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Les croissances phénoménales – en période de crise mondiale – de la Chine et l’Inde qui atteindront respectivement quelque 8 et 6% cette année semblent suspectes! La comparaison avec les situations Américaine (- 3.8% ) et Japonaise ( – 7.2% ) est certes inappropriée, la méfiance reste néanmoins de mise car ces deux pays – en fait ces deux sous continents! – sont également le théâtre des deux bulles boursières les plus massives au monde: 62% d’appréciation pour la Bourse de Shanghai et 80% pour Mumbai à ce jour en 2009 pendant que l’indice MSCI Pacifique a progressé de 70% depuis le 9 Mars…
L’évolution de la Bourse est-elle redevable à la forte croissance? La spéculation boursière effrénée crée-t-elle un climat de confiance (artificiel) se traduisant par une forte croissance? Les superlatifs manquent en tout cas pour qualifier ces envolées boursières et cette croissance spectaculaire même s’il y a fort à parier – et à craindre – que ce bouillonnement soit prosaïquement bien plus la conséquence de taux d’intérêts anormalement bas que de facteurs fondamentaux sains. Ce phénomène porte un nom et vous me voyez navré de l’employer encore : une bulle…
Le monde revient certes de loin et l’Asie a démontré tout au long de cette crise une résilience étonnante. Pourtant, cette euphorie boursière semble tout aussi irrationnelle que celle qui s’était emparée des Bourses Asiatiques en 1996: ayons la décence de ne pas évoquer la saignée subséquente de 1997… Toujours est-il que, dans un contexte d’accélération de l’inflation en Inde où les prix à la consommation des denrées agricoles se sont apprécié de près de 13% et que les tarifs des produits manufacturés ont progressé de près de 12%, le niveau des taux d’intérêts Indiens à 3.25% est incompréhensible, injustifiable … si ce n’est dans une volonté délibérée d’attiser la flamme boursière!

Il est peut-être trop tard pour agir du reste car un resserrement maladroit de politique monétaire provoquerait un mini cataclysme dans un marché immobilier Indien lui aussi en état de bulle avec, à la clé, un réajustement douloureux du niveau de vie de la classe moyenne.

L’orgie boursière n’en est pas moins globale puisqu’en dépit de la dégradation de leur marché de l’emploi et de la récession qui perturbe leur économie, les indices US et nippons partagent également cette ivresse… Les liquidités anesthésiantes créés à partir du néant par les principales Banques Centrales autorisent ainsi des appréciations boursières qui surpassent quantitativement tous les critères économiques traditionnels : Quelle est l’utilité d’analyser un Produit Intérieur Brut, de scruter un indice à la consommation ou de production industrielle … autant d’indicateurs ennuyeux et rébarbatifs quand les Bourses, elles, dansent le rock tous les jours?
Une Banque Centrale aura toutefois eu le mérite et le courage d’aller à contre courant puisque les taux d’intérêts Australiens ont été relevés de 3 à 3.25% le 6 Octobre dernier. Un appel à la sobriété, un tocsin sonné par la Banque d’Australie soucieuse de modérer les ardeurs et de tempérer la formation d’une énième bulle. La taille de l’économie Australienne est certes moins importante que les économies Américaine et Chinoise mais notre monde se porterait aujourd’hui nettement mieux si la Réserve Fédérale US – forte de son économie à 14’000 milliards de dollars – avait fait preuve de cet éclair de sagesse lors de ses multiples bulles spéculatives.
Notre monde – et nos mentalités – ont été infectés par ce virus des flambées boursières rassurantes totalement déconnectées des réalités concrètes qui nous procurent une sensation tout provisoire de richesse et de bien-être! Les fortes progressions boursières, saines et justifiées en période de croissance économique, deviennent tout bonnement indéfendables dans un contexte de récession et c’est là que le rôle du Banquier Central est précisément … central en cela que son devoir de salubrité publique est de sonner courageusement la fin de la récrée!
Michel Santi
Gestion Suisse
(Merci à lenz)

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