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Auteur : Montecristo

Aujourd’hui nous allons commencer notre article d’Histoire par une petite réflexion de philosophie historique. Dans cet article nous quittons le XIIe siècle de la dernière fois  pour rejoindre la fin du XVIIe siècle et constater que finalement les dynamiques restent les mêmes. Il est toujours intéressant d’étudier l’Histoire sur la longue durée et de constater les permanences et les ruptures, c’est uniquement avec cette vision d’ensemble que l’on comprend. L’arrogance des hommes du XXIe siècle se résume dans la certitude dogmatique que comme par magie leur époque fonctionnera de façon différente en faisant table rase du passé…  Arrogance bien dérisoire, l’Histoire se moque bien des illusions et des certitudes de nos contemporains.

Je vais maintenant vous raconter le déroulement d’une bataille fondamentale pour l’identité européenne, la bataille de Vienne le 12 septembre 1683.

I/ Contexte




Carte de l'Empire Ottoman en 1683. (Cliquez pour agrandir)




Après la chute des États Croisés en Terre Sainte le monde musulman subit une profonde transformation. En effet une puissante tribu turque monte en puissance sous le commandement de son chef Othmane Ier. Celui-ci va partir à la conquête de l’Empire Byzantin orthodoxe dès 1229 tout en amorçant une unification du monde islamique en parallèle. Ce projet dynastique va prendre des siècles mais sera couronné par le succès puisqu’en 1683 le monde islamique est entièrement unifié du Maghreb jusqu’à la Perse. L’Empire Byzantin orthodoxe,ancien Empire Romain d’Orient,  est mis à sac après la chute de Constantinople en 1453.L’ancienne capitale sera d’ailleurs par la suite renommée Istanbul, actuelle capitale de la Turquie, et les églises seront transformées en mosquées.

Cette vaste entité territoriale musulmane se nomme l’Empire Ottoman en référence à Othmane Ier.

Après la chute de l’Empire Byzantin, la poussée musulmane se poursuit et se dirige cette fois en plein cœur de l’Europe. Ainsi les ottomans conquièrent le reste de la Grèce, la Serbie, la Hongrie, la Roumanie, la Moldavie et la quasi totalité du territoire des Balkans. Il faut bien s’imaginer l’atmosphère de l’époque, l’avancée islamique à travers l’immense armée ottomane est considérée en Europe comme un signe de la Fin des Temps. La bataille de l’Armageddon est proche car l’ennemi va continuer sa progression et vise désormais l’Europe de l’Ouest. En 1683 l’Empire Ottoman est à son apogée, le sultan Mehmed IV veut faire sauter le verrou de l’Europe de l’Ouest et lance donc sa gigantesque armée à l’assaut de la grande cité de Vienne. C’est la seconde fois que la cité incarne l’ultime défense face à l’Islam puisque le sultan Soliman le Magnifique avait déjà tenté de faire tomber la ville en 1529. Le sort de toute l’Europe va se jouer dans lors de cette bataille  le 12 septembre 1683.

II/ Les protagonistes





Le Roi de Pologne, Jean III Sobieski (1629-1696)



Dans le camp musulman nous avons une armée ottomane de 300 000 hommes provenant de l’ensemble de l’Empire dont 20 000 janissaires, l’infanterie d’élite turque et 300 canons lourds. L’armée ottomane aligne même certaines troupes européennes converties à l’Islam à travers des unités en provenance d’Albanie. Cette armée est sous le commandement du grand Vizir, le pacha Kara Mustafa. Face à lui se trouve une coalition de forces européennes nommée la Sainte-Ligue. Celle-ci est composée de deux forces principales, le Saint Empire Germanique qui est directement menacé à Vienne et le Royaume de Pologne-Lituanie (une fédération regroupant la Pologne, les pays baltes et la majeure partie du monde slave excepté la Russie).

Il y a donc deux armées coté européen. Une armée principale composée de 60 000 hommes en majorité d’origine germanique (allemand et autrichien), cette armée est cependant commandée par un général mercenaire d’élite Charles V de Lorraine. La seconde armée dite “de réserve” représente 24 000 hommes d’origine balte et slave dirigée par le Roi de Pologne en personne Jean III Sobieski.

Les forces sont encore une fois dans un rapport d’infériorité numérique pour les européens: 84 000 pour la Sainte-Ligue contre 300 000 pour l’Empire Ottoman.

III/ La Bataille




La Bataille de Vienne (Józef Brandt-1863)




Le 12 septembre 1683 la cité de Vienne est assiégée depuis déjà plusieurs mois, l’armée ottomane encercle les fortifications de la cité impériale et fait tonner son artillerie en hurlant d’une seule voix des prières à Allah. Les impacts des canons ottomans font vibrer toute la cité de ses bruits sourds tandis que les prêtres bénissent les étendards germanique et font appel à la Vierge Marie en réponse. L’ambiance est très pesante et certaines fortifications autrichiennes finissent par céder sous la pression turque malgré la défense acharnée des défenseurs de la Sainte-Ligue. Telle une seule entité, l’armée ottomane avance en répétant inlassablement des prières à Allah d’une seule voix donnant à ce siège une véritable ambiance de fin des Temps. Malgré le travail des contre-sapeur , une explosion de mine réduit en pièce une fortification et permet aux troupes turques d’avancer dangereusement sous les myriades de balles, de flèches et de carreaux envoyés par les défenseurs dirigés par un Charles V de Lorraine conscient de l’importance de la bataille. Malgré son ardeur, la poussée ottomane se fait de plus en plus pressante. La ville est assiégée depuis le 14 juillet et la situation n’est plus tenable, c’est désormais l’ultime ligne de défense qui est directement menacée. Si celle-ci tombe, Vienne finira par être prise. Cela signifierait une seule chose, l’ouverture de l’Europe de l’Ouest à l’Islam.

