bernard Carayon, député UMP du Tarn, et Jean-Michel Boucheron, député PS d’Ille et Vilaine, note de 0 à 10 les organisation non gouvernementales qui font appel à la générosité publique. La moitié de la note provient d’une évaluation de la transparence financière, l’autre de la gouvernance.

Pour le Baromètre 2009, Prométheus a décortiqué les comptes et les organisations de 92 ONG qui agissent dans le domaine de l’écologie, de la santé ou la gouvernance publique. Résultat : elles peuvent mieux faire, puisque la moyenne est de 4,3/10. Elle frise la moyenne (2,4/5) pour la transparence de la gouvernance.

Les bons élèves sont connus et reconnus. Médecins du Monde à 10/10, la Croix Rouge, ou Comité d’Aide Médicale ont 9/10. Médecins sans frontières France et MSF International, Les Amis de la terre, Good Planet ou Oxfam International affichent un 7/10. Trois ONG (A SEED Europe, Objectif 21, Transnationale & Cie), peu connues sont notée 0/10.

Mais il y a aussi un lot d’ONG connues qui ont du travail pour améliorer leur note : Greenpeace (5), ATTAC (4), ou France Liberté (4). La Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité (Criirad), qui milite pour la transparence de l’industrie nucléaire, affiche un paradoxal 1/10.

Pourquoi le Secours Catholique, le Secours Populaire, l’Unicef ou Action Contre la Faim (ACF) sont-ils absents de l’évaluation ? Pierre Fluxia, directeur général de Prométheus, estime que la fondation ne peut évaluer toutes les ONG. Si le manque de moyens peut être avancé, il semble très difficile de ne pas se pencher sur les comptes et l’organisation de 4 des ONG les plus sollicitées par les Français.

3/ Les fonds sont-ils correctement utilisés ?

La Cour des Comptes a essayé de répondre à la question cruciale, quand il s’agit d’argent. Eh bien, les magistrats estiment que «le constat est largement – mais pas totalement – positif (…)». Autant dire qu’ils sont admiratifs.

Un problème s’était posé et se reposera : les 10€ apportés par un donateur pour Haïti peuvent-ils être consacrés à une autre cause, aussi bonne soit-elle ? MSF avait posé cette question, en proclamant très rapidement que les besoins immédiats étaient largement couverts. De fait, un afflux massif d’argent ne peut être utilisé en quelques jours.

Un an après le tsunami, 66% des fonds collectés n’avaient toujours pas été affectés, directement ou indirectement, aux victimes. Si MSF était à 0% de fonds non utilisés, la Croix Rouge n’avait dépensé que 15% de ses fonds destinés au tsunami et le Secours Catholique, 20%.

Le président de MSF enfonçait le clou, en soulignant dans sa réponse à la Cour des comptes, qui ne lui reprochait rien : “deux euros sur trois, pour les 9 organismes qui ont réalisé 90 % de la collecte en France, n’ont pas été dépensés dix-huit mois après le démarrage des opérations.” En clair, cela veut dire qu’il faut donner, en sachant que l’argent n’ira pas forcément aux victimes qui ont soulevé l’émotion.

Slate

Fdesouche sur les réseaux sociaux