C’est alors que  fidèle à sa parole, le Roi de Pologne Jean III Sobieski arrive sur le champ de bataille avec une armée de 25 000 hommes. Quitte à affaiblir les défenses de son propre royaume, il est venu en personne à la tête de ses troupes afin de venir en aide aux assiégés. Voyant ces renforts, Charles V décide d’effectuer une sortie et d’attaquer les ottomans sur le terrain. C’est ainsi que vers 4h du matin l’armée autrichienne, allemande et polonaise se lance contre les troupes du grand vizir Kara Mustapha. Le choc est terrible, les salves des arquebuses sont bientôt couvertes par les cris virils des guerriers tandis que l’acier frappe l’acier et que le ciel est voilé par la fumée de l’artillerie. De temps à autres l’explosion d’un canon illumine le champ de bataille d’une lueur sanguine. L’affrontement va durer plus de 12 heures, 12 de combat au cours desquels chaque soldat repousse ses ultimes de limites malgré une fatigue intense. L’infanterie polonaise sort cependant du combat en maitresse absolue du terrain. Le moral des Ottomans semble vaciller car les prières à Allah ont cessé.




Les Hussards Ailés polonais.




Jean III Sobieski veut  profiter de cet avantage de manière décisive. A 15h de l’après-midi il prend la tête de trois groupe de cavalerie polonaise épaulé par un groupe de cavalerie germanique. La cavalerie lourde polonaise qu’il dirige en personne est une des unités les plus respectées de toute l’Europe. Il s’agit des grandioses Hussards Ailés polonais , majestueux sur leurs destriers dont ils colorent le pelage avec une teinture rouge et des motifs blancs. Impressionnants avec leurs grande ailes caractéristiques flottant dans leur dos, leur donnant l’aspect d’un archange vengeur.

C’est ainsi que 20 000 cavaliers descendant dans un galop furieux les collines en fondant directement sur le camp ottoman, le Roi de Pologne en tête. C’est une des plus importante charge de cavalerie de toute l’histoire militaire. Les Hussards Ailés semblent littéralement voler sur le champ de bataille et percutent les troupes musulmanes dans un choc terrible. Ils ressemblent à de véritables Séraphins faisant pleuvoir la colère divine sur ses ennemis. Encouragés par cette vision, la garnison à l’intérieur de la cité de Vienne tente une sortie et vient se joindre au combat. L’armée turque vacille et face à la fureur des cavaliers ailés, certaines unités islamiques s’enfuit en criant d’effroi. En quelques heures de combat la bataille s’achève sur une victoire de l Sainte-Ligue. L’armée ottomane est anéantie. Les européens ont perdu 4000 soldats, l’armée ottomane déplore plus de 15 000 pertes.



Hussard Ailé polonais mettant à mort un janissaire ottoman.



IV/ Conséquences de la bataille

Cette bataille marque un véritable coup d’arrêt à des dynamiques de conquêtes musulmanes initiées plusieurs siècles auparavant. A partir de 1683, une grande campagne de libération a lieu en Europe centrale afin de reprendre les terres conquises par l’Empire Ottoman. Cette campagne de libération s’achève en 1699 après la reconquête de la Hongrie et d’une grande partie de l’Europe balkanique. Les Serbes s’étant illustrés au combat contre les musulmans reçoivent en récompense de la part de l’Empereur germanique de s’installer sur ces terres reconquises. C’est ainsi que plus de 60 000 serbes furent récompensés de leur bravoure.”

Coté musulman, cette défaite est perçu comme un véritable séisme. Le grand Vizir Kara Mustapha en paiera le prix fort puisqu’il sera mis à mort et décapité par les janissaires du Sultan en conséquence de son “incapacité”.

La Fête du Saint Nom de la Vierge est ajoutée au calendrier liturgique le 12 septembre pour célébrer cette victoire de l’Europe chrétienne sur le monde islamique.

D’une façon plus folklorique, les boulangers et pâtissiers de l’Empire obtiennent le privilège de fêter cette victoire d’une façon plus gastronomique. En effet, c’est suite à ces événements que fut créé la célèbre viennoiserie du croissant. Le croissant étant le symbole de l’Islam et de l’Empire Ottoman, c’est une manière symbolique de revivre cette victoire. Alors, pensez-y demain au petit déjeuner et bon appétit.

*Bibliographie

Il existe très peu d’historiens militaires français de nos jours, l’histoire militaire étant totalement abandonnée en France au profit de l’Histoire économique et sociale… Il faut donc chercher du coté de l’historiographie anglo-saxonne. Je vous met néanmoins deux ouvrages en français.

-ADAMS Simon, Batailles – Les plus grands combats de l’Antiquité à nos jours.

-GABER Stéphane , Et Charles V arrêta la marche des Turcs.

PALMER Alan, The Decline and Fall of the Ottoman Empire.

-BRUCE George, Harbottle’s Dictionary of Battles.

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